Grippe aviaire : Des médicaments à utiliser avec précaution
La mission d’information sur la grippe aviaire s’est réunie afin de faire le point sur les mesures préventives dont on dispose pour faire face au risque de pandémie. Les antiviraux, dont on attend beaucoup, ne seront efficaces qu’utilisés avec discernement.
Une table ronde en présence de quatre experts a eu lieu, ce matin, à l’Assemblée nationale, à l’initiative de la mission d’information sur la grippe aviaire, présidée par Jean-Marie Le Guen, dont l’objectif est d’être une «source d’information crédible pour les Français». Après tout le «tapage médiatique» de ces derniers jours, un point sur les données scientifiques disponibles sur la grippe aviaire était, en effet, nécessaire. Sylvie Van der Werf, chef de l’unité de génétique moléculaire des virus respiratoires de l’institut Pasteur, a rappelé que le virus H5N1 était apparu pour la première fois en 1997 à Hong Kong. Qu’aujourd’hui, «il n’a pas la capacité de passer d’un humain à un autre de façon efficace, mais a tout de même parcouru un petit bout de chemin vers cette adaptation à l’homme». Il est donc indispensable de surveiller le virus et ses antigènes, pour mettre au point un vaccin au cas où il acquerrait cette adaptation. Il faut également suivre de près une éventuelle apparition d’une résistance aux antiviraux auxquels il est sensible (Tamiflu®, Relenza®). «Les antiviraux permettent d’intervenir rapidement et préventivement, n’empêchent pas l’infection, mais réduisent la durée de la maladie et la capacité de transmission», a expliqué l’expert. Quant au vaccin, «des lots pilotes ont été produits et sont en cours d’essais cliniques. La grande majorité des vaccins de la grippe saisonnière s’adressent à des personnes qui ont déjà été en contact avec le virus, il s’agit donc d’un rappel. Dans le cas de H5N1, les personnes sont «naïves», elles n’ont jamais rencontré le virus et donc, il faut instaurer une nouvelle immunité, ce qui nécessite au moins deux injectionset des adjuvants». Des ajustements sur la quantité de matière virale nécessaire sont actuellement à l’étude dans les laboratoires. D’après Sylvie Van der Werf, il faudrait six mois pour produire les premiers lots de vaccin une fois que le virus aura été isolé, en cas de pandémie.
Trois médicaments
«C’est une course contre la montre, il faudra utiliser des mesures imparfaites pour retarder la première vague en attendant d’avoir un vaccin efficace pour la deuxième vague», affirme le docteur Jean-Claude Désenclos, chef du département des maladies infectieuses de l’Institut de veille sanitaire. Par mesures imparfaites, les experts entendent antiviraux, mais aussi réduction des contacts sociaux, caméras thermiques dans les aéroports et masques.
«Nous ne disposons pas d’un panel de médicaments», souligne le professeur Jean-Philippe Derenne, chef du service de pneumologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. « Il y en a trois. Le Tamiflu® est dépendant du débit de fabrication de l’anis étoilé produit en Chine, mais il semble que Roche ait trouvé un moyen de fabriquer un produit de synthèse. Le Relenza® de GSK ne peut être actif qu’en intraveineuse ou par inhalation, mais c’est contre-indiqué pour les asthmatiques. Quant à Johnson et Johnson, il est à la recherche d’un partenaire industriel.» Conclusion de l’expert: «Le Tamiflu®, donné n’importe comment, serait fusiller la seule arme dont on dispose». Il faut l’administrer dans les douze heures qui suivent la contamination et il devient inefficace après 48 heures. Pour éviter tout abus, les 14 millions de doses stockées en France sont d’ailleurs sous la bonne garde de l’Armée.