Actualité publiée sur le site
Mars 2010

Bachelot au congrès de MG France : « Je vous ai compris, mais... ! »

Venue à la rencontre des médecins du premier syndicat de généralistes, MG France, présidé par Claude Leicher (en photo), la ministre de la Santé a souligné être à l'écoute des attentes et revendications des praticiens du premier recours. Mais ces derniers devront toutefois attendre des temps meilleurs pour voir leurs demandes aboutir.

« Vous êtes véritablement des acteurs majeurs, au cœur de notre système de santé, tant au niveau national qu'au niveau régional », a souligné la ministre de la Santé aux 300 généralistes présents le 27 mars à Lille pour la tenue de leur 5ème Congrès national. « Oui, je suis très attachée aux médecins généralistes, dont je connais le rôle incontournable dans notre système de soins », a rappelé Roselyne Bachelot, accueillie à son arrivée par le préfigurateur de l'Agence régionale de santé (ARS) du Nord-Pas-de-Calais, Daniel Lenoir, qui prendra officiellement ses fonctions de directeur de plein exercice le 1er avril. Mais, si la ministre a assuré à son auditoire qu'elle avait bien entendu les contraintes et les aspirations des généralistes, aucune réponse concrète n'aura été apportée à leur principale revendication du moment, pour laquelle le syndicat - associé à d'autres structures de généralistes (1) - a appelé le 11 mars dernier à la fermeture des cabinets médicaux et se prépare à renouveler le mot d'ordre pour le 8 avril prochain : soit une reconnaissance pleine et entière de la spécialité de médecine générale qui soit assortie d'une cotation en CS équivalente à celle de toutes les autres spécialités. Car la ministre a fait savoir qu'elle devait « également veiller à la maîtrise des dépenses de santé alors que la situation économique et financière de notre pays est dégradée », même si elle a estimé « normal » que les généralistes aient des revendications et qu'ils les expriment. « Ces revendications, je les connais et je les comprends », a lancé Roselyne Bachelot à l'adresse des généralistes présents à Lille. Mais elles resteront sans réponse pour l'heure. Car le dossier est désormais dans les mains du président de la République, qui vient de recevoir à l'Elysée 12 médecins de toutes formes d'exercice et qui, à l'issue des travaux de la mission Legmann (2), fera connaître son plan en faveur de la médecine de proximité.

En colère et inquiets pour l'avenir

« Vous avez devant vous des médecins fiers d'être généralistes, mais qui sont en colère », a fait savoir par avance Claude Leicher à la ministre en charge de la Santé. « La famille généraliste est découragée, démobilisée, inquiète du présent et encore plus de l'avenir, certaine que la construction professionnelle et sociétale qu'elle veut voir aboutir s'éloigne plus aujourd'hui qu'hier », a poursuivi le patron de MG France en interpellant très directement Roselyne Bachelot - ainsi que le directeur général de l'UNCAM, Frédéric Van Roekeghem, présent au congrès - sur sa volonté de faire appliquer les lois votées par le Parlement. « Quelle est la traduction concrète pour les généralistes en exercice de la loi du 17 janvier 2002 créant la spécialité de médecine générale ? », a interrogé le président du premier syndicat des généralistes. Une traduction, qui faute d'une acceptation par les caisses d'assurance-maladie de la cotation en CS - à 23 euros - des actes des médecins spécialistes en médecine générale, est encore à ce jour restée lettre morte. « Notre réalité, c'est que nous sommes la seule spécialité à qui on refuse la reconnaissance tarifaire qu'ont obtenu ces dernières années la gynécologie médicale, l'endocrinologie, la gériatrie, et même la santé publique », a-t-il poursuivi. « Si nous sommes une spécialité comme les autres, vous devez nous traiter comme les autres », a conclu Claude Leicher, en invitant le gouvernement à passer aux actes et à cesser de considérer la médecine générale « comme une variable d'ajustement du système de financement de la santé ». Loin d'évacuer une question tarifaire essentielle pour leur avenir, les généralistes présents ont renouvelé des revendications qu'ils estiment indispensables pour relancer quelque peu l'attractivité d'un exercice de plus en plus délaissé par les jeunes médecins en formation. « Nous souhaitons une diversification de nos rémunérations avec en complément de l'acte, des rémunérations forfaitaires autour de notre fonction médecin traitant, pour tous nos patients, enfants compris, autour de notre rôle dans la santé publique, mais aussi des forfaits structures », a martelé le président de MG France. Soit autant de demandes qui ne trouveront pas de réponses avant le 29 septembre prochain - date fixée pour les futures élections aux Unions régionales des professions de santé (URPS) -, le temps pour Bertrand Fragonard (3), « l'arbitre » nommé par le gouvernement, de rendre sa copie. « Je m'emploierai pour ma part à faire entendre mon point de vue, à savoir que les médecins généralistes doivent disposer de modes de rémunération spécifiques à leur spécialité », a indiqué la ministre, en annonçant que la « médecine de proximité » constituera une des priorités de la seconde moitié du quinquennat du chef de l'Etat. La bataille en vue des élections de 2012 a déjà commencé et Nicolas Sarkozy sait qu'il doit au plus vite renouer avec les relais d'option que constituent les médecins libéraux, généralistes en tête. Des généralistes qui attendent désormais du concret.

 

Jean-Jacques Cristofari
Rédacteur en chef de Pharmaceutiques

 

(1) dont l'Union généraliste UG), branche généraliste Fédération des médecins de France (FMF), le SNJMG (Syndicat des jeunes médecins généralistes) et l'Union collégiale (UC) un généraliste. Un MG sur cinq a fermé son cabinet partiellement ou totalement le 11 mars dernier. Le Syndicat de la médecine générale (SMG) se joint à la future contestation du 8 avril prochain.

(2) Le président de l'Ordre des médecins, le Dr Michel Legmann, s'est vu confier en février dernier, à titre personnel, une mission sur la refondation de la médecine libérale.

(3) L'ancien président du Haut conseil pour l'avenir de l'assurance-maladie (HCAAM), Bertrand Fragonard, a été désigné en qualité d'arbitre dans le processus de la négociation conventionnelle qui a été bloquée en janvier dernier, faute d'accord de la part de l'UNCAM. Il devrait rendre ses conclusions le 15 avril prochain.

Rechercher
Dans l'actualité
publiée sur le site