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Février 2006

Deux nouveaux fonds dédiés aux biotech

Comment fonctionnent les fonds consacrés au financement des biotechnologies ? Quels sont leurs objectifs et leurs priorités ? Alors que deux nouveaux fonds, Biodiscovery II chez Edmond de Rotschild Investment Partners, et SGAM Sefti (Specialized european fund for therapeutic innovation) chez SG AM Alternative Investments viennent de clôturer des phases de financement, leurs responsables exposent leur philosophie et leurs finalités.

Un fond à trois axes

Du côté de Biodiscovery II, « la levée de fonds a débuté courant 2004 et a été clôturée fin décembre 2005. Les contacts avec les investisseurs nous ont permis de calibrer le produit », explique Gilles Nobécourt, responsable du pôle sciences de la vie chez Edmond de Rotschild Investment Partners. Notre souci était d’avoir un fond équilibré entre approche industrielle et approche financière, la finalité étant d’assurer un retour optimal. Cet équilibre s’est d’abord reflété au travers des souscripteurs, parmi lesquels on retrouve l’Institut Pasteur et Amgen aux côtés d’investisseurs plus classiques ». Trois axes prioritaires ont ainsi été définis pour les choix d’investissements. Il s’agit de sociétés développant des produits thérapeutiques, de sociétés travaillant sur le diagnostic moléculaire et enfin de sociétés de technologies médicales. Au total, le fond dispose actuellement de 80 millions d'euros. « Compte tenu des capitaux nécessaires, explique Gilles Nobécourt, les deux tiers du fond seront consacrés aux sociétés développant des produits thérapeutiques. Celles-ci doivent être parvenues au début de la phase pré-clinique réglementaire et nous les accompagnons alors jusqu’au stade de la preuve du principe chez l’homme. Deux investissements ont déjà été réalisés, l’un de quatre millions d’euros au sein de la société belge OncoMethylome Sciences (mise au point des tests de détection de cancers sur la base de l’existence d’une modification de l’ADN dans les cellules cancéreuses) et l’autre de trois millions d’euros dans Biospace Instruments (systèmes d’imagerie médicale basés sur l’utilisation de doses de rayonnement réduites appliqués à l’orthopédie– systèmes d’imagerie corps entier). Un troisième est actuellement en cours de bouclage ».

Pourquoi cette répartition en trois axes ? « Notre analyse du secteur montre que la valeur d’un segment d’activité donné est presque toujours conditionnée par le produit thérapeutique identifié en bout de chaîne, résume Gilles Nobécourt. Par ailleurs, les multiples de valorisation les plus élevés sont toujours le fait de sociétés proposant des produits thérapeutiques, devant le dispositif médical et le diagnostic. Lorsqu’on regarde le rapport entre les résultats et la valorisation des sociétés cotées, il est de 90 pour une société comme Genentech. Pour les sociétés de biotechnologies, ce multiple est autour de 25 à 30 et se réduit autour de 15 pour les pharma. Tout le monde a sa place dans cet univers mais il est important de préserver la spécialisation d’une société. Sur certaines activités, le retour sera peut être moins élevé mais il y aura aussi moins de risque, ce qui nous a incité à pondérer le fonds selon trois axes dont les profils de risque s’équilibrent. N’oublions pas qu’entre la validation d’une cible et la mise sur le marché, il faut quinze ans et la société a besoin de vivre pendant ce laps de temps. Il faut donc savoir ne pas intervenir trop tôt. »

Une démarche novatrice

Chez SG AM Alternative Investments, Béatrice Denys met l’accent sur la philosophie originale du fonds SGAM Sefti qui vient de clôturer sa première phase de financement. « Ce fonds a été initié par SG Asset Management (SG AM) afin d’investir dans des projets issus de la recherche académique et de les valoriser », indique-t-elle. « Contrairement aux fonds classiques, nous voulions que des industriels soient aussi partie prenante dans un esprit de veille technologique. Aujourd’hui, il y a en France et, plus largement en Europe du Sud, de beaux projets dans la recherche publique, relève Béatrice Denys, mais il manque une interface public/privé permettant d’orchestrer la mise en place de sociétés exploitant les brevets issus de la recherche publique comme le permet la loi Allègre. Amgen a ainsi été le premier à investir dans Sefti qui a aussi reçu le soutien de cliniciens dont le professeur Antoine Lafont à l’hôpital Européen Georges Pompidou. Une première phase vient de nous permettre de réunir 20,5 millions d’euros, notre objectif étant d’atteindre un montant de 50 millions d’euros pour la réalisation de 8 à 10 investissements ».
Ce fonds présente ainsi plusieurs originalités. Sa stratégie d'investissement concerne le vasculaire au sens large, avec une orientation tant vers la thérapeutique que vers le diagnostic ou le dispositif médical. « Notre recherche de brevets sera orientée vers des brevets « mûrs » dont le débouché clinique est rapide, précise Béatrice Denys. Nous avons déjà réalisé une pré-sélection concernant des travaux susceptibles de générer des technologies de rupture ». Le fonds travaille de façon rapprochée avec les cellules de valorisation des organismes publics et Sefti a vocation à intervenir en pré-amorçage, puis à contribuer à trouver le dirigeant adapté et à mettre en place la structure de la société. Enfin, dernière originalité du fonds, est également prévue la création d’une fondation de recherche associée à Sefti afin de participer à des appels à projets en vue d’un investissement ultérieur par le fonds ».

Anne-Lise Berthier
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