Le LIR propose ses réformes dans la santé
Les 13 laboratoires internationaux de recherche viennent de présenter leur plateforme de réformes. Objectif : sauvegarder l'excellence scientifique française, garantir et optimiser l'efficience du système de santé. Ils proposent à cet effet trois axes de réflexion et d'action.
« La recherche dans le domaine des sciences du vivant accuse aujourd'hui en France un net recul alors même qu'elle est confrontée à de nouveaux défis », avance le LIR en préambule à un document par lequel les 13 laboratoires de recherche qui le compose entendent faire connaître leurs propositions dans le cadre des débats en cours sur la réforme du système de santé français. Car si la France est (encore) le 4ème marché mondial en valeur, sa place dans le concert global de la R&D n'est aujourd'hui plus à la hauteur des ambitions qu'elle devrait encore pouvoir afficher. « La quasi-totalité des clignotants sont au rouge », commente à cet égard le président de MSD Chibret, Michel Vounatsos, qui estime, aux côtés de ses collègues du LIR qu'il y a péril en la demeure dans la défense du pavillon français auprès des centres de décisions internationaux de la pharma. D'où l'importance, mise en avant par l'organisation, de renforcer la dynamique de la recherche pour relancer l'attractivité de la France. En passant notamment par le développement d'une économie de la recherche biomédicale ou encore par le renforcement des dialogues entre secteurs public et privé, le plus en amont possible de la recherche. Pour développer et accroître le nombre de leurs essais cliniques réalisés dans l'Hexagone, le LIR réclame aussi une amélioration de la qualité des partenariats ainsi qu'une diminution des contraintes administratives.
Un milliard d'économies
Assez novateur dans son approche des questions économiques du moment, relatives en particulier aux déficits de la branche maladie et à son financement, le LIR propose dans son 2ème axe de réflexion d'agir « sur les sources d'économies afin de privilégier le progrès thérapeutique ». Fort du constat largement partagé que les dépenses remboursées aux malades chroniques comme celles des produits de spécialités vont à l'avenir poursuivre leur envolée, le LIR propose trois gisements d'économies. Le premier se trouverait dans une concurrence renforcée sur le marché des génériques - auquel l'organisation se montre favorable -, produits pour lesquels il propose de libéraliser les marges afin de faire baisser les prix. 300 à 500 millions d'euros d'économies pourraient être tirés d'une plus grande mise en concurrence des génériques. Au plan de la distribution, le LIR se montre résolument hostile au marché parallèle du médicament en Europe (estimé à cinq milliards d'euros) qu'il propose de contrer en y mettant en œuvre la liberté des prix, afin de casser les différentiels qui favorisent son développement. Assez iconoclastes, les 13 laboratoires de R&D suggèrent également de faire baisser le taux de marge de la chaîne de distribution du médicament français de deux points (de 28,70 % à 26,65 %, qui est le taux moyen constaté en Europe). La mesure, qui ne devrait pas susciter d'enthousiasme dans les rangs des opérateurs de cette même distribution, permettrait selon le LIR de générer 360 millions d'euros d'économies supplémentaires. Les pharmaciens d'officine apprécieront ! Enfin, outre un encouragement marqué en faveur de l'automédication - « sous contrôle et suivi des pharmaciens » -, le LIR suggère encore de limiter la prise en charge des médicaments à 35 %, sans remboursement du ticket modérateur, pour les affections longue durée (ALD). La mesure rapporterait 300 millions d'euros supplémentaires. Ici les patients pourraient grincer des dents !
Prévention et éducation
Enfin, le LIR entend apporter sa contribution à l'efficience et à la qualité du système de soins, en proposant d'agir, en amont comme en val des soins curatifs, sur la prévention et l'éducation thérapeutique. « Nous n'y allons pas tout seuls, commente le président du LIR, Christophe Weber, pdg de GSK France. Il y a un besoin énorme de la part de la population mais il y a aussi des gâchis énormes en la matière ». Le LIR propose également de renforcer la continuité des soins ville - hôpital, et de favoriser une approche transversale de la gestion du parcours de soins. Il se prononce pour la mise en œuvre de la tarification à la pathologie en médecine ambulatoire et la mise en place de nouveaux modes de rémunération des praticiens, sous forme de forfaits, afin de favoriser la continuité des soins. « Il faut mesurer ce que l'on fait, sinon l'efficience n'a aucune sens et inciter l'ensemble des acteurs à la qualité », a encore indiqué Sabine Dandiguian, pdg de Janssen-Cilag France. Au total, cette intéressante contribution du LIR mériterait d'être prolongée par un rapport plus complet des engagements concrets des filiales des big pharma internationales sur tous les terrains de ce qui constitue l'attractivité réelle de l'Hexagone. A suivre donc.