Santé-recherche : mobilisation réussie pour le Leem
Mercredi 4 avril à la Mutualité : près de 1000 personnes se sont pressées pour assister au débat « Pour une ambition nationale de santé ». De toute évidence, le Leem a réussi son double pari : se faire entendre dans la campagne électorale et convaincre du caractère stratégique de l'industrie pharmaceutique. La publication de son « Manifeste » et les multiples interventions de son président Christian Lajoux, ont eu l'écho que les industriels recherchaient depuis longtemps à obtenir. Mercredi soir, en faisant salle comble avec une affiche bien remplie, le Leem a fait la preuve de sa force politique. Sur le plateau, les représentants de l'UMP, les députés Jean-Michel Dubernard et François d'Aubert, et côté socialiste, le député Jean-Marie Le Guen. Pour l'UDF, l'ancien ministre des Finances Jean Arthuis et l'économiste Christian Saint-Etienne. Au « milieu », le président du CNPS, le Dr Dinorino Cabrera. Tous invités à s'exprimer sur un thème central : l'état de la recherche publique en France dans les cinq ans venir.
En pleine campagne, est-il encore raisonnable d'attirer l'attention des candidats ou de leurs représentants sur les « nombreux clignotants », selon l'expression de Christian Lajoux, qui s'allument actuellement dans l'environnement économique de l'industrie ? Evidemment, le caractère politique du dossier santé - qui, enfin, fait irruption dans la campagne avec les propositions controversées de Nicolas Sarkozy - plaide en faveur de l'ouverture du chapitre « Recherche ». A quelques semaines du premier tour, tous les orateurs étaient d'accord ou presque pour déplorer ce que Jean-Marie Le Guen appelle « l'effondrement des finances sociales ». Tous confirment également que les moyens manquent pour développer une véritable politique de recherche, mais ils ne sont pas tous aussi généreux que François Bayrou qui prévoit une augmentation des crédits de 10 % par an. François d'Aubert n'avait aucun mal à convaincre lorsqu'il s'interrogeait sur la nécessité pour la France de « rester dans la course » dénonçant notamment « la faiblesse notoire de la recherche fondamentale ». L'économiste Christian Saint-Etienne avait quant à lui une jolie formule pour qualifier l'industrie pharmaceutique traitée, selon lui, comme une « industrie ancillaire ». Qui aurait besoin, dixit Jean-Marie Le Guen, d'être « remusclée ». Dinorino Cabrera, pour sa part jamais à court d'une formule qui claque, se demandait si la santé, aujourd'hui, n'était pas traitée comme une « danseuse ».
Le mot de la fin revenait donc à Christian Lajoux, le maître de cérémonie : « Les entreprises sont prêtes à assumer leurs responsabilités pour repenser le modèle du progrès thérapeutique des années 2010/2020 ». « Les industriels, affirmait-il, sont d'accord pour jouer leur rôle à la condition que soit mise en place une régulation efficace et respectueuse de nos logiques économiques, assurant la visibilité nécessaire à nos entreprises ». En clair, le patron du Leem qui ne dédaigne pas l'usage des formules, réclamait « une politique de la longue vue » et la suppression de celle du « cutter ». A-t-il été entendu ? Sans nul doute. Le sera-t-il encore dans quelques mois? A voir.
Hervé Karleskind