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Septembre 2005

Le médicament, part croissante du budget de l’assurance maladie ?

Les médicaments remboursables, qui représentent, selon l’organisme de prise en charge, une part croissante du budget de l’assurance maladie, les génériques, et le développement des services aux assurés ont fait l’objet du dernier point d’information de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam).

A l’occasion de son point d’information mensuel, la Cnam a publié les derniers résultats d’une étude relative aux principales évolutions de l’année 2004 en matière de médicaments remboursables. Les principales données chiffrées de cette analyse font état de la poursuite de la croissance des coûts à un rythme soutenu (+6 % en 2003/2004), tandis que le volume total des quantités vendues continue de stagner (-0,1 % soit 1,8 milliard de boîtes). Au final, les dépenses de remboursements des médicaments « représentent une part importante et croissante » du budget de l’assurance maladie. En 2004, celles-ci ont, en effet, atteint la barre des 17,5 milliards d’euros. Le coût particulièrement élevé des nouveaux médicaments mis sur le marché et l’importance du coût de la prise en charge à 100 % semblent être à l’origine de cette forte progression des dépenses. Globalement, les médicaments dont le prix est supérieur à 15 euros (la boîte) représentent aujourd’hui 63 % des dépenses de remboursement contre 49 % en 2000. En parallèle, près de 40 % des dépenses présentées au remboursement concernent des affections chroniques prescrites sur la durée (hypercholestérolémie, hypertension artérielle, asthme) avec les conséquences que cela implique au niveau des coûts.

Les résultats de cette étude apportent également un certain nombre de précisions quant au classement des médicaments les plus prescrits. En termes de quantité vendues, les antalgiques (315 millions de boîtes), les psycholeptiques (122 millions de boîtes), et les antibiotiques (87 millions de boîtes) occupent toujours les trois premières places. De leur côté, les anti-cholestérol (1 milliard d’euros), les médicaments liés à l’hypertension artérielle et à l’insuffisance cardiaque (872 millions d’euros) ainsi que les anti-ulcéreux (828 millions d’euros) demeurent, en valeur, les classes thérapeutiques les plus coûteuses pour l’assurance maladie. Implicitement, ces chiffres confirment la tendance selon laquelle la concentration des dépenses sur les premières spécialités pharmaceutiques a continué de s’accentuer en 2004, les 100 premiers produits représentant près de la moitié des dépenses totale (48,7 %).

Entre 12 et 17 millions d’économies supplémentaires

En vue d’inciter les personnes, prenant régulièrement le même médicament de marque, à changer leurs habitudes de consommation et à choisir un médicament générique tout aussi efficace, mais moins cher, l’assurance maladie a mené, en 2004, deux expérimentions pour le moins concluantes. En septembre dernier, cinq caisses d’assurance maladie (Angers, Béziers, Le Havre, Marne, Puy de Dôme) ont envoyé un courrier personnalisé à plus de 6000 personnes, les informant de l’existence d’un générique à même de traiter leur pathologie. Compte tenu de l’attachement avéré des patients aux médicaments « d’origine », le résultat atteint paradoxalement des sommets puisque 49 % des personnes sollicitées par courrier ont utilisé un médicament générique par la suite. Dans les Vosges, l’assurance maladie s’est livrée à un autre type d’expérimentation. La caisse d’Épinal a pris le parti de contacter directement ses assurés par téléphone. Une démarche originale destinée à leur faire prendre connaissance de l’existence d’un générique correspondant au traitement qu’ils suivent. Selon la Cnam, le pourcentage des personnes contactées consommant un médicament générique aurait même atteint les 49 % en moins de 6 mois. Face à la réussite d’une telle entreprise, l’assurance maladie a logiquement décidé d’étendre à la France entière l’envoi de ces courriers personnalisés. Les premières cibles de cette action seront, bien évidemment, les deux régions où la consommation des génériques est la plus faible à savoir l’Île-de-France et la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Dans ces deux zones, où les économies potentiellement réalisables sont colossales, 56 000 assurés ont déjà reçu un courrier nominatif en juillet 2005. Au mois de septembre, 250 à 300 000 autres courriers devraient être diffusés. Au total, l’assurance maladie estime que cette opération pourrait lui permettre d’économiser entre 12 et 17 millions d’euros supplémentaires chaque année.

Destinés à faciliter la démarche des assurés du régime, mais également à les accompagner en cas de difficulté à l’accès aux soins, tout en répondant à leurs attentes d’informations (tarifs des consultations médicales, bon usage du médicament, services de prévention), l’assurance maladie vient de mettre en place deux nouveaux services. Dans un souci de développement des services personnalisés, 660 guichets automatiques seront installés, d’ici à fin décembre, dans les points d’accueil du réseau. Ces guichets permettront aux assurés de réaliser directement les démarches administratives les plus courantes, occasionnant ainsi un gain de temps intéressant. De plus, cette nouveauté permettra aux agents d’accueil de consacrer plus de temps aux demandes les plus complexes. La seconde nouveauté concerne la télédéclaration du salaire par internet. Ce service s’adressera aux entreprises devant transmettre, à l’assurance maladie, les attestations de salaires de leurs employés en arrêt maladie. A partir d’octobre prochain, elles pourront choisir de télédéclarer ces informations via un site internet spécifique et sécurisé (www.net-entreprises.fr).

Jonathan Icart

Suite à ce point d’information « fustigeant la consommation de médicament en France », le vice-président délégué du Leem, représentant les Entreprises du médicament, Bernard Lemoine, a souhaité donner quelques explications…

« Les données indiquées caricaturent la situation », a-t-il d’emblée rappelé dans une interview accordée à l’Agence France Presse. « La consommation de médicaments au 1er semestre 2005 tombe à 3,2 % comparée à la croissance de 6 % en 2004, ce qui est une réduction par deux de la tendance », a-t-il indiqué, précisant que « la dépense médicament globale est en réalité de 19 %, et on ne peut seulement considérer cette dépense dans la médecine de ville (30 %) où elle joue un rôle central dans la prescription et la prévention ». Bernard Lemoine a également rappelé « que le remboursement de l’innovation thérapeutique est un socle de notre système de soins depuis toujours, en vue de faire bénéficier les patients des meilleures thérapeutiques disponibles et que la prescription élevée de certains médicaments ne fait que traduire les stratégies thérapeutiques préventives dont le corps médical est le premier juge ». Enfin, il a tenu à rappeler « que les Entreprises du médicament viennent de signer un accord de maîtrise promotionnelle avec l’État (charte de la visite médicale), qu’elles mettent en œuvre un plan de contribution à la réforme de plus de 2 milliards d’euros et au-delà avec l’extension des génériques qu’elles soutiennent, et qu’elles sont les acteurs les plus engagés dans le succès de cette réforme, alors que de nombreux volets majeurs (cf. ALD essentiellement), dépendant directement des caisses, ne sont pas appliqués à ce jour ». Dans cet entretien, Bernard Lemoine « s’étonne que l’on mette en cause l’esprit de cette réforme qui vise à solidariser tous les acteurs autour d’une maîtrise médicalisée des dépenses ». « Le discours anti-médicament nous semble contraire à la vérité et à l’esprit de cette réforme et nous tenons à l’exprimer », a-t-il conclu.

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