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Mai 2006

Genfit : la Bourse à l'automne

C'est forte de 17 programmes de recherche et de partenariats avec plusieurs acteurs de la pharma européenne (Sanofi-Aventis, Pierre Fabre, Fournier-Pharma, Merck KGaA, Servier...) et de six exercices bénéficiaires successifs que Genfit s'apprête à tenter l'aventure boursière. Un point sur les développements récents et les projets de la société avec le président de son directoire, Jean-François Mouney.

Pharmaceutiques : Genfit va débuter ce mois-ci une étude de phase II avec le GFT 14, médicament développé pour la prise en charge du risque cardiométabolique. Pouvez-vous nous présenter le mode d'action du médicament et vos projets pour son développement ?

Jean-François Mouney, président du directoire de Genfit : Nous arrivons dans la phase de preuve du concept chez le patient. Après avoir démontré la très bonne tolérance et la sécurité remarquable du GFT 14 via l'étude de phase I engagée en mars 2005, nous allons débuter, en mai, une première étude de phase II chez 125 patients dyslipidémiques. Les résultats d'efficacité sont attendus au début de l'année 2007. De plus, le GFT 14 n'est ni une statine, ni un fibrate mais un triglycéride synthétique modifié agissant sur deux cibles : le PPAR alpha (Peroxisome Proliferator-Activated Receptor ou récepteur activé par les inducteurs de la prolifération des péroxysomes) et une autre cible dont nous pouvons dire aujourd'hui qu'elle est très importante dans le domaine de l'insulinosécrétion. Aussi, une fois la validation totalement réalisée, nous serons alors en mesure de confirmer que la molécule a un intérêt significatif dans le diabète. Nous enchaînerons alors probablement avec une deuxième étude de phase II, cette fois pour une population de patients diabétiques. Lorsqu'il s'agira d'envisager la phase III et la commercialisation du GFT 14, nous chercherons un partenaire de co-développement parmi les laboratoires pharmaceutiques présents dans le secteur cardiométabolique.

Par ailleurs, il est important de rappeler que le GFT 14 s'inscrit complètement dans la stratégie élaborée par Genfit. En effet, notre société travaille d'abord dans des indications de prévention dans le domaine cardiovasculaire et a choisi de privilégier le développement de produits permettant de répondre à plusieurs aspects du risque cardiométabolique. Dans cette optique, nos programmes cliniques se focalisent sur des aspects multimodaux (PPAR et insulinosécrétion, bêta bloquants et autres cibles de l'hypertension artérielle...) pour un même objectif thérapeutique.

Pharmaceutiques : Vous évoquiez à la fin de l'année dernière des projets d'introduction en Bourse et de croissance externe de Genfit. Quel est l'état actuel de vos réflexions sur ces points ?

JF Mouney : Nous avons beaucoup réfléchi et nous sommes déterminés à viser l'automne pour une introduction en Bourse. Je tiens à rappeler que l'entrée en Bourse n'est pas une fin en soi pour Genfit, mais un moyen de financement comme un autre. Certes, il est moins facile car une fois entrée en Bourse, une société doit afficher des réussites et délivrer des résultats. Mais nous espérons réussir. Nous sommes la première société de biotechnologie française se présentant sur le marché avec, derrière elle, six années de bénéfices et plusieurs alliances avec des laboratoires pharmaceutiques. L'idée de l'introduction en Bourse est une étape dans nos esprits et nos calendriers, mais notre objectif majeur est de renforcer notre crédibilité sur le plan thérapeutique et de diversifier notre porte-feuille. Nous voulons que Genfit dispose de très belles molécules, de cibles validées avec des lead qui peuvent être dans les mains de petites sociétés pas encore très structurées. Alors pourquoi pas acquérir des molécules par le biais du rachat de telles structures. Nous disposons d'une filiale de « business developement » aux Etats-Unis et ces options pourraient s'inscrire dans son développement tout comme pourraient être envisagés des rachats en France ou en Europe.

Pharmaceutiques : Depuis la dernière assemblée générale de France Biotech, vous êtes l'un des vice-présidents de l'association en charge de préparer un plan d'actions pour le déblocage de l'aval de la chaîne de financement des sociétés de biotechnologies. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ces projets ?

JF Mouney : Dans le cadre du nouveau bureau de France Biotech, nous réfléchissons, avec le président de Neuro3D Charles Woler, sur le développement industriel de nos sociétés. Un petit-déjeuner sera organisé en juin pour proposer notre plate-forme présidentielle et nous présenterons à ce moment des initiatives significatives. Personnellement, je considère qu'un des problèmes principaux est celui de la taille critique. Il nous faudra trouver des solutions pour le financement des études cliniques tout comme il nous faudra nous battre pour rendre les sociétés françaises de capital-risque plus professionnelles. Celles-ci ont souvent tendance à ne pas se mettre assez en danger et à ne pas prendre de vrais risques. Il s'agit là d'un des leviers sur lequel nous devons agir pour que les VC irriguent les sociétés de biotechnologie en bonne santé et puissent les amener à une taille critique.

Propos recueillis par Anne-Lise Berthier
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