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11 mars 2010

PharmaCOG : quatre PME dans la cour des grands

Présenté en juin 2009, le consortium européen PharmaCOG, sélectionné suite au premier appel à projet de l'Initiative Médicaments Innovants, est officiellement entré en activité au 1er janvier dernier (voir BioPharmaceutiques n°112). La finalité de ce projet, financé à hauteur de 22 millions d'euros sur cinq ans, est la « prédiction des propriétés cognitives de nouveaux candidats médicaments pour les maladies neurodégénératives en phase de développement clinique précoce. » Au côté des 11 big pharma participantes, dont six figurent dans le Top 10, on trouve quatre PME biopharmaceutiques innovantes, toutes françaises (1). Olivier Blin, directeur du Centre de pharmacologie clinique et d'évaluations thérapeutiques à l'Assistance publique-Hôpitaux de Marseille, chargé de constituer le consortium « académique » de PharmaCOG, a fait appel aux membres des pôles de compétitivité (2).

Priorité aux biomarqueurs

L'un des objectifs premiers de PharmaCOG est l'identification de nouveaux biomarqueurs de la maladie d'Alzheimer, un axe qui concerne les quatre PME engagées dans le consortium. ICDD (Innovative Concepts in Drug Development), créée en 2007 et basée dans les Bouches du Rhône, a fondé son activité sur l'étude de la toxicité des médicaments à partir de l'analyse du comportement mitochondrial. Dans le cadre de PharmaCOG, c'est son deuxième champ d'activité qui sera mis à profit, à savoir le développement de marqueurs protéiques destinés à la sélection et au suivi des patients dans les études cliniques.

La parisienne ExonHit - doyenne des PME participantes ayant déjà lancé un test de diagnostic sanguin de la maladie d'Alzheimer - interviendra notamment dans l'analyse des profils d'expression génomique à partir d'échantillons sanguins de modèles animaux sélectionnés par d'autres membres du consortium. Grâce à sa technologie SpliceArray®, elle contribuera ainsi à l'identification de biomarqueurs de la transition d'un stade de troubles cognitifs légers (MCI) vers la maladie d'Alzheimer.

Une autre société, la strasbourgeoise IHD (Innovative Heath Diagnostics), créée en 2008, se concentre sur le diagnostic sanguin de la maladie d'Alzheimer, mais sur une base scientifique différente de celle exploitée par ExonHit (voir BioPharmaceutiques n°122). S'appuyant sur les travaux des Dr Jean de Barry (chercheur à l'Institut des neurosciences cellulaires et intégratives) et François Sellal (neurologue), la société a développé deux tests. Le premier repose sur la mesure du changement de conformation de la protéine kinase C, changement provoqué, chez les patients souffrant de la maladie d'Alzheimer, par l'interaction du peptide bêta amyloïde avec les membranes cellulaires des globules rouges. Le deuxième permet de détecter directement la présence du peptide bêta amyloïde adhérant aux membranes cellulaires des globules rouges. Le lancement commercial des kits de diagnostic sanguin pourrait intervenir à partir de mi-2011.

De son côté, la lilloise AlzProtect, créée en 2007, se concentre sur l'AICD (APP Intracellular Domain), métabolite intracellulaire de l'APP (protéine précurseur de l'amyloïde) et biomarqueur de la maladie d'Alzheimer. Alors que pour l'instant il n'est possible de doser l'AICD que dans le liquide céphalo-rachidien des souris, la société devra parvenir, dans le contexte de PharmaCOG, à doser les métabolites intracellulaires de l'AICD dans des échantillons sanguins de patients.

Nouvelles stratégies thérapeutiques

L'activité principale d'AlzProtect n'est toutefois pas la mise au point de biomarqueurs mais le développement de molécules innovantes dans la maladie d'Alzheimer. La stratégie scientifique de la société repose sur un concept relativement récent mais qui suscite un intérêt croissant. Cette pathologie ne serait pas causée par la formation de plaques amyloïdes dans le cerveau, mais trouverait son origine dans une perte de fonction de l'APP, entraînant un déséquilibre du métabolisme de cette protéine en faveur de la voie conduisant à la production de peptides amyloïdes. AlzProtect, elle, cherche à orienter le métabolisme de l'APP vers la voie « non amyloïdogénique ». Son activité valorise les résultats de la collaboration du Dr André Delacourte (Inserm) et du Dr Patricia Melnyk (Université Lille 2). Le développement de molécules agissant sur cette voie métabolique est au coeur du projet Alzappim, soutenu par l'Agence nationale de la recherche (ANR) et mené par AlzProtect en collaboration avec des chercheurs de l'Inserm et de l'université Lille 2. L'entrée en phase préclinique réglementaire du composé le plus avancé issu de ce projet, AZP2006, permettra à AlzProtect de boucler la deuxième tranche d'une levée de fonds initiée en novembre 2008 (400 000 euros levés auprès d'investisseurs régionaux).

Une opportunité majeure

Pour ICDD, IHD et AlzProtect, la participation à un consortium industriel européen est une première dans leur jeune existence. L'accès à des modèles animaux, à des échantillons sanguins de patients provenant de toute l'Europe et à des données cliniques issues d'études européennes multi-sites sont autant d'outils dont, d'ordinaire, les petites sociétés peuvent rarement bénéficier. Outre ces avantages techniques, leur sélection pour participer au consortium constitue une validation de la pertinence de leur stratégie scientifique, tandis que cette participation leur confère une visibilité importante auprès des grandes compagnies. ExonHit, dont les programmes menés en interne sont totalement indépendants de sa collaboration à PharmaCOG, table surtout sur une reconnaissance de sa technologie SpliceArray® par les leaders pharmaceutiques mondiaux. De son côté, Xavier Regnaut, président d'IHD, apprécie particulièrement l'importance que PharmaCOG accorde aux PME : « Nous sommes considérés d'égal à égal avec les big pharma : quand nous sommes autour de la table, notre voix compte tout autant. » « Nous servons de pont entre la philosophie industrielle et la philosophie académique », ajoute Philippe Verwaerde, pdg d'AlzProtect et porte-parole des PME participantes au sein du bureau exécutif de PharmaCOG. Ainsi, les grands groupes pharmaceutiques peuvent-ils aussi tirer parti de cette collaboration avec de petites compagnies.

(1) Une cinquième PME française participante, Qualissima, fondée par Olivier Blin comme société de valorisation de l'université de la Méditerranée, aura pour missions la promotion et le suivi des études cliniques européennes et l'harmonisation des procédures opératoires standardisées

(2) La face «industrielle» du consortium est pilotée par Elaine Irving (GlaxoSmithKline), responsable de la thématique des maladies neurodégénératives au sein de l'EFPIA (Fédération européenne des associations et industries pharmaceutiques)