Actualité publiée sur le site
Octobre 2007

La pharmacogénétique, premier pas vers la médecine personnalisée

Un séminaire européen organisé par le Conseil de l'Europe, le ministère de la Santé et l'Agence de la Biomédecine, qui s'est tenu le 2 octobre à Paris, a permis de mettre à plat les enjeux et perspectives de la pharmacogénétique, discipline émergente consistant à étudier les facteurs génétiques ayant une influence sur la réponse de l'organisme d'un individu à un traitement médicamenteux.

Associer traitement et diagnostic

Le constat d'une très grande variabilité de la réponse à un médicament, en termes d'efficacité et de toxicité, est loin d'être neuf. L'avènement des technologies de criblage à haut débit à partir des années 80 et la connaissance du génome humain ont facilité l'établissement d'un lien entre cette variabilité de réponses et la variabilité génétique des individus, qui commence aujourd'hui à trouver ses applications en clinique.

L'un des objectifs de l'approche pharmacogénétique est d'identifier la ou les sous-populations chez qui un traitement va se révéler à la fois actif et non toxique. Cet objectif est illustré par le succès de l'Herceptin® (trastuzumab) de Roche, traitement du cancer du sein destiné aux femmes dont la tumeur surexprime le gène HER2, soit environ un quart des femmes atteintes d'un cancer du sein. Selon Eric Abadie, président du Comité des produits médicaux à usage humain (CHMP) de l'EMEA, les applications actuelles de la pharmacogénétique concernent surtout les thérapies anticancéreuses et ne représentent que 2 % du total des demandes d'AMM. Klaus Lindpaintner, directeur de Roche Génétique, considère comme essentiel de progresser vers une médecine individualisée. L'approche pharmacogénétique, en augmentant la probabilité d'obtenir l'approbation de nouveaux médicaments auprès des autorités régulatrices, permettrait en effet d'accélérer la mise à disposition de ces traitements auprès des patients. Elle implique toutefois d'accompagner le développement du médicament par celui d'un test de diagnostic.

Exclusion des patients et coût-efficacité

Les implications d'ordre éthique et économique apparaissent toutefois comme des enjeux majeurs de l'avènement de la pharmacogénétique. Une première difficulté non résolue et pourtant primordiale vient de la détermination de la part de la variabilité génétique d'un individu dans la variabilité de la réponse au traitement. L'analyse génétique ne permet pas en effet de classer les patients en deux groupes distincts de « répondants » à 100 % et de « non-répondants », mais plutôt en sous-groupes de patients parmi lesquels le taux de global de réponse est plus ou moins élevé. Elle pourrait ainsi exclure un patient que son patrimoine génétique désignerait comme a priori non répondant, alors que rien ne permet de l'affirmer de façon définitive.

En lien avec cette problématique se pose aussi la question du rapport coût-efficacité, jugée cruciale par Carine Camby, directrice générale de l'Agence de la Biomédecine. Est-il plus « coûteux » d'administrer un traitement à tous les malades - avec un taux global d'efficacité faible ou moyen - ou de développer un test et de n'administrer le traitement qu'à une sous-population de patients, avec cette fois un taux d'efficacité plus important ? Jusqu'à présent, cet aspect n'a été évalué ni par les autorités réglementaires ni par les industriels. Les médicaments issus d'une approche pharmacogénétique devront pourtant faire la preuve d'un rapport coût-efficacité favorable avant de parvenir à s'imposer plus largement dans la pratique clinique.

Julie Wierzbicki
Rechercher
Dans l'actualité
publiée sur le site