Les revues médicales, extension des divisions marketing des laboratoires pharmaceutiques, selon un article de PLoS
Dans PLoS Medicine de mai, Richard Smith, ancien éditeur du British Medical Journal (BMJ) et maintenant directeur de la filiale anglaise d’une société de services aux patients, dénonce « le cycle de dépendance entre revues médicales et industrie pharmaceutique ». Il estime que les premières sont devenues le prolongement des divisions marketing de la seconde. Rappelant que la publication des résultats d’études cliniques dans une revue renommée est souvent le gage d’un relais de l’information dans les médias grand public, Richard Smith se réfère à un travail publié en 2003 dans le BMJ. Alors que ce travail concluait que les études financées par une société avaient quatre fois plus de chance de présenter un résultat favorable à la compagnie que les études financées par d’autres biais, Richard Smith considère que les laboratoires pharmaceutiques peuvent obtenir les résultats qu’ils veulent et développe quelques-uns des moyens possibles pour y parvenir.
Se rappelant qu’il a été partie prenante de ce système, il confesse qu’il lui a fallu passer près d’un quart de siècle au BMJ avant de prendre conscience de cette situation. Plusieurs raisons motivent, selon Richard Smith l’intérêt des revues médicales pour la publication de résultats d’études cliniques. Au-delà de l’intérêt clinique, il souligne que la publication de tels travaux s’accompagne souvent de l’achat, par les laboratoires pharmaceutiques, de tirés à part (TAP) de ces articles. L’intérêt financier n’est là nullement négligeable puisque Richard Smith estime que la marge bénéficiaire de l’éditeur sur les TAP est de l’ordre de 70 %. Etudier les protocoles, demander la transparence des sponsors, refuser de publier des essais non contrôlés par des chercheurs, insister sur la publication des seuls essais enregistrés… Richard Smith assimile ces diverses solutions mises en avant par plusieurs journaux médicaux à des vœux pieux. Pour Richard Smith, la solution réside dans un financement public plus important de la recherche clinique. Il propose même que les revues médicales arrêtent de publier des résultats d’essais cliniques. Il estime que ceux-ci devraient être publiés sur des sites dédiés et réglementés, le travail des journaux médicaux serait alors de commenter, voire de critiquer, ces résultats.
Anne-Lise Berthier
Source : PLoS Medicine - mai 2005
L’article intégral est accessible à l’adresse suivante : (http://www.plosjournals.org/archive/1549-1676/2/5/pdf/10.1371_journal.pmed.0020138-p-S.pdf)