Le programme de Marisol Touraine pour la recherche en santé
La ministre de la Santé Marisol Touraine veut lever les freins à la recherche en sciences de la vie et de la santé, en accélérant la recherche clinique et en simplifiant son organisation. Elle souhaite également donner aux académiques les moyens de mener des études de phase III sur de nouveaux médicaments.
Fini le temps où la recherche était considérée comme un domaine exclusivement réservé au ministère dédié. Marisol Touraine, nouvelle ministre des Affaires sociales et de la Santé, entend bien se mêler de très près de la recherche française dans le domaine des sciences du vivant et de la santé. « Le ministère de la Santé consacre 1,5 milliard d'euros par an à la recherche, a-t-elle souligné en ouverture d'une journée-bilan organisée le 4 juillet à Paris, à l'occasion des trois ans de l'alliance Aviesan (1). Il lui appartient donc de marquer un certain nombre d'orientations. » La ministre a notamment dévoilé son ambition de voir la France « intégrer le trio de tête » en termes de production scientifique dans ce domaine, alors que le pays occupe actuellement le 5e rang mondial.
Accélérer le lancement des essais cliniques
Pour atteindre cet objectif qu'elle estime « à notre portée », Marisol Touraine entend lever quelques « freins », en premier lieu dans la mise en œuvre des études cliniques. Regrettant que les délais entre la rédaction d'un protocole clinique et le démarrage réel de l'étude « dépasse trop souvent les dix-huit mois », elle compte ramener ces délais à six mois, en créant un guichet unique et en imposant un délai maximum aux services administratifs pour instruire l'autorisation de conduire la recherche.
La ministre souhaite également favoriser la recherche translationnelle, non pas en allouant à cette activité de nouvelles ressources financières, mais en facilitant « la proximité entre chercheurs précliniques, médecins chercheurs et soignants ». Citant en exemple la labellisation par l'AP-HP début 2012 de huit « départements hospitalo-universitaires » (DHU) (2), elle indique qu'elle étudiera l'opportunité d'étendre cette initiative au niveau national.
Redéfinir les relations entre académiques et industriels
Faciliter la conduite des essais cliniques interventionnels internationaux figure au premier plan des principaux enjeux auxquels la recherche française va devoir répondre. Sans vouloir intenter de « faux procès » à l'industrie pharmaceutique, qu'elle estime par ailleurs « jouer un rôle très important dans notre pays », Marisol Touraine affirme que « ces dernières années ont montré les limites de la recherche clinique menée par l'industrie. » Pour elle, il s'agit de mettre en œuvre le « principe d'indépendance qui doit sous-tendre toute évaluation de médicament dans les essais de phase III et IV ». Elle souhaite ainsi que l'une des deux études de phase III, destinées à démontrer le bénéfice d'une nouvelle molécule dans le cadre d'une demande d'AMM, puisse être menée par la recherche académique. Cette démarche s'inscrirait dans le cadre du Programme hospitalier de recherche clinique (PHRC), un programme qui fête ses vingt ans cette année. « Je sais que cela nécessitera de redéfinir les relations entre le monde académique et ses partenaires industriels », concède-t-elle, affichant l'intention d'engager rapidement une discussion « sans tabou et sans arrière-pensée ».
Julie Wierzbicki
(1) Le bilan des trois premières années d'existence de l'Alliance nationale pour les sciences de la vie et de la santé (Aviesan) sera évoqué dans le magazine Pharmaceutiques n°199 (septembre 2012).
(2) Les DHU associent, autour d'un projet hospitalo-universitaire global, un ou plusieurs pôles cliniques hospitaliers et une ou plusieurs unités de recherche d'une université ou d'un organisme membre d'Aviesan.