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Juin 2012

Comment valoriser le marché du diagnostic

A l'occasion du premier atelier de la Commission Diagnostic de France Biotech, les acteurs du secteur se sont interrogés sur les axes de valorisation et de financement des PME innovantes.

A 42 milliards de dollars en 2010, le marché mondial du diagnostic in vitro (DIV) est encore un « petit » marché, cependant très dynamique avec un rythme de croissance constant de 5% par an. « Ce taux de croissance est même supérieur à 10% dans le domaine du diagnostic moléculaire, indique Marc-Olivier Bevierre, directeur associé au cabinet Cepton Stratégie. Les enjeux en termes de médecine personnalisée, où un biomarqueur permet de sélectionner les patients répondants à un traitement, sont énormes. » Les gros du secteur DIV (dix acteurs détiennent plus de 80% du marché) se sont déjà tournés vers cette discipline, notamment dans le domaine de l'oncologie. Le géant GE Healthcare, aujourd'hui leader mondial du marché du diagnostic in vivo, réfléchit à une mutation de son business model, signe d'une évolution profonde du secteur. Le diagnostic moléculaire et la médecine personnalisée sont-ils LA voie de valorisation pour les starts-ups du domaine ?

Susciter l'intérêt

A l'instar des biotechs ou des medtechs, l'enjeu du développement des sociétés de diagnostics est d'arriver à lever des fonds. Les dirigeants doivent donc valoriser leurs activités auprès des banquiers et des analystes financiers. « C'est un secteur où il est difficile d'apprécier le risque de développement », estime Rodolphe Besserve à la Société Générale. « Il est particulièrement difficile d'y faire des projections de revenus et de croissance », complète Cédric Moreau, directeur Santé chez Brian Garnier. « L'analyse des fonds de capital-risque levés en Europe par les sociétés de diagnostics sur les cinq dernières années montre que les montants sont limités, constate Rodolphe Besserve. Autre fait inquiétant : la France n'est pas représentée. » L'analyse montre par ailleurs que les investissements se concentrent sur les activités de diagnostic moléculaire.
En adressant les bons traitements aux bonnes personnes, la médecine personnalisée a également un rôle pivot à jouer auprès des autorités de santé afin de gérer les dépenses (1). Certaines entreprises françaises du secteur en ont bien compris les enjeux et suscitent ainsi des convoitises, nouent des accords avec des grands du secteur de la pharma, du diagnostic ou du medical device, ou font l'objet de rachat.

Exemples à suivre

Exonhit vient ainsi d'obtenir 1,93 millions d'euros de la part d'Oséo dans le cadre du consortium TEDAC de médecine personnalisée dans le cancer, mené par Erytech Pharma. « Nous avons été sélectionnés pour notre technologie propriétaire Genome Wide SpliceArrayTM qui permet d'étudier le profil transcriptomique de tumeurs, et pour notre capacité à développer des tests compagnons, indique Loïc Maurel, président du directoire d'Exonhit, également président de la Commission Diagnostic de France Biotech (en photo). Ce projet est une étape clé dans le déploiement de notre stratégie en médecine personnalisée ».
De son côté Genomic Vision, spin-off de l'Institut Pasteur spécialisée dans la détection précoce des cancers et le dépistage des maladies génétiques par la mesure des anomalies de l'ADN, a signé fin 2010 un accord de cinq ans avec Quest Diagnostics. « Cette collaboration avec l'un des plus gros acteurs du diagnostic moléculaire aux Etats-Unis nous permet d'accéder au marché nord-américain, indique Aaron Bensimon, fondateur et pdg de Genomic Vision. En échange de la licence sur notre technologie de peignage moléculaire, Quest finance une partie de notre recherche pour la mise au point de nouveaux tests. Les redevances liées à cet accord, et les premières ventes de nos tests nous ont permis de dégager 3,2 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2011 », s'est réjouit le pdg.
La société marseillaise Ipsogen, qui développe et commercialise des outils de diagnostics innovants destinés à personnaliser les traitements du cancer, a quant à elle été reprise par Qiagen en 2011. « Qiagen, qui avait fait son entrée sur le marché de la médecine personnalisée en 2009, a ainsi renforcé son portefeuille avec 15 biomarqueurs des cancers du sang dont plusieurs sont utilisés comme diagnostics compagnons », indique Vincent Fert, fondateur et directeur général d'Ipsogen. « Ce mouvement de consolidation du secteur pourrait être amené à s'intensifier dans les années à venir », estime Rodolphe Besserve.

Juliette Badina

(1) Le secteur du diagnostic ne pèse que 2 à 3% des dépenses de santé alors qu'il intervient dans 70% des décisions thérapeutiques (données OMS).

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