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Octobre 2009

CSIS : Sarkozy relance la pharma

Le président de la République entend favoriser le développement des industries du médicament comme des technologies médicales et renforcer l'attractivité de leurs branches d'activité. Le Conseil stratégique des industries de santé (CSIS) qu'il a présidé hier à l'Elysée a dégagé les grandes pistes d'un vrai plan de consolidation et de relance.

La pharma d'aujourd'hui n'est pas la sidérurgie d'hier, même si la branche se trouve depuis quelques temps et jusqu'en 2012 au moins face à des mutations majeures qui découlent pour l'essentiel à la fois de la perte des brevets de ses grandes molécules comme de la baisse de la productivité de sa recherche. Le président de la République qui recevait hier une quinzaine de patrons, français et étrangers, de groupes pharmaceutiques aux côtés de dirigeants d'instituts de recherche publics, de représentants des entreprises de santé (Leem, LIR, G5), en présence des différents ministres concernés par le sujet, ne s'est pas trompé sur le diagnostic : « Vos entreprises sont toutes prospères et je vous en félicite », a-t-il souligné en précisant aussitôt que les cinq années à venir seront sans doute les « pires de leur histoire ». Conscient que la « générication » constitue bien, avec l'essor des biotechnologies, deux mouvements forts des temps présents de la pharma, « qui vont changer du tout au tout le contexte stratégique des industries de santé », Nicolas Sarkozy a fait savoir aux dirigeants présents qu'il entendait tout faire « pour que notre industrie pharmaceutique reste l'une des plus importantes du monde ».

Trois objectifs majeurs

A cet effet, la réunion du CSIS a permis de dégager 11 thèmes conçus comme autant de pistes de travail (voir ci-dessous) susceptibles de conforter la branche et d'engager son avenir sur les sentiers d'un développement économiquement durable. Les décisions adoptées au terme de plusieurs mois de travail et d'échanges entre les experts des ministères de l'Enseignement et de la Recherche, de l'Industrie et les sherpas des industriels engagés dans la démarche devaient pour l'essentiel répondre à « trois objectifs majeurs », précisent les conclusions du CSIS : « développer les biotechnologies au service des industries de santé et au profit de la santé de la population » ; « développer des partenariats entre secteur public et secteur privé dans la recherche biomédicale afin d'accroître la participation de la France à la recherche et au développement des nouveaux produits de santé » ; et enfin « accompagner les mutations industrielles afin de préserver l'outil de production ». 

Biotech et emplois industriels

Si toutes les mesures retenues par ce Conseil stratégique ont en soi leur logique et leur importance, l'accent est surtout mis sur « le développement du savoir-faire français dans le domaine des biotechnologies », secteur pour lequel un fonds d'investissement dédié est créé, doté de 140 millions d'euros et cofinancé par le Fonds stratégique d'investissement (FSI) ainsi que par des entreprises pharmaceutiques françaises et internationales qui y seront majoritaires. Ce fonds permettra de réaliser des investissements dans de petites structures innovantes qui y trouveront les sommes nécessaires (de 5 à 10 millions d'euros) pour amorcer leur développement initial ou ultérieur. Toujours dans les rangs des biotech, le Laboratoire français du fractionnement et des biotechnologies (LFB) est autorisé à ouvrir le capital de sa filiale biotechnologique à des partenaires industriels et financiers, ce dès 2010. Une ouverture qui pourrait permettre au rapprochement déjà opéré entre le LFB et Sanofi-Aventis, autour des modalités d'une coopération industrielle dans les biotechnologies, de prendre de nouvelles dimensions.

La production pharmaceutique devra également être confortée sur le territoire national, premier producteur européen de spécialités pharmaceutiques. En particulier celle de médicaments génériques, qui « seront encouragés par les accords entre entreprises pharmaceutiques, titulaires de droits de propriété intellectuelle sur une spécialité, et sous-traitants ». « La France fera tout pour maintenir et développer l'emploi industriel », a fait savoir Nicolas Sarkozy. « Nous ne laisserons pas partir les emplois industriels qui participent à la production des médicaments dits " princeps " au motif que ces derniers sont désormais génériqués. Les génériques sont une tendance de fond de votre industrie. Nous devons nous y adapter. » Un autre thème, cher aux industriels du médicament, a également été évoqué par le chef de l'Etat : « La taxe professionnelle va être réformée. Nous allons supprimer la taxation des investissements, qui n'existait nulle part ailleurs. »

Un « Monsieur CSIS »

Last but not least, la recherche et l'innovation, « sources durables de création de bien-être, de revenus et d'emplois », figurent également au cœur des priorités stratégiques de ce 4ème CSIS. « Les sciences du vivant et de la santé seront un des moteurs de notre économie de demain, l'économie de la connaissance », a encore fait savoir le président de la République aux industriels présents. Des nouvelles passerelles et structures partenariales entre secteurs privé et public seront créées, tels les futurs instituts hospitalo-universitaires (IHU), qui permettront, selon les vœux de Nicolas Sarkozy, « un resserrement toujours plus grand des relations entre la recherche de notre pays et les industries de santé ».

Au total, les conclusions du CSIS notent que « l'Etat s'engage à poursuivre ses efforts en termes de professionnalisation, rationalisation et mutualisation des activités de valorisation et de transfert technologique, son soutien à l'Alliance pour les sciences de la vie et de la santé, à l'ANR et aux pôles de compétitivité, et l'effort de réorganisation de la recherche publique ». De leur côté, les industriels membres du Conseil s'engagent à doubler en trois ans le budget consacré la recherche partenariale avec le secteur académique dans le domaine biomédical. Soit à parvenir à un montant annuel de 62,5 millions d'euros en 2012. Ces engagements réciproques, comme l'ensemble des chantiers ouverts par le Conseil seront placés sous la direction d'un Monsieur CSIS en la personne de Thierry Tuot, chargé par Nicolas Sarkozy « de piloter la mise en œuvre des mesures annoncées ». Cet énarque, administrateur du port de Rouen depuis 2004 et du Port autonome du Havre depuis 2007, enseignant à l'IEP de Paris, à l'ENA et comme professeur associé à l'université du Havre, aura fort à faire pour piloter ce nouveau navire.

 

Jean-Jacques Cristofari
Rédacteur en chef de Pharmaceutiques

 

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Les 11 chantiers du CSIS

 

1. Créer un fonds d'investissement dans le domaine des biotechnologies de la santé

2. Renforcer la politique de l'emploi et de la formation

3. Dynamisation de la collecte du renseignement et  la répression des trafics de contrefaçons de médicaments

4. Doubler la recherche partenariale dans le domaine biomédical à trois ans

5. Faire de l'Alliance nationale pour les sciences de la vie et de la santé un interlocuteur privilégié des industriels

6. Accélérer le développement de la bioproduction

7. Ouvrir le capital de la filiale biotechnologie du Laboratoire français du fractionnement et des biotechnologies (LFB)

8. Inciter l'activité de fabrication de spécialités pharmaceutiques

9. Améliorer le suivi des ventes de médicaments à l'exportation

10. Développer les outils liés à l'épidémiologie

11. Améliorer l'accès aux thérapeutiques.

 

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