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Septembre 2010

Dépenses de médicaments : une progression modérée en 2009 

Les dépenses de médicaments remboursés ont progressé de 2,3 % en 2009, après une hausse de 4,8 % en 2007 et de 3,7 % en 2008. Les produits de spécialité et les prescriptions hospitalières ont une nouvelle fois été les moteurs de la croissance.

Selon les résultats d'une étude de l'OCDE (1) citée par les responsables de l'assurance maladie, la France peut au moins se vanter d'être le pays où les coûts de santé ont grimpé le moins vite entre 2005 et 2008. Et la tendance semble se confirmer. En 2009, les dépenses de médicaments remboursés ont augmenté de 2,3 % (contre 3,7 % en 2008), soit une progression de 503 millions d'euros par rapport à l'année précédente. Tous régimes confondus, le montant total des spécialités thérapeutiques remboursées par la Sécurité sociale a atteint 22,6 milliards d'euros (16,2 milliards d'euros pour le seul régime général). « A bien des égards, ces chiffres sont très encourageants, souligne Frédéric van Roekeghem, le directeur général de l'UNCAM (2). Il s'agit tout de même du plus faible taux croissance annuel affiché depuis 1997 (3). » En revanche, le nombre de boîtes remboursées a bondi de 3,1 % (contre 1 % en 2008) pour des raisons dites « conjoncturelles ». La grippe saisonnière et la grippe A/H1N1 ont effectivement entraîné une hausse des volumes à hauteur de six millions d'unités supplémentaires. Mais ces médicaments destinés à traiter les épisodes aigus n'ont eu qu'un impact limité sur la dynamique de croissance des dépenses du fait de leurs prix peu élevés.

935 millions d'euros d'économies

Cette évolution « modérée » des remboursements est principalement due à la conjonction de plusieurs facteurs : les baisses de prix (-470 millions d'euros), la maîtrise médicalisée (-280 millions d'euros), le développement des génériques (-160 millions d'euros) et des grands conditionnements (-25 millions d'euros). Au total, ces mesures ont donc permis à l'assurance maladie d'économiser 935 millions d'euros l'an dernier. Autre facteur explicatif : la relative « faiblesse » de l'innovation thérapeutique. L'arrivée sur le marché de deux produits majeurs (Gardasil® et Lucentis®) avait significativement impacté les comptes de 2008 et entraîné des dépenses supplémentaires de l'ordre de 150 millions d'euros pour l'assurance maladie. L'année 2009 n'a pas été de la même veine. « Nous sommes sur la bonne voie, a rappelé le directeur général de l'UNCAM. Depuis deux ans, la part des médicaments prescrits par les généralistes a sensiblement diminué sous l'effet conjugué des baisses de prix, de la maîtrise médicalisée et des génériques. » Sur ce dernier point, les perspectives sont plutôt intéressantes pour les comptes de la Sécurité sociale. D'après ses responsables, les génériques devraient permettre d'économiser près de 350 millions d'euros supplémentaires en 2010. A lui seul, Plavix® (clopidogrel) - génériqué depuis octobre 2009 - jouit d'un potentiel d'économies d'environ 200 millions d'euros.

Les produits de spécialité tirent la croissance

Une nouvelle fois, les produits de spécialité ont pesé lourd dans la balance de l'assurance maladie. Les remboursements de ces spécialités thérapeutiques pour la plupart prescrites à l'hôpital et délivrées dans les officines de ville, ont crû de 386 millions d'euros l'an dernier (4). Elles comptent pour 75 % de la croissance globale des dépenses de médicaments. Dans le détail, les traitements des infections virales chroniques (+92 millions d'euros) et les anti-rhumatismaux spécifiques (+81 millions d'euros) enregistrent les plus fortes variations de l'année 2009. A moindre échelle, les médicaments indiqués dans le traitement des pathologies chroniques (+99 millions d'euros) et des épisodes aigus (+61 millions d'euros) ont respectivement connu une augmentation de 1,2 % et de 1,5 %. Autre phénomène intéressant : les prescriptions hospitalières (médicaments rétrocédés inclus), qui englobent un quart des dépenses de médicaments délivrés en ville (27 %), ont progressé de 7 % en 2009 (contre 0,8 % pour les prescriptions des médecins de ville). Fortes d'une hausse de 371 millions d'euros sur la période, elles représentent 74 % de la croissance des montants remboursés en ville. « Depuis cinq ans, les prescriptions de sortie d'hospitalisation tirent les dépenses de ville, regrette Frédéric van Roekeghem. La maîtrise médicalisée doit absolument s'élargir à la prescription de sortie hospitalière. Il s'agit d'un besoin important pour la dynamique d'ensemble. »

Afin de limiter - ne serait-ce que partiellement - le déficit abyssal de la Sécurité sociale, des mesures drastiques s'imposent. Pour la seule branche maladie, le gouvernement souhaiterait économiser 2,5 milliards d'euros l'an prochain en mettant à contribution les assurés, les complémentaires, les médecins et l'industrie pharmaceutique. Une information que le patron de l'UNCAM n'a pas démentie : « Si nous voulons conserver notre système en l'état, nous n'échapperons pas à certains efforts. Avec la crise économique de 2008, la diminution des recettes liée à la masse salariale et à la CSG a eu des conséquences néfastes sur notre équilibre économique. Il est de la responsabilité du gouvernement de proposer ces mesures, même dans ces proportions là. » Réponse définitive le 28 septembre prochain à l'occasion de la présentation du nouveau PLFSS (5)...

 

Jonathan Icart

 

(1) Organisation de croissance et de développement économiques - OCDE.   

(2) Union nationale des caisses d'assurance maladie - UNCAM.

(3) Exception faite de l'année 2006, marquée par la mise en place d'un plan spécifique qui avait limité la croissance anuelle des dépenses de médicaments remboursés à 0,9 %.

(4) Y compris les montant remboursés des médicaments délivrés par la pharmacie hospitalière à des patients ambulatoires.

(5) Projet de loi de financement de la Sécurité sociale - PLFSS.

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