Communiqué
La forte croissance des aliments fonctionnels fait de l’industrie agroalimentaire le nouveau compétiteur de l’industrie pharmaceutique
Les aliments fonctionnels se réclament de bénéfices santé importants. Leur diversité rend la frontière entre aliments et médicaments de plus en plus floue. Alcimed, société de conseil et d’aide à la décision appliquée aux Sciences de la Vie et à la Chimie, fait le point sur l’évolution de ce marché en pleine croissance et sur les impacts de cette progression tant sur l’industrie agroalimentaire que sur l’industrie pharmaceutique.
Il y a une trentaine d’années, il était très facile de différencier un médicament (comprimé ou gélule acheté en pharmacie, comprenant une posologie et obtenu par prescription) et un aliment (denrée courante en vente libre). Aujourd’hui, le marché est devenu beaucoup plus complexe avec le développement croissant de produits OTC vendus en pharmacie ou en parapharmacie sans prescription médicale, de compléments alimentaires vendus en pharmacie ou en GMS, et d’aliments fonctionnels ou aliments santé vendus en GMS. La difficulté à distinguer aliment et médicament s’est notamment traduite par l’apparition de néologismes comme «alicaments» (aliment-médicaments) ou «nutraceutiques» (nutritionnel-pharmaceutiques) n’ayant aucune définition réglementaire. Force est, en effet, de constater qu’il peut être vraiment difficile pour le consommateur de distinguer une indication médicamenteuse (par exemple, des comprimés hypocholestérolémiants) d’une allégation santé (une margarine annonçant une diminution du taux de cholestérol de 10 à 15% en trois semaines).
Travaillant depuis une quinzaine d’années sur le développement d’aliments fonctionnels visant à répondre aux attentes de consommateurs de plus en plus soucieux de leur santé, les industriels de l’agroalimentaire utilisent une liste des ingrédients actifs qui ne cesse de s’allonger. Après les vitamines et minéraux, ce sont aujourd’hui les oméga 3, les prébiotiques, les probiotiques, les fibres insolubles, les phytostérols, les isoflavones… qui interviennent dans les produits alimentaires. Ces ingrédients actifs ont pour but de diminuer les facteurs de risque concourant à l’apparition des grands maux de notre siècle (l’obésité, l’hypertension, les maladies cardiovasculaires ou encore le stress).
Par ailleurs, les industriels de l’agroalimentaire utilisent les codes de la pharmacie et de la cosmétique pour renforcer l’image santé de leurs produits. Ainsi, certains produits comme Crème de Yaourt ou Zen de Danone s’appuient sur l’univers de la cosmétique dans leur packaging pour rappeler les formes des pots de crèmes hydratantes. D’autres comme Actimel et Yakult s’inspirent des conditionnements des médicaments et proposent des « fioles » monodoses ou des produits à posologie comme Danacol. A noter à ce propos l’exemple de la margarine aux stérols de Unilever, qui est désormais remboursée par les mutuelles aux Pays-Bas…
« Il est important de noter qu’en termes de tendances, les produits et les concepts proviennent en très grande majorité de l’Asie et plus particulièrement du Japon où la médecine par l’alimentation est utilisée depuis des millénaires. Ainsi les produits laitiers aux probiotiques, les boissons énergétiques et les boissons à base de soja, tout comme les produits monodosés et le concept même d’aliments fonctionnels viennent d’Asie », souligne Stéphanie Limouzin, responsable du pôle Agroalimentaire d’Alcimed.
Face au développement des aliments fonctionnels et surtout des compléments alimentaires vendus en pharmacie, les industries pharmaceutiques tentent de durcir les textes de loi les concernant pour protéger leurs marchés (notamment les OTC), voire de soumettre les compléments alimentaires aux mêmes lois que les médicaments. Pour Alcimed, si aucun aliment, ni aucun complément alimentaire (malgré leur circuit de distribution et leur forme - comprimé, gélule ou poudre) n’est à ce jour en mesure de se substituer à un médicament, la question de la clarification de la frontière entre aliments et médicaments n’est pas prête d’être résolue. « Il suffit d’étudier le comportement des gynécologues dans le cadre des traitements hormonaux substitutifs (THS) pour le traitement des troubles liés à la ménopause : ils tendent à se pencher de plus en plus vers une prescription de THS à dose réduite associée à une prise de compléments alimentaires, voire à la seule consommation de compléments alimentaires », souligne Jean-Christophe Freche, responsable du pôle Santé d’Alcimed. La généralisation de cette pratique pour pallier certains désordres physiologiques pourrait faire rentrer les compléments alimentaires dans la catégorie des produits administrés (non remboursés) ; dans ce cas-là, ils seraient considérés comme des médicaments et donc soumis, comme les médicaments, à des AMM (autorisation de mise sur le marché). Les industriels pharmaceutiques soutiennent également un projet de directive européenne concernant les médicaments traditionnels à base de plantes, qui seraient soumis à une AMM simplifiée, et pourraient se substituer à tous les compléments de phytothérapie. Dans ces deux cas, le risque est de voir disparaître les compléments alimentaires…
L’alimentation joue un rôle-clé dans la prévention des maladies. Si près d’un tiers des décès par maladie cardio-vasculaire et 30 à 40% des décès par cancer sont liés à une alimentation inadéquate (Flair-Flow 4, 2001) les aliments fonctionnels sont d’évidence de puissants atouts dans la prévention de certains problèmes de santé publique. De ce fait, malgré la présence d’un lobby pharmaceutique fort, le développement des aliments fonctionnels n’en est qu’à ses débuts et la question de la frontière entre aliments et médicaments continuera de se poser.