Distribution du médicament en Europe : Le Girp lance un avertissement
Le « modèle » anglais de distribution du médicament lancé au Royaume-Uni par Pfizer et relayé par d'autres big pharma suscite de nouvelles réactions de la part des répartiteurs européens réunis au sein du Girp.
La guerre des communiqués est lancée entre le Groupement international de la répartition pharmaceutique européenne (Girp) et le grossiste répartiteur Alliance Boots dont l'ancienne filiale Alliance Unichem (intégrée depuis dans le nouveau groupe en juillet 2006) a signé au printemps dernier un contrat avec Pfizer UK pour une distribution exclusive de ses médicaments auprès des officinaux, des hôpitaux et des médecins du National Health Service (NHS).
Dans un premier temps, Alliance Boots a annoncé, le 22 juin dernier, son retrait du groupement européen, où Ornella Barra, directrice des ventes en gros et des affaires commerciales, siégeait en qualité de membre du Comité exécutif. Cette dernière motive alors sa décision en avançant « l'incohérence de la position de l'association par rapport aux nouvelles tendances du marché ». Un marché sur lequel des groupes comme AstraZeneca ou encore Novartis affichent progressivement leur préférence pour de nouveaux modes de distribution directe au pharmacien (DTP). Objectif sous-jacent visé : réduire les coûts de la distribution de leurs produits ainsi que le commerce parallèle intra-européen des médicaments, qui, part ailleurs, favorise l'introduction de contrefaçons dans les circuits de la répartition. En parallèle, Alliance Boots critique les « insuffisances de corporate governance » du Girp. « Les laboratoires pharmaceutiques attendent des distributeurs des services nouveaux et innovants et nous nous sommes efforcés de répondre à leurs attentes », explique plus longuement Ornella Barra en invitant le groupement à s'adapter et à lancer une réflexion sur le sujet.
Réserver l'économie du secteur
Du côté du Girp qui a récemment tenu à Genève son congrès annuel (1), son président, René Jenny, relance le débat le 26 juin au cours de la réunion du « Forum Pharmaceutique » à Bruxelles. « Le système courant pour assurer l'accès aux médicaments s'enracine dans le principe de solidarité, où les produits avec des marges plus élevées subventionnent la distribution des médicaments dont les marges sont si basses que la distribution et le stockage de ces derniers ne seraient économiquement pas viables », note le président, pour qui la péréquation entre les premiers et les seconds doit pouvoir perdurer pour préserver l'économie générale du secteur. Reste que les récents accords de DTP qui ont pris naissance au Royaume-Uni inquiètent les membres du Girp qui voient un nombre croissant de laboratoires s'intéresser à cette nouvelle approche. « Ces mouvements tendent à déséquilibrer le bon fonctionnement du système qui prévoit l'approvisionnement en continu de tous les médicaments aux patients en Europe », commente René Jenny, pour qui les nouveaux modes de distribution en direct réduiront la flexibilité, la compétition et le libre choix des officines par les patients.
Soucieux de maintenir de bonnes relations avec les fournisseurs que sont les laboratoires et surtout enclin à éviter toute déclaration de guerre aux tenants du nouveau modèle dans les rangs même de la répartition, le président du Girp rappelle une fois encore sa vision de la distribution dans un souci d'apaisement. « Nous (Girp) ne sommes pas opposés au changement. Toutefois, nous suggérons les approches moins révolutionnaires qui ne mettent pas en danger l'approvisionnement continu en toutes les médicaments », conclut le président. A défaut, les bas prix des médicaments essentiels distribués devront être relevés, leur coût de distribution ne pouvant plus être pris en charge par les acteurs du secteur de la répartition. L'avertissement est lancé aux autorités en charge de la santé dans les différents pays de l'Union Européenne.
Jean-Jacques Cristofari
(1) Cf. « Un congrès sur fond de mutations de la répartition », 19 juin 2007