Actualité publiée sur le site
Avril 2010

Malaria 2010 : agir dès maintenant

« Vaincre le paludisme, le compte à rebours est lancé ». Ce slogan souligne le caractère particulier de la troisième Journée mondiale contre le paludisme du 25 avril : pour un accès universel à la prévention et au traitement d'ici fin 2010, selon l'appel lancé par Ban Ki-moon en 2008.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon (en photo), avait en effet demandé il y a deux ans que des programmes de prévention et de traitement du paludisme soient mis à la disposition des populations exposées à ce fléau dans le monde entier d'ici à la fin de 2010. Marquant l'achèvement de la « Décennie pour faire reculer le paludisme », 2010 est une année charnière pour la lutte antipaludique, souligne l'initiative Roll Back Malaria, qui avait aussi appelé à une réduction du nombre de cas et de décès dus à la malaria de 50 % pour fin 2010, par rapport aux taux de 2000.

« Plus d'ambition et de responsabilité s'il vous plaît »

Ainsi titre l'éditorial principal de la revue scientifique Lancet, qui marque cet évènement par la publication samedi d'un numéro spécial dont la couverture nous interpelle par une phrase occupant tout l'espace : « What is urgently needed is serious investment into a broad research and development strategy towards a malaria vaccine » (1).
Côté vaccination, l'éditorial salue la « lueur d'espoir » que représente le vaccin RTS, S plus adjuvant de GSK, qui entre en phase III fin mai, ce qui pourrait aboutir à sa disponibilité en 2013. « Ce vaccin est en développement depuis 20 ans et a déjà coûté 300 millions de dollars ». 200 millions de dollars de plus ont été pris en charge par la fondation Bill & Melinda Gates. Andrew Witty, le directeur général de GSK, « s'est engagé à ce que son prix soit supérieur de 5 % seulement aux dépenses ». L'éditorial appelle à un engagement plus important de l'industrie pharmaceutique et au développement de partenariats privé/publics sur une plus large échelle. « On ne peut pas attendre encore 20 ans pour une deuxième génération de vaccins ». « C'est maintenant, pas demain, que la communauté sanitaire globale doit avoir plus d'ambition et de responsabilité. »

Ban Ki-moon : « Le combat contre le paludisme peut être gagné »

Le rapport (2) de Roll Back Malaria et de l'Unicef (voir revue de presse du 21 avril) sur la situation en Afrique reconnait que « il reste encore beaucoup de chemin à parcourir ». De son côté, Ban Ki-moon salue les efforts déployés et les progrès réalisés, au niveau des soins, de la recherche et de la prévention. « Les pays qui ont été en mesure de fournir des moustiquaires et un traitement à une proportion importante de la population ont connu une baisse d'au moins 50 % des cas de paludisme et de la mortalité due à cette maladie ». En addition, « depuis 2003, les montants promis par la communauté internationale pour lutter contre le paludisme se sont multipliés par plus de cinq, atteignant 1,7 milliard de dollars en 2009. Même si l'on est loin du compte, ces fonds ont permis d'augmenter considérablement les interventions ». Ban Ki-moon reste cependant prudent, soulignant que « le paludisme est un ennemi tenace. Pour préserver les gains obtenus, nous devons faire preuve de vigilance ». Le secrétaire général de l'ONU exhorte à continuer à unir les efforts internationaux, insistant sur la nécessité d' « éliminer toutes les monothérapies orales à base d'artémisinine de la chaîne d'approvisionnement » (3) et « de veiller à ce que toutes les personnes exposées puissent obtenir un diagnostic et recevoir un traitement de qualité ».

Une célébration mondiale

De nombreux évènements sont organisés partout dans le monde autour de cette Journée contre le paludisme. Au cœur de ceux de New York, au siège des Nations unies, l'exposition multimédia intitulée « Paludisme : du sang, de la sueur et des larmes », présente des photographies prises par Adam Nadel au cours de ses voyages dans des pays touchés par le paludisme. Au Royaume-Uni, la British Medical Association accueille une table ronde sur la menace émergente de la résistance à l'artémisinine dans le sud-est de l'Asie, destinée à explorer les aspects critiques de la résistance et à les porter à l'attention des principaux intervenants et des médias. L'Afrique sera bien sûr le siège de nombreuses manifestations, campagnes et colloques, discussions, marches publiques, marathons. Au Kenya, 7 000 personnes participeront à Nairobi à une course de 10 km. Les objectifs de la course sont notamment la mobilisation de 200 000 moustiquaires imprégnées de longue durée (MID) et de médicaments contre le paludisme qui seront distribués à 50 000 familles dans les régions impaludées.

 

Dominique Monnier

 

(1) Ce dont nous avons besoin en urgence est un investissement sérieux dans une vaste stratégie de recherche et de développement vers un vaccin contre le paludisme.

(2) http://www.rollbackmalaria.org/ProgressImpactSeries/docs/wmd2010report-fr.pdf

(3) L'artémisinine est encore utilisée en monothérapie malgré la menace de résistance dangereuse qu'elle entraine. La substance ne doit être utilisée qu'en combinaisons thérapeutiques. En 2007 une résolution de l'Assemblée mondiale de la santé avait été adoptée dans ce sens. Un article du Lancet de samedi porte sur une nouvelle bithérapie, l'artesunate-pyronaridine, qui pourrait se révéler aussi efficace que le gold standard artemether-lumefrantine. Son prix inférieur à un dollar pour les adultes et à 0,50 dollar pour les enfants permettrait son utilisation dans les programmes de traitement si les études ultérieures confirment son intérêt.

Rechercher
Dans l'actualité
publiée sur le site