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Septembre 2016

Prix de l'innovation : les propositions choc de Noël Renaudin

L'ancien président du CEPS estime qu'il n'est plus possible de financer tous les médicaments innovants. Selon lui, il est urgent de réguler la demande, de mieux évaluer les produits arrivant sur le marché et de s'appuyer davantage sur les médicaments anciens ayant fait leurs preuves.

Pour sa rentrée, le Café Nile recevait ce 7 septembre Noël Renaudin, ancien président du Comité économique des produits de santé (1999-2010), pour évoquer le sujet brûlant du prix de l'innovation. Déjà durant son mandat, il alertait sur l'insoutenabilité des prix des nouveaux médicaments. Une position qu'il réaffirme aujourd'hui : « Oui, les nouveaux médicaments sont trop chers, au sens où l'on ne peut plus se les payer. Nous n'avons pas tiré les conséquences d'une double tendance qui s'accentue depuis quelques années : le nombre d'innovations explose et l'argent devient rare. » Ce débat, aujourd'hui mondial, « n'aboutit à rien », note-t-il, chacune des parties prenantes parlant selon son propre référentiel.

Une demande « déraisonnable »

Noël Renaudin dit pourtant observer un « consensus étonnant » sur trois points : « tout ce qui peut être trouvé doit être cherché », « toute recherche doit être financée », « toute découverte doit être rendue accessible à tout le monde ». Or cette triple demande est selon lui « absolument déraisonnable ». « Il nous faut prendre conscience collectivement que l'on ne peut pas à la fois "vouloir tout", c'est-à-dire vouloir le plus de médicaments possibles pour toutes les pathologies, et décider du prix. Nous sommes dans une situation où l'intérêt collectif doit l'emporter sur la somme des intérêts particuliers. »
Il cite ainsi l'exemple des médicaments orphelins. « J'assume d'avoir par le passé laissé entrer sur le marché tous les médicaments orphelins sans me poser la question de ce que ça allait coûter. Mais aujourd'hui mon opinion a changé : le registre des maladies rares s'est considérablement étendu, avec la segmentation des cancers. Aujourd'hui, on ne peut plus faire l'impasse sur le fardeau qu'ils représentent pour l'assurance maladie ».

Mieux réguler l'arrivée sur le marché

L'ancien patron du CEPS propose ainsi plusieurs mesures de « régulation de la demande », qui vont clairement à l'encontre des tendances qui se dessinent dans le secteur du médicament. En premier lieu, il faudrait revenir sur cette « erreur dramatique » que représente pour lui l'AMM conditionnelle. Celle-ci exige en effet de se poser la question du remboursement de médicaments « encore insuffisamment étudiés ». Une révision s'impose également du côté des autorisations temporaires d'utilisation (ATU), dont il ne conteste pas le principe, mais dont il dénonce le niveau d'indemnisation versé au laboratoire, « qui contribue à façonner les prix du marché ». Idéalement, ces médicaments devraient selon lui être payés « au coût de production ». Il plaide par ailleurs pour un « pilotage plus fin des indications », un sujet dont les régulateurs « doivent s'emparer ». Enfin, il souhaite que soit mis fin à « l'ingénierie des contrats qui dissimulent la réalité des prix ». Dans son viseur : les contrats de paiement à la performance, détournés selon lui par les industriels afin de mettre sur le marché des médicaments pour lesquels le niveau de preuve d'efficacité est insuffisant.

Une sélection à renforcer

L'Etat a-t-il les moyens de s'emparer de telles propositions ? « C'est un sujet trop compliqué pour les politiques, affirme Noël Renaudin. C'est une question qui doit être réglée par le fonctionnement normal des institutions. » Il estimerait ainsi « raisonnable » d'adresser des orientations à la Commission de la transparence, sans que cela nuise à son indépendance. Il affirme au passage « l'inutilité » des avis d'efficience produits par la Haute autorité de santé, « une perte de temps, puisque l'on a choisi de pas fixer de seuil ». Il jugerait au contraire utile de comparer les efficiences des médicaments déjà disponibles. « La vraie question est : doit-on tout mettre sur le marché ? Pour moi, il nous faut être plus sélectifs », conclut-il.

Julie Wierzbicki

 

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