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Octobre 2016

Des propositions pour garantir l'accès à l'innovation en oncologie

Pour leur 10e édition, les Rencontres parlementaires sur le cancer ont été l'occasion de s'interroger sur les moyens de garantir l'accès à l'innovation en France et, pour les élus et autres parties prenantes, d'émettre quelques propositions à la veille d'un nouveau quinquennat.

En France, l'innovation en oncologie bénéficie à tous. Mais de plus en plus nombreuses sont les parties prenantes - professionnels de santé, représentants de patients, parlementaires - à s'inquiéter de la « menace » que ferait peser le coût des nouveaux anticancéreux sur cet accès à l'innovation. Ce thème a servi de fil rouge aux 10e Rencontres parlementaires sur le cancer, qui se sont tenues le 18 octobre à Paris, présidées par le Pr Jean-Louis Touraine (député du Rhône, Parti Socialiste) et Arnaud Robinet (député de la Marne, Les Républicains). « L'accès aux médicaments innovants est probablement le défi n°1 de notre système de santé », affirme ce dernier. « Les problèmes de coûts reviennent dans toutes nos commissions sur les problématiques santé », renchérit le député mosellan Denis Jacquat (Les Républicains). Sans compter que les médicaments ne sont pas les seules « innovations » à prendre en compte : les soins de support, plébiscités par les patients, nécessitent également une prise en charge.

Construire un « prix équitable »

Le débat opposant le Pr Jean-Paul Vernant, hématologue à la Pitié-Salpêtrière et dénonciateur opiniâtre du prix des anticancéreux, à Eric Baseilhac, directeur des affaires économiques du Leem, a constitué le clou de la matinée. « Aujourd'hui le prix est décidé en fonction de ce que le marché peut payer », s'insurge le premier, plaidant pour la prise en compte des coûts réels de R&D dans le calcul du prix. Un modèle refusé par le second, qui propose plutôt la construction d'un « prix équitable » répondant aux attentes de tous les acteurs : « pour les industriels, la capacité à réinvestir ; pour le régulateur, le fait d'en avoir pour son argent ; pour la société, un accès garanti ».
Eric Baseilhac souligne au passage que l'industrie a eu du mal à reconnaître la « société » comme acteur à part entière, mais qu'elle estime aujourd'hui « légitime » de l'entendre. La « voix sociétale » s'est notamment exprimée à travers les représentantes d'associations de patients. Françoise Sellin, co-fondatrice du Collectif K et de la plate-forme "Aider à Aider", a ainsi regretté « la mauvaise surmédiatisation du prix du médicament : il est intolérable d'en arriver à culpabiliser les patients ».

Des pistes divergentes

Les différentes propositions émises par les participants aux Rencontres semblent parfois difficiles à concilier. Noël Renaudin, ex-président du CEPS, a réitéré celles formulées le mois dernier lors d'un Café Nile à Paris. « Notre seule arme est de durcir nos conditions d'exigence vis-à-vis de l'industrie pharmaceutique, de choisir d'acheter ou non. Ces choix sont faits sur tous les postes de dépense publique : pourquoi le cancer en serait-il le seul dispensé ? », s'interroge-t-il. « Faire des choix en la matière est quelque chose que l'on ne peut pas tolérer dans un pays comme la France », s'indigne Claude Greff, députée d'Indre-et-Loire (Les Républicains).
Moins radical, Jean-Louis Touraine suggère un « partage du risque financier », sous forme d'un partenariat public-privé dans les phases amont de développement. De son côté, le Pr Pierre Fumoleau, vice-président et secrétaire d'Unicancer, estime que le ciblage des patients grâce au développement des tests compagnons, peut constituer un bon outil de régulation des coûts. Un avis auquel adhère Cyril Schiever, président de MSD France, lequel recommande également une évaluation séquentielle, reflet du développement du médicament, et la mise en place de systèmes de suivi en vie réelle.
Pour Arnaud Robinet, il est impératif de progresser sur l'évaluation du service médical rendu. Il souhaiterait ainsi voir la prise en charge par l'assurance maladie modulée en fonction du bénéfice réel pour le patient. Et voir inscrit à l'agenda des toutes premières semaines du prochain quinquennat « un débat national » fixant une feuille de route stratégique sur la politique d'accès à l'innovation. Avis au prochain locataire de l'Elysée.

Julie Wierzbicki

 

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