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Mars 2007

Boehringer Ingelheim, une réussite familiale à l'allemande

Avec un revenu après impôts en hausse de 14 % à 1,73 milliard d'euros et des ventes à 10,57 millions d'euros (+11 %), Boehringer Ingelheim se porte comme un charme. Peu touché par la réforme allemande sur la santé et la fusion Bayer-Schering, le groupe continue sur sa lancée et affiche une croissance supérieure à celle du marché pour la 7e année consécutive.

Boehringer Ingelheim fait toujours figure de marginal dans l'univers des Big Pharma. Et même, il revendique son modèle et affirme qu'il est à l'origine de sa réussite. Au 15e rang mondial avec environ 2 % de parts du marché pharmaceutique, le groupe allemand est le premier groupe familial pharmaceutique non coté en Bourse. Une originalité qui lui donne une indépendance unique. La famille Boehringer détient plus de 98 % du capital mais laisse le soin à l'executive board de mener la barque. Le groupe a aussi pour originalité d'être dirigé de main de maître par l'italien Alessandro Banchi. Et ça marche puisque la firme affiche une bonne santé en dépit d'un environnement menaçant.

Contrairement à nombre de ses concurrents, Boehringer assure un flot continu de nouveaux produits, est peu touché par les lancements de génériques et semble passer entre les gouttes des difficultés liées à la pression du gouvernement sur les dépenses de santé et aux importations parallèles. Pour Alessandro Banchi, le succès du groupe est aussi à mettre sur le compte de ses médicaments, plébiscités par patients et médecins. Spiriva® (tiotropium), son médicament vedette dans la BPCO, a aidé plus de 6 millions de personnes en 2006 et atteint 1,7 milliard d'euros de ventes (+45 %). Micardis® (telmisartan) a été utilisé par plus de 4 millions de patients atteints d'hypertension et a rapporté 967 millions d'euros (+34 %). La tamsolusine, indiquée dans le traitement des signes et symptômes de l'hyperplasie bénigne de la prostate, (connue selon les pays sous les noms commerciaux d'Alna®, Flomax® et Pradif®) voit ses ventes croître de 28 % à 922 millions d'euros.

Ventes boostées

Ses trois blockbusters - une première dans le pipeline du groupe allemand - boostent les ventes globales à 10,57 millions d'euros, tout comme les lancements effectués en 2006 : Spiriva® en France, Cymbalta®/Xeristar® (duloxétine) et Aptivus® (tipranavir). Une nouvelle indication pour Sifrol® (pramipexole), approuvé d'abord pour le traitement des signes et symptômes de la maladie de Parkinson idiopathique, comme monothérapie ou en association avec la lévodopa, et récemment pour le syndrome des jambes sans repos, lui font faire un bond de 23 % de ses ventes, soit 536 millions d'euros. Quant au bronchodilatateur Combivent® (salbutamol et ipratropium), ses résultats sont tout aussi honorables avec une hausse de 20 % à 671 millions d'euros.

Concentré sur les médicaments de prescription, qui représentent 80 % de ses ventes, la firme allemande se félicite de la croissance de cette activité. Les produits de médication familiale se portent bien également, avec une légère progression à 1,1 milliard d'euros de ventes, tandis que les produits vétérinaires sont en hausse de 4 % à 374 millions d'euros. Les génériques ne font toujours pas partie de sa politique de développement.

Porte-monnaie garni

Les Etats-Unis restent la région du monde où les meilleures ventes sont enregistrées, avec à nouveau une progression de 21,5 % du chiffre, tandis qu'il s'améliore de 7 % en Europe et de 5 % dans la région AAA (Asie, Afrique, Australie). « Nous sommes dans une situation confortable puisque nous sommes capables d'assurer notre indépendance et de financer des produits issus d'autres entreprises pharmaceutiques pour les ajouter à notre pipeline et pour compléter notre développement. », remarque le Pr Marbod Muff, en charge de la division finances et ressources humaines au sein du conseil d'administration. Car Boehringer peut aussi se targuer de posséder un porte-monnaie bien garni : 4 milliards d'euros de fonds disponibles et un flux de trésorerie en hausse de 12 % à 2,3 milliards. D'ailleurs, et malgré une politique davantage tournée vers le développement interne, le porte-monnaie s'est allégé l'an passé après que Boehringer se soit offert les droits Zantac® (ranitidine) en octobre dernier pour la modique somme de 510 millions de $. Il s'agit d'un produit d'automédication contre les ulcères. Il faisait partie de la division grand public de Pfizer, alors en cours de cession à J&J. Les autorités américaines de la concurrence avaient exigé la vente de ce médicament, parmi d'autres conditions, pour que J&J puisse racheter l'OTC de Pfizer.

Ces bons résultats permettent au groupe d'augmenter ses effectifs : +6 600 personnes en quatre ans, soit +21 %. Une situation bien différente des dernières vagues de licenciements qui ont marqué l'industrie pharmaceutique.

Pipeline prometteur

Tout n'est pourtant pas parfait. Ainsi, l'un de ses produits-vedettes, Mobic® (meloxicam), vient de perdre son brevet américain, entraînant une perte de 32 % à 579 millions d'euros. Cet AINS a eu un succès mondial à partir de 2004, après le retrait du Vioxx® (rofécoxib) et des conséquences sur l'autre inhibiteur des COX-2 Celebrex® (celecoxib), et cela sans promotion ou presque. La générication de Mobic® est finalement bien amortie par Boehringer.

Au chapitre des perspectives, le groupe pharmaceutique reste particulièrement confiant, continuant à miser sur son modèle familial et non boursier, et sur un pipeline de produits en développement particulièrement prometteur, en particulier en oncologie.

D'autre part, Boehringer continue à développer les accords de licence et de co-promotion, en particulier en biotechnologie. Il peut se vanter d'avoir investi près de 1,6 milliard d'euros dans sa R&D en 2006, soit 16 % de plus qu'en 2005. Une recherche qui donne des résultats puisqu'il compte lancer en 2007 Spiriva® associé à son nouveau dispositif d'inhalation Respimat®. Le dossier d'enregistrement pour l'anticoagulant dabigatran a été déposé en Europe et de larges études cliniques sont en cours, en phase III pour dabigatran, en phase IV pour Spiriva®, Micardis® et Aggrenox® (aspirine et dipyridamole), dont les premiers résultats sont attendus pour 2008. « Nous espérons continuer à croître plus vite que le marché », sourit Alessandro Banchi.

Mélanie Mazière
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