Front uni contre E Leclerc
Les réactions ne manquent pas suite à la volonté affichée du groupe E Leclerc de vendre de l'OTC dans ses parapharmacies.
Après le Conseil national de l'Ordre des pharmaciens (voir nos informations précédentes), les syndicats d'officinaux et le Leem entrent dans la bataille contre les prétentions affichées par la GMS d'entrer dans un marché qu'elle convoite avec un appétit largement aiguisé par le rapport Attali remis au président de la République en janvier dernier afin de « libérer la croissance française ». Tandis que la FSPF se prépare à lancer à son tour une (contre) campagne nationale d'information sur les rôles et missions des pharmaciens d'officine, l'USPO (Union des syndicats de pharmaciens d'officine) déclare également ses intentions de s'engager sur plusieurs volets qui constituent autant de contre-feux aux projets de l'enseigne Leclerc. Notamment à mettre en place, avec les Pouvoirs publics, un observatoire des prix, que la centrale entend contribuer à faire baisser et à afficher dans la plus grande transparence possible. Car le front de la bataille annoncée par la GMS se situe bien sur les prix, que le distributeur entend faire chuter de 25 à 30 % par des pratiques dont il a le secret. Reste, rappelle volontiers l'USPO, que la suppression des marges arrière s'est traduite par une baisse des prix des médicaments au 1er semestre 2008. 120 millions d'euros ont ainsi été « économisés et rendus par les pharmaciens en baisses de prix au bénéfice des patients », note Gilles Bonnefond, président délégué du syndicat. Mais dans la grande distribution, le même mécanisme n'a pas produit les mêmes effets et la ménagère de plus de 50 ans n'a pas constaté de baisse significative de ses prix, qui aurait dû chuter de 15 %. Vérité en deçà du linéaire, mensonge au-delà de la caisse de sortie ! « Mr Leclerc promet des baisses de prix sur des produits qu'il n'est pas autorisé à distribuer, pour mieux dissimuler les augmentations de prix sur des produits dont il a aujourd'hui quasiment le monopole », ajoute encore le vice-président qui considère que « Mr Leclerc est définitivement disqualifié pour parler de la santé ».
Le médicament n'est pas le luxe
Dans une lettre ouverte adressée à Michel Edouard Leclerc, le président du Leem rappelle de son côté que le médicament -remboursé ou non - ne saurait être assimilé aux biens de grande consommation que vendent les GMS. « Je regrette les analogies que vous faites avec le monde de la joaillerie ou du luxe alors que nos activités s'inscrivent dans la recherche de l'égalité des chances pour tous les malades », souligne Christian Lajoux. « Les patients qui se battent contre le cancer ou contre le sida n'ont pas le sentiment d'évoluer dans le monde du luxe ».
Quant au différentiel de prix constaté par le Mouvement Leclerc entre prix fabricants et prix publics, le patron du Leem indique que les premiers ont augmenté de 5 % les sept dernières années contre une croissance de 25 % pour les seconds. « Les industriels sont très attachés à la maîtrise des prix » avance Christian Lajoux en rappelant que son organisation a signé avec les syndicats de pharmaciens et les autorités de santé un accord de bonne pratique qui les « engage dans une gestion maîtrisée et transparente des prix publics ».
Au terme d'une semaine agitée sur le front de l'OTC, l'enseigne Leclerc risque bien de voir sa campagne de communication se retourner progressivement contre elle. Ce d'autant que les associations de consommateurs ont récemment fait valoir que les GMS savaient parfaitement organiser leur commerce périurbain sans faire jouer réellement les règles de la concurrence. A l'évidence, l'OTC joue ce mois-ci le rôle de produit d'appel ! Non tant pour attirer le consommateur sur des produits utiles à sa santé que pour tenter une nouvelle fois d'enfoncer un coin du monopole officinal. Rendez-vous à la prochaine étape, sans doute plus européenne, de la campagne d'un « mouvement » qui ne devrait pas s'arrêter... en rase campagne.