Leem Recherche : Eviter que la France décroche davantage encore

Pour lancer le dialogue autour du médicament et amorcer une semaine qui lui sera consacrée sur l'ensemble de l'Hexagone, du 15 au 21 octobre, le Leem a réuni cette semaine à l'Institut Pasteur, des représentants de la recherche pharmaceutique, issus du monde privé comme des institutions publiques. Un Forum qui a été centré sur le thème de « l'innovation santé en 2015 ». Roselyne Bachelot, ministre de la santé, est venue clôturer les débats et donner sa vision de l'avenir de la branche.
Trois tables rondes et pas moins de 15 intervenants, tous experts dans leur domaine respectifs, le programme ambitieux organisé par le Leem Recherche, association paritaire entre les industriels du médicament et de la biotechnologie et les organismes publics, a tenu ses promesses. Il fallait une impulsion forte pour une semaine consacrée au médicament. La réunion organisée à l'Institut Pasteur aura donné un puissant coup d'envoi aux débats qui se tiendront dans l'ensemble de l'Hexagone en lançant la balle très loin. « Bienvenu en 2015 ! » fut le thème sur lequel Christian Bréchot, directeur général - sur le départ après un mandat de sept ans- de l'Inserm ouvrit une matinée largement focalisée sur les conditions de la réussite de la R&D en France, suivie d'une après midi axée plus largement sur les innovations en santé, leurs leviers et leurs impacts.
Christian Lajoux a, au préalable, planté le décor et dressé un constat qu'il juge « inquiétant » sur la recherche en sciences du vivant au pays de Pasteur, de Jean Bernard et de Jacques Monod. « La France ne tient pas ses engagements pris à Lisbonne » a rappelé le patron du Leem, le pourcentage qui devait atteindre 3 % en 2010 stagnant pour l'heure à 2,2 % du Pib. Plus grave, « la France décroche » et perd du terrain face à ses principaux compétiteurs européens ou internationaux. « Les budgets sont en peau de chagrin » alors que « la capacité d'un pays à innover est un des facteurs essentiels de sa compétitivité », a poursuivit Christian Lajoux.
Le tableau posé, les signaux d'avertissement lancés, le président du Leem a appelé les Pouvoirs publics à mettre en œuvre une politique offensive en faveur des sciences du vivant. Il a ainsi demandé « un engagement ferme et affiché en faveur des biotechnologies, dans une démarche de rupture avec le passé » pour redresser les retards pris par rapport à d'autres pays. Il a ensuite appelé à favoriser l'attractivité de la France pour les investissements en R&D des groupes internationaux, qui ont délaissé l'Hexagone en faveur d'autres régions en Europe, telle l'Ecosse. Enfin, le patron du Leem a redemandé, comme il le fait depuis avril dernier, à ce que le conseil stratégique des industries de santé (CSIS) soit réactivé et mette dès 2008 l'investissement dans les sciences du vivant au cœur de son programme. « De cette impulsion au plus haut niveau de l'Etat dépend largement le maillage industriel de notre territoire, tant en terme de recherche et développement que de mutations de la production face aux nouvelles concurrences », a conclu Christian Lajoux. Il ne manquait à ce long plaidoyer que quelques engagements plus concrets et offensifs de la part des industriels eux-mêmes. Ils n'auront pas été annoncés pour cette journée de lancement de la « semaine du médicament ». Peut-être le seront-ils à son terme.
Un soutien normé
Roseline Bachelot-Narquin, ministre de la Santé, a précisé, à l'issue du colloque sur la recherche et l'innovation, ses orientations en la matière en affirmant que « sans conteste », l'innovation devait être soutenue, à double titre, pour les patients, mais aussi pour favoriser notre compétitivité. Dans la perspective de la future présidence française de l'UE, la ministre a souligné vouloir faire preuve de « créativité et d'audace » en affirmant vouloir y porter demain quelques projets innovants. « Nous ne pouvons pas nous payer le luxe de la frilosité et du repli » a lancé celle qui entend « avancer au coude à coude pour espérer maintenir et renforcer l'attractivité de notre pays ». Mais, car il y eut un « mais » à ses propos volontaristes : Roselyne Bachelot a vite ramené son auditoire, bercé une journée durant par les promesses de demain, aux réalités du moment. En soulignant une fois encore les conclusions du récent rapport de la Cour des Comptes sur le niveau élevé de la consommation de médicaments en France, elle a interrogé les industriels et chercheurs sur la réelle adéquation de ces dépenses pharmaceutiques aux besoins des Français. Une question que la ministre a qualifiée de « structurante » dans la politique qualitative - et non comptable - qu'elle entend mener. Les économies seront donc aussi à l'ordre du jour, « la flambée des prix des nouveaux médicaments obligeant au pragmatisme et contraignant d'en rationnaliser scientifiquement l'usage ». L'accès rapide aux innovations sera donc favorisé, mais en ciblant mieux les bénéficiaires pour en tirer un « réel bénéfice ». Un soutien au total que la ministre de la Santé souhaite « normé par les seuls impératifs de santé publique ». Les objectifs, pour ambitieux qu'ils apparaissent, resteront donc, maîtrise des dépenses oblige, contraints par les impératifs budgétaires du moment.