Le G5 veut une « opération vérité »
Alors que la France vient tout juste de se saisir de la présidence européenne, les laboratoires français membres du Groupe des 5 dressent un constat sévère du déficit de compétitivité dont souffrent les industries de santé en France.
Les cinq laboratoires pharmaceutiques français réunis au sein du G5 (1) estiment, à l'instar du Leem et du LIR (2), qu'il est grand temps de reconnaître le caractère stratégique des industries de santé pour l'économie française. Le plaidoyer n'est pas nouveau - il a commencé il y a plus d'un an, lors de la campagne pour les élections présidentielles - mais retrouve de nouveaux accents, alors même que la France vient de se saisir pour six mois de la présidence de l'Union européenne. Pour étayer leur nouvelle mise en alerte, les membres du G5 s'appuient sur une étude de l'Institut d'Economie Industrielle (Idei) dont le constat de la situation que vivent les industriels de la santé va, nous est-il dit, « à l'encontre de quelques idées reçues ».
Ainsi, sur la période 1970-2004, la France n'occupe au sein de l'Europe (18 pays analysés) que le 7ème rang en termes de croissance de ses dépenses de santé, derrière le Portugal, la Belgique, le Luxembourg, l'Espagne, la Norvège et la Suisse
Notre pays ne dépense pas plus en médicament que nos voisins : la part de ses dépenses pharmaceutique dans la dépense globale de santé est inférieure à ce qu'elle est en Espagne, en Italie, au Portugal, en Belgique, en Grèce ou en Finlande.
Enfin, dans l'UE, les prix du médicament ont évolué au même rythme que ceux des biens de consommation sur les 18 dernières années, alors qu'ils connaissaient aux États-Unis une croissance supérieure de 45%.
Revoir la régulation économique
Plus largement, l'étude que nous livre l'Idei analyse les conséquences des 20 dernières années de politiques publiques européennes sur le secteur de la santé en s'appuyant sur 15 études économiques internationales. Le handicap dont souffre la France à ce jour ne doit rien au hasard. Il est largement la conséquence d'un désinvestissement croissant en R&D, dont les dépenses n'ont cru que de 6 % par an en Europe depuis 1993, alors que leur rythme a été de plus de 10 % aux Etats-Unis.
Mais le déficit de compétitivité de notre branche industrielle est aussi à rattacher à la sur-régulation dont souffrent nos économies, avec des conséquences dommageables notamment au niveau des prix et des délais d'entrée des produits sur le marché.
« Sur la période 1986-2004, rappelle le G5, la régulation économique du médicament en Europe a fait perdre 1,2% de croissance annuelle de R&D aux firmes européennes, soit l'équivalent potentiel de 46 molécules et plus de 30 000 équivalents temps plein ».
Aussi le club des grands industriels français de la pharmacie invitent-ils les pouvoirs publics à reconsidérer la régulation de la dépense pharmaceutique sous un nouvel angle afin d'éviter de nouvelles pertes d'emplois industriels dans le secteur pharmaceutique où plusieurs unités de production représentant plus de 2 000 emplois sont actuellement en vente. « Nous proposons aux autorités de procéder à une opération vérité pour évaluer l'impact économique et sanitaire des actuelles politiques de régulation, notamment en se dotant d'indicateurs annuels pérennes. » Le dossier est sur le bureau du Conseil stratégique des industries de santé (CSIS). Encore faudrait-il que ce dernier se manifeste rapidement, car en la matière le temps perdu ne se rattrape pas !
Jean -Jacques Cristofari
Rédacteur en Chef de Pharmaceutiques
(1) Laboratoires Servier, Laboratoires Pierre Fabre, Sanofi-Aventis, Ipsen et le Laboratoire français du Fractionnement et des Biotechnologies (LFB)
(2) Les entreprises du médicament, les Laboratoires internationaux de recherche.