Actualité publiée sur le site
Avril 2005

Communiqué BioVision
La question de l'accès aux progrès de la médecine pour tous au coeur des débats de la journée des Nobel

Lyon, mercredi 13 avril 2005. La traditionnelle « Journée des Nobel » du quatrième Forum BioVision, mardi 12 avril, a été l'occasion de célébrer le 50ème anniversaire de la mise au point du premier vaccin contre la poliomyélite par Jonas Salk (12 avril 1955). Grâce à la vaccination, la poliomyélite a quasiment disparu aujourd'hui et son éradication devrait d'ici peu couronner les efforts de la plus grande action de santé jamais entreprise dans l'histoire. Une action susceptible de servir d'exemple contre d'autres épidémies. 

Dix lauréats du prix Nobel de médecine, de chimie ou de la paix ont pris la parole, mardi, soulignant chacun dans son domaine comment les progrès scientifiques ont permis une meilleure compréhension de la biologie, afin de mieux lutter contre les agents pathogènes et les maladies. L'immunologie a dévoilé peu à peu ses mécanismes, avec la découverte de l'immunité innée, puis de l'immunité cellulaire et de l'immunité par les anticorps. Les techniques de clonage, la découverte des structures des molécules et bien d'autres avancées en biologie moléculaire sont à l'origine de nombreux nouveaux médicaments et vaccins, développés à la fin du XXème siècle. Les nouveaux outils scientifiques et techniques permettront de mettre au point des vaccins contre les maladies pour lesquelles ils sont les plus difficiles à concevoir, au premier rang desquels le paludisme, la tuberculose et le sida. Pour le Pr Roger Guillemin, du Salk Institute et prix Nobel de médecine en 1977, « les exposés et les débats de la journée s'inscrivent parfaitement dans la lignée de ce que faisait Jonas Salk ». Rigoberta Manchù, prix Nobel de la paix en 1992, a raconté, dans un témoignage émouvant : « Je vois des gens qui vendent leurs biens, leur maison, leur terre, tout ce qu'ils ont, pour pouvoir payer des médicaments, pour défendre leur santé ». 

L'accès des pays en développement aux progrès de la médecine a été l'un des thèmes fréquemment abordés. Le Dr Kul Gautam, Directeur général adjoint de l'UNICEF, a souligné que « le monde est devenu un village, les problèmes locaux deviennent rapidement des problèmes internationaux, comme le Sras en a été un nouvel exemple récemment ». Il s'est félicité du grand succès rencontré par l'Initiative mondiale d'éradication de la poliomyélite, maladie dont le Pr Roger Guillemin a rappelé les ravages et les terreurs qu'elle suscitait avant la découverte du vaccin injectable de Jonas Salk, suivi du vaccin oral mis au point par Albert Sabin. En 1952, par exemple, une épidémie fit 58 000 victimes aux USA, dont 25 000 morts. Le Pr Guillemin a rendu hommage au rôle d'un industriel, Charles Mérieux, qui a développé le vaccin en collaboration avec Jonas Salk. C'est un exemple de collaboration public/privé et de coordination internationale, dont la nécessité a été soulignée par de nombreux orateurs. Le 12 avril 1955 ont été publiés les résultats d'un gigantesque essai du vaccin Salk, qui avait enrôlé 1,8 million d'enfants. Le succès du vaccin fit la une des journaux du monde entier. Ce fut, comme le journal Nature l'écrivit en 1999, l'une des plus grandes victoires scientifiques du siècle. Robert Scott, du Rotary International, a rappelé le financement par cette organisation de campagnes de vaccination contre la polio en Amérique latine, dont le succès a décidé l'OMS de lancer, en 1988, une campagne d'éradication mondiale de la polio, huit ans après avoir proclamé l'éradication de la variole. La polio faisait alors 500 000 victimes par an. Grâce à une campagne qui s'appuie sur la mobilisation de millions de volontaires dans le monde, le nombre de cas de polio a été ramené à 1263 en 2004. L'éradication totale de la polio est aujourd'hui, malheureusement, retardée par le refus de la vaccination dans certaines populations au nord du Nigeria, d'où le virus s'est à nouveau propagé à des pays où il avait disparu, et par le manque de moyens pour organiser suffisamment de campagnes de vaccination dans les pays où le virus circule encore. « Il est parfois difficile d'obtenir des financements dans les pays développés, dont nous sollicitons les gouvernements et les donateurs potentiels, parce que la polio est aujourd'hui une maladie inconnue dans ces pays. » Divers orateurs sont revenus sur cet aspect paradoxal de la prévention vaccinale : le succès des vaccins fait disparaître la peur de la maladie. D'où l'importance, également rappelée, de sensibiliser le public et les décideurs aux enjeux de la vaccination. L'objectif aujourd'hui est donc de continuer à rassembler les soutiens nécessaires au Nord pour que l'éradication de la polio soit menée à bien au Sud, pour le bénéfice de l'ensemble de l'humanité qui, après la variole, sera ainsi débarrassée d'un deuxième fléau. Raymond Barre, ancien Premier ministre, a conclu la journée en estimant que « notre monde est devenu global et personne ne peut ignorer l'importance d'une action contre la pauvreté et pour la santé. La vaccination est une des principales façons de défendre la santé, et en garantissant la santé on lutte contre la pauvreté ». « Les décideurs politiques doivent prendre l'initiative, en s'appuyant sur le soutien et la générosité du public et sur les efforts accrus des secteurs public et privé », a-t-il poursuivi. « Il s'agit de l'avenir de l'humanité ». 

Rechercher
Dans l'actualité
publiée sur le site