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Mai 2008

OTC en libre accès : vers une évolution des comportements ? 

En attendant le décret qui doit officialiser le passage d'environ 200 PMF non remboursables devant le comptoir officinal, les rencontres AMIPS-AFIPA ont permis de dresser l'état des lieux de l'automédication en France. Un segment de marché caractérisé par la multiplicité des enjeux. Décryptage.   

A la fin du mois de juin, les pharmacies qui le souhaitent pourront se lancer dans l'aventure du libre accès. Dès la parution du décret dans le Journal Officiel, l'AFSSAPS (1) publiera la liste des produits appelés à franchir le Rubicon du comptoir officinal. Pour quel résultat ? Nul ne le sait véritablement. Une chose est sûre : la vente en accès direct de ces PMF (2) non remboursables ne bouleversera pas la donne. En l'état, la médication officinale constitue une part relativement peu élevée, voire marginale, du marché global du médicament. L'an dernier, l'OTC représentait seulement 6 % du marché de ville, soit 1,9 milliard d'euros. Au total, 423 millions de boîtes de ces médicaments ont été vendues sur la période. Concernant l'OTC strict (médicaments non prescrits et non remboursables éligibles au libre accès), seules 287 millions d'unités ont été écoulées. Sur ce segment, les dix premières marques se partagent 17,2 % d'un marché estimé à 1,54 milliards d'euros. Néanmoins, le potentiel de développement de l'OTC reste élevé, comme le souligne Magali Flachaire, la déléguée générale de l'AFIPA (3).

Placer le consommateur au centre du débat

« Il n'y aura pas de révolution majeure, prévient d'emblée Vincent Cotard, le nouveau président de l'association. Les enjeux sont de taille pour les industriels mais le challenge est intéressant. A nous de nous mettre au diapason. Il faut placer le consommateur au centre des débats. Pour que le libre accès soit un succès, les comportements devront évoluer. » Le rapport à ce type de médication et les habitudes de consommation des patients sont ici directement pointés du doigt... Selon la plupart des études réalisées à ce sujet, les Français sont favorables à l'automédication. Et ces deux dernières années, le marché a fini par décoller. Un phénomène qui le rend donc « optimiste » quant à son devenir. « Il est temps de développer une véritable approche stratégique, reprend-t-il. Jusqu'ici, les laboratoires avaient tendance à privilégier les opportunités financières. L'intégration de la médication officinale dans la gestion du cycle de vie des produits n'existait pas. Il faut changer de paradigme. Nous devons développer des molécules innovantes et réaliser des "switch" attractifs. Nous devons par ailleurs adopter une stratégie commune avec l'ensemble des acteurs de la chaîne (patients, pharmaciens, médecins, industriels). Il nous faudra communiquer, informer et éduquer le consommateur. » Telles seront les clefs du succès...       

Quid de la gestion des risques ?  

Dans cette configuration, les interactions, surdosages et autres redondances de traitements ne sont pas à prendre à la légère. Les risques sont là. Le Dr. Anne Castot, en charge de la gestion des risques au sein de l'AFSSAPS, en est pleinement consciente. Pour accompagner le mouvement et minimiser les sources d'accidents médicamenteux, l'agence édite actuellement une soixantaine de documents explicatifs à l'attention des patients (spécialités concernées, symptômes, indications...). En parallèle, l'idée d'une pharmacovigilance au long cours fait progressivement son chemin. La possibilité offerte aux consommateurs de faire remonter les informations (effets indésirables) prend forme. Reste à déterminer les conditions et les moyens mis à leur disposition pour y parvenir. Dans cette optique, la généralisation progressive du dossier pharmaceutique (DP) sera d'un précieux secours... 

Jonathan Icart

 

(1) Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé - AFSSAPS.

(2) Produits dits de Prescription médicale facultative - PMF.

(3) Association française de l'industrie pharmaceutique pour une automédication responsable - AFIPA.

 

 

 

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