Discours de Claude Japhet, président de l’UNPF le 19 janvier 2004
« Mesdames, Messieurs, Chers Amis,
C’est la troisième fois, dans ce cadre superbe des Salons Hoche, que je vous reçois pour vous présenter les vœux de l’Union.
Par politesse, j’ai préféré vous les adresser après notre ministre de tutelle…
En réalité il n’en est rien, la salle était déjà prise la semaine dernière !
« Je suis très heureux que vous soyez là si nombreux pour vous adresser mes meilleurs vœux de santé, bonheur et prospérité.
Trois éléments indissociables pour tout un chacun, car la prospérité ne peut se concevoir sans le bonheur, pour des personnes en pleine santé.
Mais peut-on souhaiter prospérité à son prochain ? Sans aucun doute oui, cependant quand il s’agit de l’adresser à des professionnels de santé et plus particulièrement à des représentants de la chaîne du médicament, cela peut heurter, choquer voire scandaliser certains.
En réalité, la prospérité de nos entreprises, n’est-ce pas la clé :
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pour certains, tels les industriels, de développer la recherche actuellement si mal en point dans notre pays, alors que nos chercheurs font partie des meilleurs et préfèrent partir à l’étranger,
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pour d’autres, tels les grossistes, d’apporter plus de services,
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et enfin pour les officinaux, d’améliorer la qualité de la dispensation.
Mais tout le monde ne le voit pas de cette façon et beaucoup raisonnent plus à court terme qu’à long terme.
Nous sommes dans un univers égoïste où la devise est : « Chacun pour soi et Dieu pour soi ».
« Tout le monde doit comprendre mes problèmes, mais je n’ai pas à comprendre les vôtres ».
Et c’est comme cela que nous voyons :
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un gouvernement faire voter des lois sans aucune concertation préalable avec les professionnels concernés ; il en est ainsi pour le texte concernant la formation continue des pharmaciens, alors que la Profession avait travaillé durant 12 mois, qu’elle avait remis un rapport au ministre avec des conclusions et des préconisations, et qu’elle avait élaboré les textes lui permettant d’atteindre ses objectifs tout en tenant compte de ses contraintes ; eh bien, le texte présenté par le gouvernement et voté par les sénateurs la semaine dernière n’a fait l’objet d’aucune discussion ni avec les officinaux, ni les biologistes, encore moins avec les répartiteurs ou les industriels, tous concernés par ce texte et a été déposé sans qu’aucune de ces professions n’aient été informée ;
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des députés déposer des amendements de loi modifiant la loi de répartition des officines afin de répondre à leur problématique locale sans se soucier des conséquences qu’une telle mesure peut avoir à l’échelon national ;
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des assureurs ne pensant qu’à leurs profits sans se préoccuper de la qualité ou de la pertinence de l’acte pharmaceutique.
Cela peut-il continuer ainsi ?
Probablement OUI
Cela doit-il continuer ?
Certainement PAS.
C’est par la concertation et le dialogue que l’on pourra faire avancer les choses, mais à une condition, c’est que tous les acteurs y participent.
Attention à la pseudo concertation, celle qui fait se réunir des personnes alors que tout est décidé par avance, en d’autres termes faire croire à des figures libres en imposant tous les pas.
Tout irait mieux si l’Assurance maladie se portait mieux. Mais est-elle malade ou victime de ce que les Pouvoirs publics ont fait d’elle ?
Aujourd’hui des réformes sont attendues.
Des orientations doivent être données aux professionnels afin qu’ils puissent s’organiser et s’adapter.
Cinq points me paraissent essentiels :
1) La couverture maladie
Elle doit être pour tous afin de permettre à chacun d’accéder aux soins.
La médecine à deux vitesses qui commence à poindre doit être bannie.
2) Les Régimes obligatoires
Aujourd’hui l’Assurance maladie s’oriente de plus en plus dans des conventions avec les professionnels dans une maîtrise médicalisée. C’est sans aucun doute la bonne voie.
Ce n’est pas le cas de l’Assurance privée. En effet, par ses premières propositions, elle se dirige vers une maîtrise comptable, ne recherchant que la maîtrise du coût plutôt que la valorisation de la qualité des prestations que les professionnels peuvent fournir et qui est à terme source d’économies.
Une telle orientation comptable a été condamnée par toute la Profession, sans qu’elle soit entendue par les assureurs. Tant pis pour eux.
Dans ces conditions, j’estime que la privatisation des régimes obligatoires n’est pas souhaitable.
Mais les comportements de l’Assurance maladie vis-à-vis de notre Profession doivent si ce n’est changer, en tout cas s’améliorer.
Messieurs de l’Assurance maladie nous ne sommes pas vos agents liquidateurs, nous ne sommes pas vos salariés.
Il y en a assez que les pharmaciens soient jugés par les directeurs de caisses, alors que ces derniers, parfois en véritables cow-boys, se permettent tout, ne respectant pas les conventions signées, en totale impunité.
La loi doit être égale pour tous !
L’engagement de respect des conventions et les moyens pour y parvenir devront être contractualisés.
Les assurés, seuls responsables des dépenses, doivent être plus impliqués. Nous, professionnels de santé, n’avons pas à supporter leurs obligations et leurs devoirs.
3) Les régimes complémentaires
Leurs rôles, obligations et champs d’intervention devront être clairement définis, afin d’éviter que des concitoyens en soient exclus.
Ils devront être plus performants qualitativement.
Aujourd’hui les complémentaires ne sont plus à montrer en exemple.
Beaucoup d’entre elles, par manque de rigueur, ou d’incapacité technique ou politique, ne respectent :
- ni leurs obligations auprès de leurs assurés en ne leur remettant pas des attestations d’ouverture de droits en temps et en heure,
- ni leur signature conventionnelle avec la Profession (cartes d’assurés non conformes, immatriculations erronées …).
Cela ne peut plus durer.
Les brebis galeuses devront être écartées du tiers payant.
4) La responsabilisation des professionnels de Santé et des patients
Le générique a été le meilleur exemple de responsabilisation médicale des pharmaciens.
Tout montre aujourd’hui que le développement des génériques n’a pu se faire que parce qu’il y a eu des laboratoires qui y ont cru et qui ont investi pour mettre sur le marché des médicaments, des pharmaciens qui se sont investis souvent malgré une opposition des médecins et des patients récalcitrants, et parce qu’un accord avec l’Etat permettait d’être dans une situation de gagnant – gagnant.
Actuellement, la politique menée par le gouvernement est redevenue comptable par l’instauration du Tarif Forfaitaire de Responsabilité.
Une deuxième vague aurait des effets dévastateurs tant chez les génériqueurs que chez les pharmaciens.
S’il vous plait, messieurs les gouvernants, ne tuez pas l’enfant que vous nous avez demandé de mettre au monde !
Mais la responsabilisation ne s’arrête pas aux génériques.
Le pharmacien a un rôle à jouer en terme de cohérence, de suivi et d’observance des prescriptions.
Son action éducative auprès des patients devra s’accentuer, car la responsabilisation du malade sera la meilleure arme contre le nomadisme médicamenteux.
5) La qualité des soins
La qualité ne peut se réaliser que si les contraintes auxquelles sont soumis nos confrères diminuent : contraintes souvent administratives, organisationnelles telles des limites d’écoulements des stocks stupides au niveau de l’Officine, mais aussi économiques : la limitation des conditions commerciales, tant sur les médicaments génériques que sur les princeps doit être revue en prenant en compte les pratiques actuelles.
La formation continue contribue à l’amélioration des pratiques. Elle devra encore plus se développer.
Une plus grande collaboration avec nos confrères hospitaliers devra se faire.
Une première expérience est menée avec le CELLSEPT, elle devra être expertisée, puis en cas de réussite servir de modèle.
Déjà les premières études montrent une bonne implication des officinaux.
L’intégration de nos confrères dans les réseaux de soins devra être facilitée.
Mais comment être prospère sans revoir nos conditions de travail ?
Si les transferts sont un réel succès, si les créations sont devenues marginales, il faut nous donner des moyens pour nous restructurer car aucune solution économique ou fiscale
ne favorise les regroupements ou incitent à l’abandon de licence.
Les Pouvoirs publics ont trouvé des solutions via le MICA pour le départ à la retraite des médecins, il n’y a aucune raison de ne pas mettre en place un système voisin pour un certain nombre de nos confrères.
Quant à l’ouverture du capital, l’Union y est favorable de la façon la plus large possible, à condition que les capitaux ne soient détenus que par la profession.
Enfin, comment être prospère sans une économie saine ?
La mise en place d’une troisième tranche de MDL pour les produits chers est envisagée. Elle sera instituée prochainement, permettant ainsi la sortie dans de bonnes conditions des médicaments de la réserve hospitalière.
L’Union a toujours considéré la sortie de la réserve hospitalière comme essentielle à deux points de vue : économiquement, et surtout professionnellement, car la venue en ville de ces médicaments de haute technicité longtemps dispensés à l’hôpital est la reconnaissance du savoir des pharmaciens d’Officine et de leur travail de conseil auprès de leurs malades.
Malheureusement, d’autres mesures à l’encontre des grossistes répartiteurs vont être prises dans les prochains jours ; par répercussion, c’est l’Officine qui en supportera la plus grande charge. Une fois de plus c’est l’Officine qui est fragilisée.
Nous avons souhaité une entrevue avec le conseiller du Premier ministre.
Nous ne pouvons que regretter que cette demande soit restée à ce jour sans réponse, ou du moins renvoyée aux calendes grecques.
Mais de cette prospérité, que je souhaite à l’ensemble des acteurs de la chaîne du médicament, quoi que certains en disent, tout le monde en bénéficiera.
C’est grâce à la prospérité, aujourd’hui, de nous tous, ici présents, professionnels du médicament, que demain nos concitoyens pourront vivre, vieillir et comme disait Pierre DAC : « mourir en bonne santé, vœu le plus cher de tout bon vivant bien portant. ».
Je vous souhaite à toutes et tous, une bonne année et pour commencer une bonne soirée. »