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Juin 2006

L'automédication menace-t-elle la santé publique ?

Le thème du débat du 16 juin organisé par l'AFIPA, un rien provocateur, a permis de rappeler les enjeux de l'automédication en France. Eric Maillard, chargé de présenter et de conclure cette rencontre et Hervé Karleskind, rédacteur en chef de Pharmaceutiques et animateur du débat, ont accueilli des spécialistes de la question : Claude Le Pen, le Pr. Alain Baumelou et Hubertus Cranz.

A croire que le thème du débat n'était qu'une boutade, à écouter les experts parlant de l'automédication responsable comme une évidence à intégrer dans notre système de soins et la gestion de la santé actuels... Mais il ne faut pas perdre de vue que pour qu'un véritable marché de l'automédication se mette en place, il faut un consensus partagé sur la question, que ce soit du côté des professionnels de santé, des institutions et des consommateurs... ce qui n'est pas encore le cas en France.

Si les avantages que peut apporter l'automédication ne sont plus à expliquer et démontrer - amélioration de l'état de santé et de la qualité de vie de la population, désencombrement du système de soins, économies substantielles pour l'assurance-maladie - son marché reste peu développé dans l'Hexagone et aurait même tendance à fléchir (lire Pharmaceutiques de mars 2006). « Les dépenses annuelles d'automédication per capita s'élèvent en France à 27,61€, soit une somme la plus faible comparée à l'Allemagne, l'Italie, l'Angleterre et la Pologne », note Eric Maillard, président de l'AFIPA. Ce dernier indique que le comportement français va de paire avec les difficultés pour le gouvernement d'expliquer que tout ne peut être remboursé, avec la crainte du changement ancrée dans la société française, avec la méfiance suscitée par l'automédication, « vécue davantage comme un problème de santé publique plutôt qu'un moyen de l'améliorer », et avec une éducation qui n'incite pas à la prise d'initiative en matière de soins.

Potentiel d'économies

Des propos confirmés et précisés par le Pr. Alain Baumelou, praticien hospitalier, président du groupe de travail sur l'automédication de l'Afssaps et membre de la commission d'AMM. Il regrette le manque d'informations des médecins, des pharmaciens et des patients. « La notice n'est pas suffisante parce qu'elle n'est lue qu'après l'achat du médicament ». Pour que le patient s'oriente vers l'automédication, il lui faut un conseil de qualité de la part du pharmacien, ce dernier a donc besoin de formation à la dispensation comme cela a été fait pour les substituts nicotiniques. De même pour les médecins dont l'information et la formation sont capitales. « Les mettre hors-jeu entraîne des risques d'interaction médicamenteuse et la possibilité qu'en l'absence d'information ils prescrivent un médicament pour remplacer celui d'automédication », note Alain Baumelou. Or, l'enseignement reçu par les médecins ne les incite pas à avoir une image positive de l'automédication et leur bible, à savoir le Vidal, en parle peu voire pas du tout. Les laboratoires doivent payer pour y faire figurer leurs monographies - tout comme dans le Thera - ce qu'ils font peu pour les spécialités non listées. Ces remarques du praticien sont celles d'un spécialiste : Le Vidal de l'automédication, sorti en 2004... a été supervisé par le Pr Baumelou.

Claude Le Pen, économiste de la santé, souligne le potentiel d'économie du marché de l'automédication, « bien supérieur à celui des génériques puisque c'est pour l'assurance-maladie, 100 % du coût du médicament qui est économisé ». D'autant que l'automédication ne nécessite pas de visite ou de consultation médicale. En outre, elle forme une réponse rapide et efficace à toute demande spontanée du patient tout en proposant « des produits sûrs pour faire face à des comportements profanes ». Autre avantage : un bon taux d'observance. Par sa démarche personnelle dans le traitement, le patient est plus enclin à le suivre, ce qui s'explique peut-être aussi par le fait de payer le médicament.

Un acte militant

Mais un obstacle s'oppose au développement de ce marché. Outre un manque d'informations de tous les acteurs de la santé, les produits d'automédication restent chers, plus chers que les prix pratiqués pour des médicaments remboursés. « Les laboratoires dont le produit a été recalé au remboursement voient d'abord la perte que cela représente dans leur chiffre d'affaires et compensent en augmentant les prix des non-remboursés », précise l'économiste. Un consommateur qui choisit de s'automédiquer et donc de payer plus cher que ce qu'il serait remboursé en obtenant un équivalent listé sur ordonnance... ne peut être qu'un « militant », sourit Claude Le Pen.

Une situation très française, comme le rappelle le Dr Hubertus Cranz, directeur général de l'Association of the European Self-Medication Industry (AESGP). Il rappelle la reconnaissance de l'automédication responsable sur le plan européen, que ce soit au Parlement, à la Commission ou au Conseil. Il met en exergue les différences entre Etats-membres qui proposent des mesures nationales variables et s'appuie sur le bon exemple du Royaume-Uni. Il préconise une interaction étroite entre tous les acteurs de santé sur cette problématique, des autorités publiques aux assurances santé en passant par les patients. Ces propos donnent à l'AFIPA l'occasion de rebondir puisqu'elle appelle depuis plusieurs années à un véritable engagement du gouvernement français dans la démarche d'automédication responsable. Concrètement, elle propose une série de mesures pour développer ce marché et ce comportement en France.

Mélanie Mazière

http://www.afipa.org/

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