Financement du progrès thérapeutique - Le LIR pousse un cri d'alarme

Innover, oui. Sans argent, impossible. Le progrès thérapeutique, essentiel pour la santé de chacun, demande un financement que la France ne semble pas prête à dégager. Dans la situation de déficit chronique où se trouve le pays, le LIR lance des propositions pour économiser... et financer les médicaments de demain.
Les constats sont multiples et convergent tous vers la même conclusion : si rien n'est fait, l'innovation thérapeutique en France ne sera bientôt plus que de l'histoire ancienne. La situation macro-économique du pays, son endettement et le déficit chronique de la Sécurité sociale l'amène à prendre des mesures draconiennes. Il en est ainsi de sa volonté de limiter à 1 % la croissance des dépenses de médicaments... alors que l'Observatoire du LIR indique que la croissance minimale nécessaire au progrès thérapeutique est de 3 à 5 %. Dilemme.
« En partant de l'hypothèse que la France doit jouer un rôle moteur dans le développement de nouveaux médicaments et doit continuer à bénéficier des nouveaux traitements, nous avons le sentiment que les choix politiques sur les médicaments aujourd'hui ne nous mènent pas dans la bonne direction. Ces choix pour 2007 seront déterminants dans le développement thérapeutique français », lance Christophe Weber, président des Laboratoires internationaux de recherche (LIR) et pdg France de GSK.
D'où la question posée par le LIR : comment concilier les investissements dans le médicament de recherche et la maîtrise des dépenses. Plusieurs pistes ont été présentées mercredi matin - qui seront transmises à Xavier Bertrand dans les semaines à venir - après analyse de différentes données. Constats : 80 % de la croissance des remboursements de médicaments en ville s'expliquent par l'augmentation des prises en charge de pathologies lourdes (remboursement à 100 %) et notamment du nombre d'ALD ; la croissance du médicament se décompose pour moitié en effet quantité de traitements (évolution démographique positive et augmentation des besoins de santé) et pour moitié en effet qualité de traitements (arrivée de nouveaux traitements).
Crainte sur les tarifs de référence
Etant admis la croissance nécessaire de 3 à 5 % pour l'innovation thérapeutique, le LIR propose cinq pistes, toutes interdépendantes, pour économiser et ainsi dégager ces financements. D'abord, éviter le mésusage et donc la surconsommation. Un axe important dans le pays qui est le plus gros consommateur de médicaments. Une initiative que le LIR a menée pendant un an sur deux pathologies, montrant que l'industrie pharmaceutique était capable de promouvoir bon usage et recommandations des autorités sanitaires auprès des prescripteurs, via ses visiteurs médicaux. Deuxième piste : la reconnaissance du progrès thérapeutique. L'occasion pour Robert Dahan, vice-président du LIR et pdg France d'AstraZeneca, de livrer une pensée mitigée sur les tarifs de référence (TR) par classe ou par convergence. « Les avantages financiers sont limités à court terme parce qu'ils entraînent une augmentation des volumes et/ou des transferts vers d'autres produits. Le TR remet en cause non seulement le caractère protecteur du brevet et l'avantage à l'entreprise qui a développé une nouvelle molécule, mais aussi le mécanisme d'innovation en lui-même qui repose sur en grande partie sur de petites avancées thérapeutiques. Enfin, le risque est de priver certains patients de l'accès aux soins les plus innovants ». Dans ce cadre, le LIR souligne les conséquences que ces TR pourraient avoir sur la santé publique et prévient que, dans un tel contexte, on s'oriente vers une arrivée massive des assurances privées. « Les patients qui seront de plus en plus nombreux à avoir recours à des traitements chers dont le remboursement serait très limité par la collectivité, se dirigeront évidemment vers les assurances privées », ajoute Robert Dahan.
Quels sont les autres domaines où les économies sont possibles ? Selon le LIR, les génériques sont le premier poste à viser. « Certaines molécules sont vendues 30 ou 50 % moins cher en Allemagne. Il faut pousser les génériqueurs dans une véritable compétition des prix, ce qui pourrait nous amener une économie supplémentaire de 700 millions d'euros », affirme Christophe Weber. Un véritable marché de l'automédication serait une autre piste, avec un rôle essentiel du pharmacien auquel les labos demandent de faire passer les produits OTC devant son comptoir, en accès libre pour le patient. Le LIR évoque aussi des économies envisageables sur la distribution, particulièrement coûteuse en France, sur la possibilité d'une prise en charge de certains médicaments et actes dès le premier euro par des mutuelles, sur la réduction progressive du taux de remboursement par le régime général des produits vignetés à 35 %, etc.
« Ces propositions pourraient générer près du double d'économies supplémentaires par rapport à celles du plan médicament 2005-2007, soit plus de 2 millions d'euros », sourit Christophe Weber. « L'heure des choix est arrivée, nous souhaitons en débattre avec les différents acteurs, en particulier avec le gouvernement, et le plus rapidement sera le mieux ».
L'ensemble des documents présentés par le LIR sont en ligne sur son site : http://www.lir.asso.fr/.