OTC : contre offensive officinale
Pas moins de sept structures représentatives de l'univers des pharmaciens d'officines se lancent cette semaine dans une contre offensive médiatique à la vaste campagne de publicité engagée par le « mouvement E. Leclerc ».
Michel E. Leclerc ne restera pas seul à occuper la scène médiatique pour y faire valoir que seul les GMS sont de nature à défendre les consommateurs et à faire baisser les prix. Ce vieux « marronnier » de la grande distribution ne fonctionnera pas cette fois sans recevoir de réponse appropriée, de la part cette fois des officinaux visiblement agacés par la thématique leclérienne. Syndicats de pharmaciens et groupements d'officinaux libéraux (1) ont décidé, cette semaine, de se lancer à leur tour dans la bataille. Sans attendre, car la force de frappe du « mouvement » pourrait, compte tenu du matraquage auquel nous assistons depuis quelques jours, finir par porter ses fruits.
30 milliards de marges arrières
La réponse apportée à la démonstration d'E. Leclerc tient ainsi en une affirmation : « se soigner en France ne sera jamais un luxe », et quatre explications. En premier lieu, les officinaux opposent aux 110 points de vente de la GMS leur 23 000 pharmacies qui assurent à l'évidence un réel service de proximité. Sur le prix du médicament, prétendument à la hausse selon le distributeur, ils répondent que ce dernier a augmenté, pour les 100 premiers produits conseils, de moins de 1 % en quatre ans, alors que les produits de grande consommation ont décollé de 7,1 %, en moyenne... ce en quatre mois ! A l'argument qui voudrait que la libéralisation de la vente de médicaments en Europe fasse baisser leurs prix, les officinaux libéraux objectent que les frontaliers se précipitent en France pour acheter leurs médicaments. « Probablement parce que leurs prix sont parmi les moins chers d'Europe », ajoutent-ils encore. Enfin, cerise sur le gâteau de leur démonstration, les pharmaciens d'officine encouragent la maison Leclerc a redistribuer une partie des 30 milliards de marges arrières annuelles qu'engrange la grande distribution, plutôt que de détourner l'attention des consommateurs sur le prix des produits pharmaceutiques ! L'arroseur finit lentement par être copieusement arrosé !
« Vous êtes riche de votre expérience dans la grande distribution » rappellent enfin, non sans humour, les officinaux, qui invitent pour conclure le chantre de la lutte contre la vie chère à aller balayer devant sa porte. En baissant par exemple les prix des produits dont il a le quasi-monopole ! Un monopole pharmaceutique à l'assaut duquel le chevalier blanc des GMS semble de son côté bien être parti. Ce à la veille de la présidence française de l'UE, avec comme feuille de route le rapport Attali, dont les conclusions sont favorables au même « mouvement » ! Tout un symbole, qui ne doit rien au hasard !
Jean-Jacques Cristofari
(1) USPO, UNPF, ANEPF, Giphar, Plus Pharmacie, PHR et Pharma Référence