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Juillet 2006

Bilan économique 2005 : L'industrie s'inquiète pour 2006

La présentation annuelle du bilan 2005 des Entreprises du Médicaments, le 6 juillet 2006, a été l'occasion, pour le LEEM de souligner l'importance du secteur du médicament dans l'économie française. Et de soulever l'inquiétude de l'industrie pour l'année 2006 qui marque une entrée « dans un cycle de récession » sans précédent.

L'année 2005 confirme l'importance du secteur du médicament dans l'économie française: il représente 2,2% du PIB. La France se place ainsi au premier rang des producteurs européens avec 33,1 milliards d'euros de chiffres d'affaires, suivie du Royaume-Uni (22,6 milliards d'euros de CA) et de l'Allemagne (20,9 milliards d'euros de CA). Sur un total de 100000 emplois dans l'industrie pharmaceutique en France, 35000 sont consacrés à la production.

De même, l'exportation de médicaments occupe un poids croissant : 16,7 milliards d'euros en 2005, soit 40% du chiffre d'affaires qui fait du secteur le 5ème excédent commercial net. La France se situe ainsi au 3ème rang en Europe en matière de solde import/export.

Par ailleurs, l'industrie pharmaceutique reste le 1er investisseur privé en R&D. En 2005, elle a investi près de 4 milliards d'euros dans les essais et la recherche de nouveaux traitements. Quant aux effectifs de recherche, ils se sont hissés à 22000 personnes.

La pharmacie impacte le tissu économique français

L'étude CEMKA-EVAL présentée lors du bilan 2005, s'est pour sa part, intéressée à l'impact macro-économique de l'industrie pharmaceutique et à ses effets d'entraînement sur l'économie française. Elle a ainsi établie qu'un emploi dans l'industrie pharmaceutique est lié à 3,9 emplois dans le reste de l'économie et à 5 emplois, si on compte les administrations publiques. Pour 1 euro de chiffre d'affaires réalisé dans la fabrication et la commercialisation de spécialités à usage humain (SUH), 1,5 euros de chiffres d'affaires sont réalisés ailleurs dans l'économie nationale. De même, 1 euro d'investissement dans le secteur des SUH, correspond à 5 euros d'investissement dans le reste de l'économie. La pharmacie occupe la première place pour son impact sur le R&D : 100 euros de chiffres d'affaires hors taxes (CAHT) dans l'industrie pharmaceutique entraîne 13,36 euros de CAHT dans la R&D, assez loin devant l'industrie des équipements électriques et électroniques (9, 34 euros) et la construction navale, aéronautique et ferroviaire (7,92 euros).

Mais certains signaux sont alarmants...

Si l'année 2005 reste satisfaisante, elle annonce tout de même la tendance à la récession de l'année 2006. Avec 4,7% de chiffre d'affaires en 2005, le marché du médicament (ville et hôpital) a connu une inflexion par rapport aux années précédentes, particulièrement à partir de 2000 (7,6%). Pis, la croissance du marché remboursable ville pour les 5 premiers mois de l'année 2006 est de 1,7, contre plus de 6,5 en 2005 et 2004. « Cette chute est d'autant plus sensible que le secteur aura tenu pleinement ses engagements d'économies pris lors de la réforme de 2004, majorés en 2005 par Xavier Bertrand, soit 3,1 milliards d'euros », précise le LEEM.

La situation de l'emploi dans l'industrie pharmaceutique n'est guère plus réjouissante. « En quatre ans, nous sommes passés de 900 à environ 500 créations d'emploi net en France en 2004. Pour 2005, les premiers indices montrent que les entreprises connaîtront une stagnation des emplois. Et pour 2006, il pourrait même s'agir d'une régression. Un phénomène tout à fait nouveau dans notre secteur », a souligné Bernard Lemoine, vice président délégué du LEEM.

Si les effectifs de la R&D connaissent une augmentation (13% en 2004 contre 10% en 1994) , ceux liées aux activités dites commerciales sont en nette diminution (34% en 2004 contre 41% en 1994). Et les plans sociaux dans l'industrie du médicament se multiplient : 13 plans en 2005 et déjà 9 en 2006.

...et les prélèvements ne cessent de croître

L'inquiétude des entreprises est d'autant plus vive que le montant des prélèvements spécifiques opérés sur l'industrie du médicament a pratiquement doublé depuis 2002 ( de 592 à 1065 millions d'euros). Il est passé de 3,2% à 4,8% du chiffre d'affaires taxable.

« L'ensemble de nos entreprises sont confrontées aujourd'hui à de profondes restructurations internes. 2006 révèle une rupture et un renversement de situation. Les signaux de compétitivité et d'attractivité que nous attendions ne sont pas aujourd'hui au rendez-vous. Nous avons d'ailleurs manifesté plusieurs alertes depuis plusieurs mois concernant la gouvernance du médicament dans notre pays », a affirmé Christian Lajoux, président du LEEM. « Les entreprises de santé sont attachées à la maîtrise des comptes sociaux et du bon usage des médicaments. Mais elles estiment également nécessaire de reconnaître le besoin d'une véritable politique industrielle du médicament en France. Or, elles manquent aujourd'hui de lisibilité en terme de gouvernance de santé. Les décisions se prennent dans différents endroits, il n'y a pas toujours la cohérence que nous en attendons », poursuit Christian Lajoux, faisant notamment référence à la montée en force du niveau de taxation de l'industrie pharmaceutique.

... une véritable « politique industrielle » s'impose

Autre constat : depuis plusieurs années, les investissements de R&D se sont ralentis dans l'Hexagone. « Aujourd'hui, l'industrie pharmaceutique française représente 7% des investissements de R&D mondiaux du secteur, contre  11% il y a encore quelques années », note Christian Lajoux.

Brian Ager, de l'EFPIA s'inquiète lui, de l'attractivité de l'Europe pour la localisation de la R&D. « Celle-ci est largement conditionnée par les politiques du médicament menées par les 25 Etats membres : la France a un rôle clé », a t-il estimé.

La France a en effet besoin d'une politique du médicament, mais aussi d'une politique « de santé publique clairement définie. Les enjeux du médicament sont des enjeux de santé publique, de progrès thérapeutique, économiques, sociaux et politiques. Ils concernent tous les citoyens », a expliqué Christian Lajoux. « Par ailleurs, sous sommes les seuls industriels en France, à nous demander tous les ans, à partir du mois de juillet ce qu'il va sortir dans la LFSS. Comment peut-on gérer des entreprises internationales dans ces conditions ? », a t-il déploré.

En attendant de rediscuter d'un prochain accord-cadre avec le CEPS, le LEEM fera ainsi des propositions aux pouvoirs publics. L'objectif : bâtir une politique industrielle pour que le médicament compte dans les secteurs d'avenir de la France. Il souhaite d'ailleurs rencontrer prochainement tous les grands acteurs de santé, dont  Frédéric Van Roekeghem, directeur de l'Uncam et les membres de la direction de la HAS, pour discuter de l'avenir du médicament.

Hélia Hakimi
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