Algérie et médicament : des importations encore dominantes

Alors que le Président de la République est en visite officielle en Algérie, ce dernier pays s'interroge sur l'avenir de sa branche pharmaceutique, encore largement dépendante de ses importations et qui doit se mettre en conformité avec les règles de l'OMC.
Sur le terrain pharmaceutique, la coopération entre les deux pays riverains de la Méditerranée est patente dans les domaines de la formation et de l'échange scientifique, mais aussi de la pharma avec des échanges réguliers sur le terrain technico-réglementaire entre le Laboratoire national du contrôle des produits pharmaceutiques algérien (LNCPP) et l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de Santé (AFSSAPS). La prochaine étape sera celle de la création d'une Agence algérienne du médicament sur un marché en pleine mutation où les importations tiennent encore une part prépondérante avec 63 % du marché (avec une facture de 962 millions d'euros en 2006 et de 475,6 millions d'euros pour le premier semestre 2007), selon le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Amar Tou. Une prépondérance qui découle du fait que nombre de groupes pharmaceutiques internationaux ont historiquement utilisé la France comme territoire de transit pour leur implantation en Algérie. Dernier en date à s'être installé en Algérie, le laboratoire Biomérieux, qui a annoncé fin novembre la création d'une filiale locale pour début 2008, basée à Alger, pour apporter son savoir faire dans le domaine de la lutte contre les maladies infectieuses telles que l'hépatite, le VIH, la tuberculose, les infections respiratoires, et les pathologies telles que certaines maladies cardio-vasculaires ainsi que certains cancers. En 2006, l'Algérie aura ainsi bénéficié d'un flux d'investissement direct sur le médicament de l'ordre de 21 millions de dollars. Aussi si la production locale, qui représente 37 % en 2006 du marché global, est en nette progression, à travers l'émergence d'un tissu industriel dense et en voie de modernisation, elle est constitué par une centaine d'entreprises, dont la plupart souffrent manifestement de surcapacités, avec des taux d'occupation qui n'excédent pas 30 % dans certaines sociétés.
Désengagement de l'Etat
Fin octobre, l'Union nationale des opérateurs de la pharmacie (UNOP) a organisé un colloque international placé sous le thème « quelles perspectives de développement pour l'industrie pharmaceutique algérienne dans le nouveau contexte international ? ». Parmi ces opérateurs nationaux, le groupe Saïdal (sept usines, deux filiales, deux centres de distribution, un centre de R&D, 7,2 milliards de dinars de CA), qualifié de « géant de l'industrie pharmaceutique pour s'imposer sur le marché mondial, à l'image des Jordaniens » par le ministre algérien de l'Industrie et de la promotion des investissements, Abdelhamid Temmar. Le ministre a invité les acteurs de la branche, publics et privés, à se regrouper, voire à fusionner pour affronter la compétition internationale en précisant qu' « il n'y a plus de protection possible de la part de l'Etat pour la production nationale » devant les engagements internationaux qui attendent le pays. « L'Algérie ne peut pas passer d'une situation catastrophique à une mégafusion, lui a répondu Nabil Mellah, secrétaire général de l'Unop et directeur général des laboratoires Mérinal. Il est illusoire de croire pouvoir y arriver pour le moment ». Très critique face au pouvoir en place, l'Union des labos algériens déplore que « la libéralisation du secteur de la pharmacie, intervenue en 1991 aussi bien en ce qui concerne les importations que la production, n'ait pas produit les résultats escomptés ». Présent à ce colloque, Fernand Sauer a avancé que la fusion "ne doit pas être le point cardinal" de toute stratégie visant à relancer l'industrie pharmaceutique algérienne. Le directeur général honoraire de la commission européenne a soutenu que le plus important pour l'Algérie était désormais de « prendre les mesures nécessaires pour permettre à la production nationale de passer de 25 % à 60 % de parts de marché ».
Pour une politique du générique
« L'évolution du marché doit sortir du clivage traditionnel importation/production locale au profit d'une politique orientée vers l'accès des populations au traitement de demain, estime de son côté Amir Touafek, vice-président de l'ordre des pharmaciens algériens. Ce dernier considère que « la mise en place d'une vraie politique générique concertée permettra de générer les économies nécessaires au financement d'un arsenal thérapeutique innovant, répondant au relief épidémiologique particulier de l'Algérie et aux enjeux de santé publique clairement identifiés (cancers, maladies non transmissibles...) ». Un arsenal qui comprend à ce jour 4 000 références, dont certaines sont issues d'un groupe de 128 produits qui a bénéficié jusqu'à une date récente d'une interdiction d'importation. Le gouvernement algérien vient de lever cette barrière, au grand dam de ses producteurs locaux. « La transition de la situation de monopole vers la privatisation, s'est faite globalement dans de bonnes conditions, note ainsi l'UNOP. L'intervention du secteur privé a permis la diversification des sources d'achat est s'est soldée par une prise de part de marché du générique entre 15 % et 20 % [37,72 % en 2006 selon le ministre de la Santé, pour qui elle pourrait atteindre les 41 % à fin 2007], et de ce fait a entraîné une diminution relative de l'enveloppe devises consacrée à l'importation ». Un secteur privé qui se prononce clairement pour l'adhésion de l'Algérie à l'OMC, qui ne devrait cependant pas intervenir avant deux à trois années.
J-J. Cristofari
Rédacteur en chef de Pharmaceutiques
NB : Dans un document, "Le Guide Investir en Algérie 2007", publié au printemps dernier par cabinet KPMG Algérie, il est mentionné aussi les perspectives de développement de certains secteurs-clés à l'horizon 2010. Les industries de santé sont du nombre. La pharmacie et les produits pour la médecine, dont les besoins futurs en médicaments, consommables, appareils médicaux sont estimés à 1,5 milliard de dollars US, restent un autre secteur potentiel pour les investisseurs, précise le guide. (http://www.algeria.kpmg.com/fr/)