Genzyme veut se faire une place sur le marché de la sclérose en plaques
L'américain Genzyme, entré depuis un an dans le giron de Sanofi, espère commercialiser prochainement deux nouveaux médicaments contre la sclérose en plaques, un marché très concurrentiel.
Le 64e congrès de l'Académie américaine de neurologie (AAN), qui s'est tenu fin avril, a permis à Genzyme de mettre en lumière les résultats cliniques obtenus avec ses deux médicaments en développement dans le traitement de la sclérose en plaques. L'occasion, pour la société, de tenir sa toute première conférence de presse en France dans ce domaine, où il espère bien devenir à court terme un acteur de premier plan.
Deux nouveaux produits en phase d'enregistrement
La société disposait déjà d'un candidat en clinique, Lemtrada® (alemtuzumab), dont elle avait acquis les droits auprès de Bayer Healthcare en 2009. En rejoignant le groupe Sanofi il y a un an, Genzyme a ajouté à son portefeuille un deuxième produit, Aubagio® (teriflunomide), dont le dossier d'AMM est en cours d'examen en Europe et aux Etats-Unis. Ce composé présente l'avantage d'être administrable oralement, en prise quotidienne unique, alors que les médicaments sur le marché sont injectables. Une étude de phase III contre placebo indique, avec un recul de deux ans, une réduction des poussées de 30 %. « Il faudra s'inscrire sur du plus long terme pour confirmer l'efficacité du produit, souligne le Pr Pierre Clavelou, chef du service neurologie au CHU de Clermont Ferrand. Mais le profil d'acceptabilité est a priori tout à fait intéressant. » Aubagio® fait l'objet d'un programme clinique de grande ampleur, incluant plusieurs études dont les résultats sont à venir.
Lors du congrès de l'AAN, Genzyme a également dévoilé de nouvelles données d'études de phase III au cours desquelles Lemtrada® était comparé à Rebif® (interféron bêta-1a), de Merck Serono. Selon la société américaine, son médicament permet de réduire de moitié le taux de rechute par rapport à l'interféron, et de retarder l'aggravation du handicap. Genzyme a signalé la survenue de plusieurs évènements indésirables graves, notamment l'apparition de maladies auto-immunes : un risque « identifié » et « traitable », précise le Pr Clavelou. Genzyme compte déposer les dossiers de demande d'AMM pour Lemtrada® avant fin juin.
De nombreux traitements déjà disponibles
S'ils atteignent le marché, respectivement fin 2013 et courant 2014, ces deux nouveaux traitements s'ajouteront à une liste de sept médicaments déjà disponibles. Copaxone® de Teva et Avonex® de Biogen Idec monopolisent à eux deux près de la moitié d'un marché qui pourrait atteindre 14,5 milliards de dollars en 2016, selon Evaluate Pharma. « L'arsenal thérapeutique disponible n'est pas parfait », tempère le Pr Christian Confavreux, chef du service neurologie aux Hospices civils de Lyon. Ainsi Rebif® n'aurait aucune efficacité sur la progression de la maladie, tandis que Tysabri® de Biogen Idec, suscite quelques inquiétudes quant à sa sécurité.
Ni Aubagio® ni Lemtrada® ne répondront parfaitement à la fois aux enjeux d'efficacité, de sécurité, de tolérance et de commodité. « Mais Aubagio® enrichit l'arsenal en proposant une nouvelle voie d'efficacité : c'est une nouvelle chance pour le patient », relève le Pr Confavreux. « Nos produits vont, nous l'espérons, nous permettre de changer la vie des malades », veut croire Christian Deleuze (photo), président de Genzyme France. La concurrence sera sévère : outre l'arsenal existant, de nouveaux candidats se pressent à l'entrée du marché. Biogen Idec vient ainsi d'annoncer l'acceptation pour examen, par la FDA et l'EMA, du dossier d'AMM de BG-12 (fumarate de diméthyle). Un comprimé oral, comme Aubagio®, mais cette fois à prise bi-quotidienne.