"La révolution du médicament" Vue par Science&Vie en 160 pages
Un numéro pour "pénétrer dans l'univers étonnant où, robots aidant, se conçoivent aujourd'hui les molécules de demain...", tels sont les termes employés par le professeur Jean-Pierre Bader, dans l'éditorial présentant ce numéro hors série de Science&Vie consacré à "la révolution du médicament". Dans cet éditorial, il met ainsi l'accent sur le fait que nous ne sommes pas " vraiment conscients du bouleversement qui s'opère dans la façon de nous soigner ". Une situation qui s'explique, selon Jean-Pierre Bader, par deux raisons : " la première est qu'à une époque, la nôtre, où seul l'évènement spectaculaire est valorisé, la mise au point d'un médicament est bien trop longue pour satisfaire aux critères médiatiques imposés. La seconde est que les progrès dans les traitements peuvent très bien passer inaperçus auprès des patients eux-mêmes ".
R&D : des repères pour le grand public
Le numéro spécial propose ainsi une série de points de repères pour permettre au grand public de mieux appréhender le "parcours d'obstacles" de la conception de nouveaux médicaments.
Les articles consacrés à la recherche développent notamment les différentes étapes et contraintes des processus d'identification des cibles pharmacologiques, de criblage des composés et de développement du candidat clinique. Les essais cliniques font l'objet d'un article spécifique, dans lequel Science&Vie, à partir d'un rappel des " controverses qui jalonnent, depuis la fin des années 80, l'arrivée de nouveaux médicaments contre le sida ", met en évidence l'existence de deux conceptions opposées de la recherche clinique et l'émergence d'un " acteur inattendu : le malade ".
Puis, les articles dédiés aux pathologies s'intéressent notamment aux cibles et aux modes d'action des médicaments destinés aux traitements des cancers et des pathologies cardiovasculaires, des antibiotiques et des antiviraux.
Un rappel utile de quelques évidences
Enfin, la partie Consommation, Production du numéro rappelle quelques "évidences", tout d'abord en matière d'observance des traitements. Jean-François Bergmann, professeur de thérapeutique et praticien à l'hôpital Lariboisière (Paris), explique, dans une interview de quatre pages, les raisons et les conséquences d'une mauvaise observance des prescriptions et suggère quelques pistes pouvant contribuer à la renforcer (éducation du patient, clarté de l'ordonnance du médecin, questions de galénique et de conditionnement...).
Pascale Jolliet se penche par ailleurs sur la question de l'automédication, pratique répandue chez les Français. Après une analyse du processus de l'automédication et des risques associés, elle développe le rôle du médecin et du pharmacien dans le bon usage du médicament et de l'automédication.
Puis, l'article sur les interactions médicamenteuses, qui s'accompagne d'un tableau récapitulant les principales associations à éviter absolument, souligne, qu'au vu du nombre de spécialités pharmaceutiques disponibles, " toutes les associations ne peuvent pas être contrôlées ". Dans ce contexte, sont ainsi détaillés, d'une part, le rôle de la pharmacovigilance, et, d'autre part, les actions engagées dans ce cadre.
"Le médicament-software"
Enfin, après un article s'interrogeant sur les raisons du décollage difficile des génériques en France, le numéro dresse un tableau économique du secteur. Si l'article proposant un panorama de l'industrie rappelle que son évolution dans les années 90 se caractérise par la formation de grands groupes multinationaux et l'émergence de nouveaux acteurs et souligne sa " faiblesse inhérente aux risques liés à la recherche de nouveaux produits, au poids des contraintes administratives et aux évolutions du marché ", ce dernier point est plus spécifiquement mis en exergue par l'article de Claude Le Pen.
L'économiste de la santé y met l'accent, à partir de l'explication des processus de R&D et de leurs coûts, sur les proximités et les similitudes économiques entre l'industrie du médicament et l'industrie du logiciel. " Un médicament moderne coûte très peu cher à produire et très cher à développer. C'est ce qui le rapproche des logiciels, difficiles à mettre au point mais faciles à reproduire ", indique-t-il. Une caractéristique, qui, selon Claude Le Pen, " explique aussi dans une certaine mesure – et paradoxalement – la mauvaise image de l'industrie pharmaceutique dans l'opinion publique ". Pour y remédier, il suggère ainsi, de la part du producteur, " un plus grand effort de transparence dans la revendication d'un prix qui semble souvent arbitraire " mais rappelle que " le consommateur doit également accepter de considérer que les idées, l'invention, la création, la production scientifique ont également une valeur économique et que la rémunération du producteur est légitime ".