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15 février 2012

 Biologie synthétique : des parlementaires veulent lancer le débat

Un rapport de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques préconise d'ouvrir dès à présent la discussion avec le public sur la "biologie de synthèse", au cœur des développements des sciences du vivant.

L'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) a présenté à la presse le 15 février son rapport sur "Les enjeux de la biologie de synthèse". Une science à la définition floue, y compris dans les milieux scientifiques, entre construction de nouveaux systèmes biologiques et réingénierie d'éléments existants. Jugeant « considérable » l'impact de cette discipline sur des secteurs aussi divers que la santé, l'énergie, l'environnement et la communication, la Commission des affaires culturelles et de l'éducation de l'Assemblée nationale a saisi l'OPECST d'une demande d'étude dès octobre 2010.
Pour la députée socialiste Geneviève Fioraso (photo), auteur du rapport, l'occasion était idéale pour ouvrir le débat « très en amont » sur ces technologies aux applications industrielles potentielles très larges à moyen et long terme, qui offrent déjà de nouveaux outils à la recherche fondamentale.

Des enjeux bien identifiés

Dans son étude, l'OPECST s'étend largement sur les problématiques liées à ces nouvelles technologies en matière de gestion des risques, de propriété intellectuelle, de formation et de dialogue entre science et société. Selon Geneviève Fioraso, la maîtrise de ces enjeux passera nécessairement par une plus forte interdisciplinarité - intégrant les sciences humaines et sociales - et une réelle coopération internationale.
Son rapport se conclut sur une série de recommandations, qui s'articulent autour de quatre axes : "favoriser un environnement public porteur pour la biologie de synthèse", "mettre en place une filière complète et intégrée", "analyser et maîtriser les risques liés à la biologie de synthèse", "favoriser une discussion publique sereine sur les enjeux de la biologie de synthèse". « Ces préconisations n'ont rien de révolutionnaire, reconnaît Geneviève Fioraso. Mais si on arrive à les appliquer, ce sera déjà un grand pas en avant. Le rôle de l'OPECST est de mettre la pression sur le gouvernement et les groupes politiques auxquels nous appartenons. »

Un dialogue science-société indispensable

« L'acceptabilité des développements de la biologie de synthèse dépendra aussi de la qualité du dialogue entre la communauté scientifique, les politiques et les citoyens », ajoute-t-elle. Le risque de rejet par la population, comme pour les OGM, existe bel et bien. C'est pourquoi l'OPECST prône l'organisation d'un dialogue « par anticipation », visant à encourager une bonne compréhension des enjeux par le public.
Dans ce domaine, Geneviève Fioraso cite en exemple le Royaume-Uni, où des consultations ont été lancées dès 2007 sur les enjeux de la biologie de synthèse, et où un "dialogue citoyen" a été organisé en 2009 et 2010. « Il faut que les responsables politiques se réapproprient ces sujets, insiste-t-elle, regrettant au passage qu'aucun parti politique ne se soit exprimé au cours du débat public sur les nanotechnologies (1). Il nous faut faire preuve de plus de transparence, y compris sur nos doutes et nos incertitudes quant aux risques et aux bénéfices. Nous ne pourrons pas le faire sans dialoguer avec les citoyens. »

Julie Wierzbicki

(1) Le débat public sur les nanotechnologies a été organisé d'octobre 2009 à février 2010.