Roselyne Bachelot remet de l'ordre à l'Ordre

A l'occasion de la 20ème Journée de l'Ordre des pharmaciens, Roselyne Bachelot est revenue en détail sur les nouveaux enjeux de l'officine. Du dossier pharmaceutique (DP) à la médication officinale, en passant par le monopole pharmaceutique, elle a réaffirmé ses intentions avec force et conviction.
Satisfaite de l'avancement du dossier pharmaceutique (DP), la ministre de la Santé estime que la phase d'expérimentions se déroule dans de bonnes conditions : « Avec l'ouverture de plus de 1 000 dossiers par jour, le DP semble recueillir l'adhésion des patients qui, je l'espère, en seront les grands bénéficiaires. Cet outil professionnel, qui offre un plus indéniable en termes de traçabilité, favorisera également la détection d'éventuelles interactions médicamenteuses ». Se pose alors la question des multiples reports du dossier médical personnel (DMP), le premier ayant vocation à alimenter le volet médicament du second. Un échec qui s'explique, d'après Roselyne Bachelot, par la non-inclusion des professionnels de santé dans la réflexion : « On n'a pas suffisamment suivi et écouté les professionnels de santé. » En vue de ne pas freiner le rythme de progression du DP, la ministre dit avoir soutenu à l'Assemblée nationale l'amendement au PLFSS 2008, inspiré par l'Ordre, visant à déconnecter ces deux dossiers informatiques dans l'attente de la mise en œuvre effective du DMP.
Adapter le maillage officinal
En outre, Roselyne Bachelot affirme avoir proposé à l'Ordre et aux organisations professionnelles un plan d'action destiné à « adapter le maillage officinal en fonction des besoins de la population et des exigences actuelles de qualité ». Cette mesure également inscrite dans le PLFSS 2008 (dans son article 39) prévoit notamment d'augmenter la population desservie par chaque officine. Elle permettra ainsi d'éviter l'ouverture de nouvelles officines là où elles sont en surnombre. Mais aussi de faciliter le redéploiement des pharmacies existantes par voie de transfert ou de regroupement sur l'ensemble du territoire. Enfin, cette mesure pourrait également entrainer une diminution des coûts de la distribution pharmaceutique assumés par l'assurance-maladie.
Pas d'ouverture du capital
La ministre a par ailleurs fait savoir qu'elle « soutiendrait avec conviction le maintien de la détention du capital des officines et des laboratoires de biologie médicale par ceux qui les exploitent et en assurent la responsabilité pharmaceutique ». Selon elle, l'ouverture du capital et les holdings déboucheraient sur des objectifs quantifiés de rentabilité qui remettraient en cause l'existence même d'un service pharmaceutique de qualité et de proximité. De même, elle dit vouloir défendre farouchement le principe du monopole pharmaceutique : « Le monopole pharmaceutique constitue un maillon indispensable de la politique intégrée du médicament que je souhaite mettre en œuvre. Le médicament doit rester identifié comme un produit spécifique dont le potentiel de soulagement et de guérison est toujours assorti de risques. L'accompagnement d'un professionnel de santé spécialisé, indépendant et dont la responsabilité personnelle est pleinement engagée, est de nature à protéger la santé des personnes ».
Le monopole dans la concurrence
Dans ce but, les officines devront adopter une logique d'efficience pour démontrer leur valeur ajoutée. Elles devront se restructurer pour répondre aux besoins de la population et pourront - si le besoin s'en fait sentir - se regrouper, notamment dans les zones à forte densité, ajoute-t-elle. Il s'agit pour les officinaux d'atteindre une masse critique suffisante de manière à assurer un service de qualité : « Pour lever toute ambiguïté sur une éventuelle collusion entre l'impératif du monopole et une logique de profits qui imposerait ses diktats au détriment du patient, il conviendra de mieux intégrer les exigences de transparence et de concurrence dans le circuit pharmaceutique ».
Pas de libre service OTC
Afin de mettre un terme aux « stupidités » qui ont découlé de sa prise de position en faveur d'une médication officinale, Roselyne Bachelot a choisi de remettre les pendules à l'heure : « Si je souhaite autoriser la mise à disposition des médicaments de prescription facultative devant le comptoir, c'est précisément pour valoriser le conseil pharmaceutique associé et éviter la mise en vente de médicaments dans les supermarchés. La notion de libre service est totalement inadéquate. Dans ce cas de figure, le rôle conseil du pharmacien paraît encore plus fondamental et indissociable du bon usage du médicament. Et plus particulièrement lorsqu'il ne fait pas l'objet d'une prescription médicale. Le pharmacien est maître chez lui, sur l'ensemble du territoire de son officine et pas seulement derrière le comptoir ». A noter cependant que les conditions et les modalités de mise en œuvre de cette médication officinale restent encore à définir...
Jonathan Icart