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Mars 2008

Médicaments : la croissance des dépenses diminue de moitié mais...

Un net ralentissement de la croissance des dépenses de médicaments a été observé sur les sept dernières années. La nouvelle peut paraître réjouissante mais ce serait occulter une dynamique encore importante des volumes de consommation et... des coûts de traitements nettement supérieurs à ceux de nos voisins européens.

Entre 2001 et 2007, la croissance - bien que dynamique - des dépenses de médicaments a diminué de moitié en France. Telles sont les conclusions d'une étude qui vient d'être publiée par l'assurance-maladie. L'an passé, les dépenses de médicaments délivrés en médecine de ville (généralistes et spécialistes) ont malgré tout augmenté de 4,8 % par rapport à 2006. Elles représentent un coût évalué à 15,2 milliards d'euros pour le régime général des comptes sociaux. Pour apprécier la situation, il convient toutefois de rappeler que ce taux culminait à 8,8 % en 2001. Soit presque deux fois plus. Le directeur de l'UNCAM (1), Frédéric van Roekeghem, affirme que ce ralentissement est essentiellement dû à deux phénomènes clairement identifiés : les plans de maîtrise médicalisée (diminution des prescriptions, baisse de prix...) et le développement des génériques (perte de brevets, campagnes de promotion). Sur l'année 2007, ces mesures auront tout de même permis à l'assurance-maladie d'économiser près 486 millions d'euros. Par le biais de cette étude, la CNAM (2) a affirmé vouloir « mieux comprendre les principaux moteurs de la croissance des médicaments pour renforcer son action sur les marges de progrès existantes ».

Les pathologies lourdes impactent les remboursements

A y regarder de plus près, cette croissance « modérée » des dépenses de médicaments est tout sauf uniforme. Elle varie sensiblement en fonction des classes thérapeutiques. En 2007, le poids des remboursements à la charge de l'assurance-maladie est en recul pour les statines ( - 3,7 %), les antiulcéreux (- 2,2 %), les antidépresseurs et les psychotropes (- 2%). Les antibiotiques enregistrent quant à eux une croissance relativement peu élevée (+ 1,5 %). Un bon point quant on connaît les habitudes de consommation française. A l'inverse, les médicaments de spécialité destinés aux pathologies dites lourdes (cancer, sida, polyarthrite rhumatoïde...) augmentent de façon significative (+ 11 %). Ces produits qui ont le mérite d'être efficaces n'en restent pas moins très chers pour l'assurance-maladie. A eux seuls, ils impactent la croissance enregistrée l'an passé à hauteur de 56 %. Parmi les plus fortes hausses figurent notamment les anticancéreux (+ 25 %), les antirétroviraux (+ 21 %) ou encore les érythropoïétines (+ 11,3 %). Autre poste important de dépenses, les vaccins affichent une croissance de 17,5 % sur la période, portée par les lancements de Gardasil® (23 millions d'euros) et de Prevenar® (33 millions d'euros). A noter qu'une forte progression de ce marché est attendue pour les années à venir.

La CNAM critique le poids des nouveaux médicaments

Au sujet des molécules récentes, le verdict de la CNAM est sans appel : « Les médicaments mis sur le marché depuis moins de trois ans représentent une dépense estimée à 1,4 milliard d'euros en 2007, soit une croissance de 600 millions d'euros par rapport à l'année précédente. Ils contribuent ainsi à l'équivalent de 85 % de la hausse totale des dépenses de médicaments sur l'année. » Des spécialités thérapeutiques telles que Lyrica® ou encore Spiriva®, qui ont respectivement coûté 42 et 38 millions d'euros à la Sécu l'an dernier, font l'objet de toutes les critiques : « 45 % de ces dépenses supplémentaires concernent des molécules qui ne présentent pas ou peu d'amélioration du service médical rendu (ASMR 4 et 5) au regard de l'arsenal thérapeutique existant. » Selon la CNAM, ces résultats témoignent d'une tendance particulièrement prononcée en France : le report des prescriptions vers les médicaments les plus récents au détriment des molécules les plus anciennes et souvent génériquées. Pour finir, l'assurance-maladie n'oublie pas de souligner que les dépenses liées aux médicaments retrocédés et sortis de la réserve hospitalière ont augmenté de 150 millions d'euros l'an passé.

Tout régime confondu (mutuelles, complémentaires santé...), la part totale des remboursements de médicaments a dépassé les 20 milliards d'euros en 2007.

Jonathan Icart

(1) Union national des caisses d'assurance-maladie - UNCAM.
(2) Caisse nationale d'assurance-maladie - CNAM.

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