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Juin 2007

Un congrès sur fond de mutations de la répartition

Le Girp, qui rassemble l'ensemble des acteurs de la répartition pharmaceutique européenne (600 grossistes full liner sur 31 pays, 140 000 salariés) a réuni ses instances le 18 juin à Genève pour un 48ème congrès annuel focalisé sur les services à valeur ajoutée du secteur. Le nouveau mode de répartition de Pfizer au Royaume-Uni s'est également invité aux débats.

René Jenny, ancien responsable chez le répartiteur suisse Galenica et qui préside depuis deux ans aux destinées du Girp, a été reconduit dans ses fonctions lundi 18 juin pour un second mandat. Le président a avancé vouloir poursuivre, sur les deux années de sa présidence à venir, la promotion d'un meilleur accès à tous les médicaments, la lutte contre les médicaments contrefaits, les travaux vers un marché unique du médicament en Europe ainsi qu'une meilleure communication incluant la confiance entre les partenaires de la chaîne d'approvisionnement. Il a également confirmé vouloir promouvoir et protéger le rôle vital de service public et la fonction des grossistes répartiteurs.

« Les grossistes répartiteurs sont les principaux contributeurs non visibles à la santé en Europe », a indiqué le président du groupement en soulignant combien les activités de ces derniers « se passent derrière la scène » » « Nos activités relèvent largement du « BtoB » qui est ensuite rattaché à la complexité du secteur », a poursuivi ce dernier, en estimant indispensable de renforcer les « fonctions vitales de service public » de ses membres. « Nous ne saurions mettre en danger cette fonction en autorisant une compétition inéquitable de la part de compagnies qui ne commercent que de gros volumes en vue de profits élevés », a assuré René Jenny. Le ton est donné pour l'avenir d'un secteur qui s'inquiète des stratégies adoptées depuis quelques mois par certaines big pharma sur le continent européen.

Car en toile de fond des débats a plané le spectre du récent accord entre Pfizer UK et Alliance Unichem - devenu Alliance Healthcare), le leader mondial du médicament ayant, Outre Manche, confié depuis mars dernier l'ensemble de la distribution logistique de ses produits sur le marché anglais à la seule filiale anglaise du répartiteur européen, au grand dam des autres opérateurs qui ont vivement protesté contre ce nouveau « modèle » (cf. Pharmaceutiques, avril 2007) tout en refusant de répondre à l'appel d'offre initialement lancé par Pfizer. Le « DTP » (Direct to pharmacists), très présent dans les esprits, s'est ainsi invité à un congrès que le principal grossiste concerné, le groupe Alliance Healthcare, a choisi de boycotter après avoir remis sa démission du groupement peu de temps avant la rencontre genevoise.

« Notre secteur a évolué à une vitesse inimaginable durant ces dernières années et nous avons vu d'énormes changements, tel le processus d'intense consolidation qui a été considéré comme un des principaux trends structurels de la période récente », a commenté le président du Girp qui a rappelé les mouvements d'intégration horizontale croissante qui a modelé le secteur de la distribution. « Nous avons également observé les changements majeurs qui se sont déroulés en Grande-Bretagne, qui ont rencontré une intense opposition, non seulement de la part de grossistes répartiteurs affligés, mais aussi du côté des pharmaciens, des médecins pro-pharmaciens, des politiques etc. ». Face à ce dossier pour le moins épineux (AstraZeneca aurait depuis suivi la même voie que Pfizer en vue d'une distribution de ses produits par un autre répartiteur, Novartis étudie également la possibilité de le faire...), René Jenny a souhaité jouer l'apaisement et a annoncé vouloir faire avancer une réflexion à l'intérieur du GIRP afin d'analyser comment son association doit répondre aux développements en cours. « Je ne souhaite pas actuellement faire de commentaire supplémentaire, mais il est urgent qu'un vrai débat focalisé sur cette question se tienne aussi vite que possible », a-t-il encore précisé. Le groupement attend notamment les conclusions d'une étude entreprise par l'Office of Fair Trade (OFT) auprès duquel les répartiteurs anglais ont porté l'affaire en début d'année. Pour l'heure, le président du Girp en appelle « à tous les acteurs, répartiteurs, fabricants, pharmaciens, autorités de santé et autres représentants pertinents à se rassembler en vue d'un débat ouvert et franc, dès que possible, sur la manière dont les médicaments seront adressés aux patients à l'avenir ». « Si des débats et réflexions appropriés ne se tiennent pas, nous atteindrons une situation où notre destinée sera décidée par quelques compagnies multinationales privilégiées », a conclu le président du groupement. Aucune action concertée n'a été décidée lors de la tenue de ce congrès, malgré certaines demandes d'adhérents européens, la présidence du groupement des répartiteurs préférant pour l'heure jouer la montre en attendant que d'autres décisions soient prises.

Le Girp a par ailleurs souligné sa volonté de poursuivre la lutte contre les médicaments contrefaits, un risque qu'il considère très sérieusement et qu'il invite à prendre en compte dans ses rangs, notamment et plus particulièrement dans ceux des opérateurs du commerce parallèle. Enfin, le groupement s'est prononcé pour un marché unique du médicament en Europe. « Les fabricants devraient pouvoir fixer leurs prix de marché (post-production) avant toute décision individuelle d'un Etat membre sur son remboursement », note le Girp. « Tous les patients de l'UE pourraient ainsi s'assurer d'une mise à disposition immédiate des médicaments de pointe ». Les répartiteurs français étaient représentés lors des débats sur l'avenir du secteur de la répartition par Alain Roudergues, secrétaire général du CERP Rouen.

J-J. Cristofari
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