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Juin 2006

Roche : un leadership incontesté en oncologie

Premier fournisseur mondial en médicaments anticancéreux, Roche récolte aujourd'hui les bénéfices de ses choix stratégiques. Laboratoire vedette de l'ASCO cette année, son pipeline - sur le marché et en développement - a de quoi faire pâlir d'envie les firmes concurrentes, tout comme son positionnement sur le marché mondial en terme de croissance.

On pourrait croire que les laboratoires Roche se vantent ou enjolivent la situation tellement le bilan des dernières années sur les avancées en oncologie mettent le groupe suisse sur un piédestal. Mais les faits sont là et bien là. Multiplication des produits innovants, R&D accentuée, études nombreuses dans diverses indications, autorisations de mise sur le marché décuplées... et les dernières analyses du marché sur Roche laissent entrevoir un avenir encore meilleur. La conférence du laboratoire bâlois la semaine dernière n'avait rien d'excessif, en particulier lorsqu'il faut faire face à une maladie qui se répand comme une traînée de poudre.

Les chiffres énoncés par William M. Burns, CEO de Roche Pharma sont pour le moins alarmants. Actuellement, 11 millions de cas de cancer sont diagnostiqués chaque année dans le monde et les estimations élèvent ce chiffre à 15 millions en 2020. « La bonne nouvelle, c'est que nous progressons », lance M. Burns. Aujourd'hui, six cancéreux sur dix sont encore en vie cinq ans après le premier diagnostic, un tiers des nouveaux cas de cancer pourrait être prévenu et un autre tiers pourrait être traité efficacement grace aux mesures de détection précoces telles que le screening.

Précurseur dans les mab

Le portefeuille, déjà bien garni avec des médicaments témoignant d'un bénéfice vie fort, devrait encore s'accroître ces prochaines années. Et pour cause, Roche consacre environ 25 % de tous ses programmes de recherche et plus de 40 % des projets de développement en oncologie. Positionné avant tout le monde dans ce domaine, avec une perspective non plus d'accompagner le patient mais de stopper la maladie, il a été précurseur dans les anticorps monoclonaux (mab) avec le Rituxan® (rituximab) dont la FDA a autorisé la commercialisation en 1997 (mis sur le marché sous le nom de MabThera® en Europe), dans le traitement du lymphome non hodgkinien. Un an plus tard, Herceptine® (trastuzumab), le premier mab dans le traitement du cancer du sein, arrivait sur le marché américain. Depuis, la plupart des industriels se sont lancés dans les traitements ciblés. Le récent congrès de l'ASCO ou American Society of Clinical Oncology, a permis aux laboratoires de présenter une quinzaine de nouvelles classes de médicaments anticancéreux en cours de développement. Tous ont pour but des traitements ciblés et moins toxiques que ce qui existe actuellement. Une véritable renaissance pour l'oncologie.

Roche revendique sa place de précurseur qui ne s'est pas arrêté là. Ont suivi, dans le désordre Avastin® (bevacizumab), premier anti-angiogénique dans le cancer du sein et du poumon non à petites cellules, utilisé aussi pour le cancer colorectal ; Tarceva® (erlotinib), seul inhibiteur EGFR offrant une espérance de survie chez les malades du cancer du poumon et Xeloda® (capécitanibe), dans le traitement chimiothérapique oral des cancers du sein et colorectal. En outre, on trouve de nombreux traitements de soutien : Bondronat® (acide ibandronique), unique bisphosphonate azoté pour le traitement des maladies osseuses métastatiques ; NéoRecormon® (epoetin beta) pour le traitement de l'anémie dans certains cas de cancers ; Kytril® (granisétron) pour traiter les nausées induites par la chimiothérapie et la radiothérapie ; et Neupogen® (filgrastim) dans la neutropénie liée au cancer. S'ajoutent à ces traitements ciblés un portefeuille diagnostic en plein essor, notamment avec une gamme de marqueurs tumoraux pour le dépistage (prostate, côlon, rectum, foie, ovaires, sein, estomac, pancréas et poumon) ainsi que des tests oncologiques moléculaires.

Prix Galien

C'est un joli contre-pied aux résultats de l'étude* réalisée par le Karolinska Institutet et la Stockholm School of Economics, deux organismes suédois qui ont eu à cœur de compiler les données disponibles en cancérologie et de démontrer que l'Europe investit sept fois moins que les Etats-Unis dans la R&D en oncologie.

Et le groupe suisse continue d'étonner avec ses produits performants déjà sur le marché qui obtiennent de la part des autorités sanitaires des homologations dans des indications nouvelles. C'est le cas d'Avastin®, développé par sa filiale indépendante Genentech, qui vient d'être homologué pour le traitement de seconde intention du cancer colorectal métastatique en association avec une chimiothérapie classique, déjà approuvé en 2004 par la FDA dans le traitement de première intention du cancer colorectal. Avastin® est d'ailleurs jugé par les spécialistes comme l'anticancéreux le plus prometteur des dix dernières années**, d'autant que ce produit-vedette a remporté le prix Galien 2006 (avec Abilify - aripiprazole - de Bristol Myers Squibb, dans le traitement de la schizophrénie) à la fois pour son excellent rapport bénéfice-risque mais aussi pour l'innovation qu'il représente, et que Roche a présenté des données fort encourageantes sur l'association Avastin®/Tarceva®. C'est d'ailleurs très rassurant pour les malades, qui connaissent le traitement particulièrement éprouvant de la chimiothérapie appliqué seule, mais dont l'efficacité augmente et les effets secondaires font peau de chagrin avec l'utilisation d'un adjuvant tel qu'Avastin®.

Avastin®, bientôt bestseller de Roche ?

Pourtant, le laboratoire suisse, s'il est particulièrement investi en cancérologie, ne se limite pas à cette sphère et progresse ailleurs. Déjà salué pour son antigrippal Tamiflu® (oseltamivir), Roche, outre la virologie, travaille dans des domaines comme la rhumatologie, l'infectiologie, le système nerveux central (SNC), etc. Cependant, Roche prévoit de faire homologuer neuf nouvelles indications dans le traitement du cancer au cours des deux prochaines années.

Et les résultats du groupe confirment ce bon positionnement. Rappelons que le bilan 2005 fait état d'un chiffre d'affaires en hausse de 20 % à 35,5 milliards de F suisses (~22,7 milliards d'euros) et d'un bénéfice d'exploitation en augmentation de 33 %. La dernière étude d'IMS, intitulée Intelligence.360***, après avoir souligné l'importance prise par le lancement de médicaments de spécialité sur le marché et rappelé que Roche occupe la 8e place mondiale en termes de part de marché, note que c'est finalement l'oncologie qui « est désormais largement la première classe en terme de contribution à la croissance ». Ainsi le pipeline global est dominé par les produits de spécialité et le laboratoire Roche tend vers le 100 % médicaments de spécialité. En effet, si ses produits commercialisés sont encore à près de 60 % destinés aux généralistes, son pipeline en développement ne leur laisse plus aucune place.

Il faut aussi voir les bénéfices que le groupe suisse tire de l'achat du spécialiste américain en oncologie Genentech en 1990. Une stratégie aujourd'hui payante puisque son futur médicament vedette Avastin®, qui devrait être bestseller du groupe d'ici 2008, sort justement des éprouvettes de Genentech.

Mélanie Mazière

* A Pan-european comparaison regarding patient access to cancer drug - 2005. Accès au document intégral : http://ki.se/content/1/c4/33/16/Cancer_Report.pdf.

** Financial Times - 6 juin 2006)

*** http://www.imshealth.com/ims/portal/front/articleC/
0,2777,6599_18731_78159585,00.html

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