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Octobre 2007

Arémis analyse la nouvelle géo-économie du médicament 

Les bouleversements qui traversent la pharmacie mondiale ne sont pas sans conséquence pour son environnement. Claude Le Pen et Annie Chicoye (1) dressent le panorama des mutations.

La tendance est bien au ralentissement de la croissance de la pharmacie mondiale. Tous les analystes de la branche s'accordent sur ce fait. Le Pr Claude Le Pen souligne pour se part ce qu'il appelle la « nouvelle géo-économie du médicament », caractérisée à la fois par le ralentissement enregistré dans les pays développés et par la croissance soutenue dans les pays émergents, qui contribuent désormais plus à la croissance globale que l'Europe de l'Ouest. Un phénomène appelé à s'accentuer avec la mise en place progressive de systèmes de protection sociale dans ces régions qui connaissent des croissances économiques soutenues.

Un marché tiré par les spécialités

Mais d'autres bouleversements sont également en cours : le marché, qui était homogène, se tend de plus en plus entre d'un côté les produits de spécialités au coût élevé et de l'autre les génériques. Les premiers tirent largement la croissance et les anticancéreux vont devenir, pour la première fois en 2007, la première classe thérapeutique. Or, l'économie des produits de spécialités est différente de celle des autres médicaments, avec notamment des volumes relativement faibles et maîtrisés, des prix internationaux, une évolution de l'hôpital vers la ville, une protection plus forte contre les génériques. A l'opposé, l'essor des génériques bouleverse aussi les règles du jeu avec, par exemple, le rôle désormais clé tenu par le pharmacien.

Ménage à trois

Claude Le Pen a par ailleurs tenu à souligner l'apparition non anecdotique sur la scène pharmaceutique mondiale de fondations telles que les fondations Bill Clinton ou Bill Gates. Ainsi, « du jour au lendemain, la fondation Bill Gates a financé un tiers de la recherche dans le domaine du vaccin contre le sida ». Ces fondations brassent des milliards de dollars et, en définissant leurs stratégies de soutien, vont avoir un impact pour l'industrie pharmaceutique qui va être amenée à travailler avec elles. On assiste donc à l'apparition d'un nouveau « ménage à trois » entre gouvernements, industrie et fondations, schéma  très différent de celui de la régulation traditionnelle.

Innovation incrémentale versus blockbuster

Après avoir rappelé les autres bouleversements en cours, notamment l'éclatement du circuit de distribution traditionnel (essor des importations parallèles et des ventes directes), l'évolution inévitable des officines (régulation géographique renforcée et pression renforcée de Bruxelles pour l'ouverture du capital), la hausse attendue du « self-care » (prise en charge du patient par lui-même), Claude Le Pen et Annie Chicoye sont revenus sur l'innovation et les vaccins et anti-infectieux qui constituent selon eux les grands enjeux de demain. Ils se sont également attardés sur ce qu'il est convenu d'appeler l'innovation incrémentale. « On a toujours privilégié de manière unilatérale la logique du blockbuster en considérant que c'était la vraie innovation, plus d'ailleurs parce qu'il y avait nouveau concept que nouvel apport pour le patient. Mais il existe d'autres processus d'innovation ». Ainsi, du point de vue du patient, des améliorations incrémentales (galéniques notamment) peuvent être très bénéfiques, et même avoir un bénéfice supérieur à celui apporté par un blockbuster. Les débats sont sans fin et il revient évidemment aux pouvoirs publics, en dernier ressort, d'effectuer des choix parmi les innovations qui leur sont présentées. Une meilleure observance des traitements grâce à des innovations galéniques constitue un enjeu important qui ne peut cependant pas être mis de côté.

Valérie Moulle

 

(1) de la société Aremis Consultants, rachetée par IMS Health en juillet 2007.

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