Martin Hirsch maintient son bouclier
Le Haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté défend son bouclier sanitaire qui, pour être pertinent, suppose un renversement total de logique dans le système français de prise en charge de la maladie.
Martin Hirsch est un homme qui a de la constance dans les idées. Annoncé une première fois lors du débat initial sur les franchises entrées en vigueur le 1er janvier dernier - qu'il a considérées être une mauvaise réponse à un vrai problème -, son projet de bouclier sanitaire serait encore et toujours d'actualité. La mesure de protection en faveur des plus démunis (le pendant du "bouclier fiscal" pour les plus fortunés) a déjà fait l'objet d'un rapport remis en septembre dernier par Bertrand Fragonnard et Raout Briet, respectivement président du Haut Conseil pour l'avenir de l'assurance-maladie et président de commission à la Haute autorité de santé. Les deux experts ont jugé plus sage de préconiser ne rien faire avant 2010 pour opérer le basculement de la prise en charge actuelle des dépenses de santé vers un autre système fondé sur les revenus des assurés sociaux. Dans son principe, le bouclier sanitaire prévoit l'instauration d'un plafond dépenses annuelles, non remboursées, au delà duquel la prise en en charge des soins serait de 100 %. Exit donc les ALD (affections longue durée) qui font actuellement le plus gros des dépenses remboursées par l'assurance-maladie (60 % avec une tendance inéluctable à la hausse). Exit également les (coûteux) systèmes de prise en charge complémentaire, d'autant plus inflationnistes que le reste à charge des assurés sociaux ne cesse de croître au fil des années !
Démutualiser le système
« Nous sommes prisonniers d'un système de loterie de prise en charge », résume en substance le Haut commissaire, invité cette semaine par la Fondation Concorde à expliquer quels effets l'introduction de ce bouclier aurait sur notre système de protection. Mais si « le concept est simple, la réalité est plus difficile », plaide ce dernier. « Car son application rend caduque d'autres concepts comme les ALD ». Et sortir du système des ALD pour proposer à tous le bouclier social, proportionné aux revenus, ne sera pas une mince affaire ! « Il y a beaucoup de gens que l'opacité arrange », plaide Martin Hirsch qui sait que son projet va « démutualiser » le système. Une raison pour laquelle, Jean-Pierre Davant, le président de la toute puissante Mutualité Française lui a opposé une fin de non-recevoir. Le Haut commissaire sait fort bien que 92 % des Français disposent d'une complémentaire, même s'ils sont confrontés à des dépassements. Les 8 % restant sont les plus concernés par la protection que pourrait leur apporter le bouclier social. « Mais ce sont aussi les moins audibles ! » conclut l'ancien président d'Emmaüs. Sans compter que les associations de malades ne s'enthousiasment pas franchement sur le sujet. Autant dire que la partie est loin d'être gagnée ! Pour l'heure, la priorité gouvernementale demeure l'organisation du système de soins et son efficience.