Service de génotypage privé : Tout sur notre génome...

L'entrée dans l'ère de la médecine personnalisée vient de franchir une nouvelle étape, avec la toute nouvelle offre de prestations de services que lancent trois sociétés de biotechnologie américaines et islandaise. L'analyse de votre génotype livrée à domicile, via Internet, pour (presque) tout savoir sur vos prédispositions à développer un diabète, certains cancers ou un asthme...
Vous avez toujours voulu tout connaître... sur votre génome, sur celui de vos ancêtres.... Vous voulez savoir si vous avez tel ou tel gène de prédisposition à une pathologie... Vous avez envie de comparer votre génome avec celui de vos amis... L'exercice est original et peut certes paraître incongru, voire déplacé ou tout simplement inutile... Pourtant moyennant une somme se situant entre 1000 $ et 2500 $ et deux à trois semaines de patience, de tels souhaits pourront dorénavant être exaucés. C'est en effet le prix qui vous sera facturé et le délai qui vous sera demandé à compter de la réception de votre kit de prélèvement d'ADN salivaire grâce au tout nouveau service de génotypage privé que viennent de lancer quasi simultanément trois sociétés, une européenne et deux américaines.
Un vétéran de la biotech. Du côté de l'Europe, le pionnier du genre, l'islandais deCODE Genetics, n'est un novice ni dans l'analyse génétique et l'étude des génomes, ni dans l'art de susciter le débat. Dès sa fondation en 1996, la société s'est positionnée sur les applications de la génétique humaine au développement de médicaments et de tests de diagnostic. Afin d'exploiter la forte homogénéité génétique de la population islandaise, la société s'est alors lancée dans la réalisation d'une base de données informatique centralisant les informations médicales, génétiques et généalogiques des habitants de l'île, alimentant alors les questions éthiques autour de la constitution de banques de données génétiques humaines et de leur utilisation.
Aujourd'hui, son tout nouveau service, au nom explicite de deCODEmeTM, va, cette fois, permettre au particulier d'accéder à l'analyse de son génome et de savoir si celui-ci présente des variations génétiques associées avec un niveau de risque faible, moyen ou élevé de développer telle ou telle pathologie. L'information lui est ensuite fournie par l'intermédiaire d'un site internet dédié à l'accès sécurisé. La société islandaise se déclare ainsi en mesure de calculer votre risque génétique pour une quinzaine de maladies dont l'asthme, la sclérose en plaques, le psoriasis, les diabètes de type 1 et 2, l'obésité ou encore certains cancers (sein, colon, prostate). La liste n'est pas exhaustive et a même vocation à s'allonger. Une mise à jour régulière est d'ores et déjà prévue au fur et à mesure de l'identification de nouveaux marqueurs génétiques de prédisposition à des pathologies données.
Google et Genentech. Outre-Atlantique, deux autres sociétés viennent aussi de se lancer sur ce créneau. 23andMe, au nom évocateur puisqu'il fait référence au nombre de paires de chromosomes présentes chez l'Homme, et Navigenics, ont, quant à elles, vu le jour tout récemment et leur création repose sur la base d'une telle offre de prestations de services de génotypage pour le particulier. Parmi les actionnaires du premier, on retrouve un, si ce n'est le pionnier de la biotechnologie, l'américain Genentech, et le leader mondial de la recherche d'information sur Internet, Google. Chez Navigenics, lancée officiellement voici à peine deux semaines, ce sont 25 millions de $ qui viennent d'être levés auprès de trois sociétés de capital-risque américaines ayant déjà investi dans la biotech via Genentech, mais surtout dans les univers de l'informatique et d'internet avec des participations dans Amazon, Apple, Cisco Systems, Google ou encore Oracle.
Alors que le pdg et co-fondateur de deCODE Genetics, Kari Stefansson, insiste sur le fait que "deCODEme® n'est pas un service clinique à utiliser pour prendre quelque décision médicale que ce soit", on peut légitimement s'interroger sur l'intérêt, dans le cadre d'un usage privé, de recourir à pareil service. La question reste entière et peut-être l'arrivée quasi-simultanée de ces trois offres de génotypage à usage privé sera-t-elle ou se veut-elle un catalyseur pour aborder sous un nouvel angle le nécessaire débat sur la médecine personnalisée et les conditions de son utilisation à un moment où se multiplient les tests de diagnostic génétique et les tests permettant de déterminer la sensibilité d'un patient à tel ou tel traitement.