Plan Biotech 2003
Le plaidoyer de Laurent Fabius
Suite à la remise du Plan Biotech 2003, élaborée sous la direction de Noëlle Lenoir, l'association France Biotech, le 26 mars dernier, a convié Laurent Fabius, ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, à s'exprimer sur sa vision de l'avenir des entreprises de Biotechnologies en France.
Le Dr Philippe Pouletty, président de France Biotech, a souligné l'importance et la nécessité de favoriser tout particulièrement le secteur stratégique des biotechnologies. Il a rappelé différentes mesures nécessaires pour combler le retard de notre nation en la matière : création d'un statut fiscal des jeunes entreprises de moins de 18 ans (JEM 18) et la mise en place par la Caisse Nationale d'Assurance Maladie de fonds d'investissement dans les sciences de la vie (1 % CNAM).
URGENT DE COMBLER LE FOSSE
Laurent Fabius a souligné, "qu'en dépit de nos récents progrès", notre pays restait "au troisième rang européen". Il suggère de "tirer des leçons" des expériences menées par nos voisins européens comme l'Allemagne et le Royaume-Uni. Concernant les États-Unis, il devient urgent de "combler le fossé tout à fait considérable qui existe". " Pour cela, il n'y a pas de secret ", il faut apporter un "soutien à la recherche publique, un financement de l'innovation, une valorisation des savoirs, etc. La conception, à la fois française et européenne, d'une "réflexion éthique" et d'un principe de "solidarité avec le Sud" doit rester liée avec les critères précédemment cités pour "constituer ce qui sera un plan Biotech 2002-2006".Par rapport à ce plan, le ministre a insisté sur l'idée de "populariser" la place des Biotech au sein du grand public. " Je ne crois pas que nos concitoyens aient bien pris la mesure de cette révolution et de ces avantages ". " Les gains en terme de santé doivent être expliqués beaucoup mieux que cela est à présent ". Sur le fond du problème, Laurent Fabius rappelle la nécessité de " mieux inciter nos chercheurs à entreprendre, de sécuriser l'environnement réglementaire de l'innovation et de chaîner de nouveaux financements pour la recherche ". Ainsi, dans le cadre de ces objectifs, le ministre de l'Économie se dit " tout à fait disposé à examiner des mesures fiscales en faveur de ces jeunes entreprises ".
L'EUROPE AU PIED DU MUR
Cependant, au-delà de ce plan d'action, Laurent Fabius considère
qu'il faudra lui donner "une tout autre dimension", "une dimension
européenne". En effet, il nous rappelle que George Bush a annoncé
lors de son discours sur les Etats de l'Union un engagement considérable
dans la consolidation de leur outil de défense. Au sein de ce budget,
plus de 60 milliards de dollars seront destinés à la recherche
et au développement. " La France et l'Europe sont au pied du mur
". " Les Européens doivent se tenir un langage de vérité,
ces décisions auront un impact important sur la recherche civile et sur
toute une série de technologies " qui en découlent.
" Ceci converge pour que si nous ne réagissons pas, cela renforce
la position dominante des USA dans ce secteur ". Il faut réagir,
en prenant " une initiative à la fois française et coordonnée
qui nous permettra de rester compétitif ". Dans le cas contraire,
l'écart entre ces deux groupes se creusera encore plus dans les 10 ans
à venir, avec des conséquences économiques, structurelles
et socio-économiques très lourdes.
Face à cet état de lieux, Laurent Fabius apporte à ces
objectifs un soutien entier et se dit prêt, au nom des autorités
publiques, à étudier des dispositions "notamment en matière
de soutien de situation financière", pour permettre à la
France de retrouver sa place parmi les pays les plus avancés. Mais il
insiste aussi sur le fait que " tout cela doit aboutir à un changement
d'état d'esprit qui va bien au-delà des Biotech ", où
le succès et l'échec pourront être considérés
comme des vecteurs de prochaines réussites. Le ministre de l'Économie
rappelle cependant, qu'une élection prochaine conditionne le devenir
du plan Biotech 2002-2007.
Le Dr Philippe Pouletty peut se réjouir d'entendre dernièrement
tant de propos si rassurants sur la nécessité de favoriser le
développement des entreprises des Biotechnologies en France. En effet,
Jacques Chirac, lors de la 23ème assise du Centre National de Professions
de Santé, avait déjà souligné "l'importance
de rattraper notre retard dans le domaine des Biotechnologies" et la nécessité
de la mise en place "d'un régime fortement incitatif en faveur des
jeunes sociétés innovantes."
Espérons donc que ces propos, selon les clivages politiques, soient ceux
de la vérité. Il en va sûrement de la survie de notre industrie
pharmaceutique.