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Février 2007

France : l'automédication décolle enfin

Déremboursements certes, mais changement des mentalités et des comportements en France surtout, clame l'Afipa. Depuis des années que le marché de l'automédication stagne, voire régresse, les données 2006 d'IMS Health apportent un rayon de soleil aux défenseurs de l'OTC : le marché grimpe de 8,4 % en volume et de 8,8 % en valeur.

L'Afipa (Association française de l'industrie pharmaceutique pour une automédication responsable) affichait un sourire radieux vendredi dernier. Car la présentation des résultats du marché de l'automédication en 2006 en France est franchement positive, ce qui n'a pas été le cas pendant plusieurs années. L'an dernier encore, on peinait à trouver un rayon  de soleil dans les données sur l'automédication.

Cette fois, avec une hausse de 8,8 % en valeur et de 8,4 % en volume (406 millions de boîtes écoulées - soit 31 millions d'unités en plus - pour 1,8 milliard d'euros), le marché semble en bonne voie pour suivre la tendance européenne. La France reste en retard sur ses voisins, car l'écart a eu le temps de se creuser. En 2005, les Français dépensaient en moyenne 26,84 euros dans les médicaments d'automédication, alors que les Polonais y consacraient 30,88 euros, les Anglais 43,61 euros, les Italiens 46,96 euros, les Allemands 60,61 euros... Compris au sens large, les médicaments d'automédication sont ceux à prescription médicale facultative (PMF), donc ceux que chacun peut se procurer directement à l'officine sans prescription médicale. Mais il n'est pas interdit aux médecins de prescrire ces médicaments à PMF. Résultat, sur 1,4 milliards d'unités de médicaments à PMF vendus en 2006, 68 % l'ont été par le biais d'une prescription médicale... Quant à la prescription médiale obligatoire, (PMO), c'est toujours le secteur des plus fortes ventes, avec un poids conséquent en 2006 : 24,2 milliards d'euros et 1,8 milliard d'unités vendues. Pour autant, le secteur de la PMF gagne chaque année du terrain en termes de croissance, celle-ci affichant un tout petit 0,3 % en 2000 pour terminer à 6 % en 2005. Parallèlement, la PMO était de 9,9 % en 2000 et s'affiche en 2005 à 7,3 %.

Impact des déremboursements

Les nouvelles sont bonnes pour l'Afipa, qui se réjouit d'avance des promesses gouvernementales en faveur de l'automédication. Après la remise du rapport Coulomb sur le sujet, le ministre de la Santé a demandé au groupe de travail de continuer son étude pour lui présenter des propositions de mise en œuvre concrètes. Xavier Bertrand pourrait prendre des décisions allant dans le sens de l'Afipa dès la fin du mois de février. Une prise de position réclamée de longue date par l'association qui se félicite déjà des changements opérés dans les consciences françaises.

« Pour la première année, on renoue avec la croissance grâce à des marques fortes et grâce à l'arrivée de nouveaux produits dans le champ de l'automédication via les déremboursements de mars 2006 », rappelle le président de l'Afipa, Eric Maillard. Impossible de faire l'impasse sur l'impact de ces déremboursements. Il s'agit de la 2e vague annoncée par l'Etat. Elle a pour particularité de ne concerner que des médicaments à PMF. « Il faut rappeler que cette 2e vague concerne le déremboursement total de 309 médicaments, soit 175 molécules, concernant 39 classes thérapeutiques, réparties entre 80 laboratoires. Sur ce périmètre, nous avons comparé les périodes allant de mars à décembre en 2005 et 2006 et nous constatons une perte de 106 millions d'unités totales, un recul des ventes en volume de 61 %, un recul du chiffre d'affaires de 50 %, une baisse du poids de la prescription de 88 % à 56 % et parallèlement une augmentation du poids de l'automédication de 12 % à 44 %, avec une croissance de 44 % », énumère Dominique Perrot, responsable de l'activité consulting d'IMS Health.

Des médicaments de forte notoriété

Ainsi, l'automédication profite en partie de cette vague de déremboursement, mais seulement en partie, d'autant que « pour 12 unités qui ne sont plus prescrites après les déremboursements, on en retrouve une seule achetée en automédication », note Pascal Perrot. Reste que les deux tiers de la progression du marché OTC (over the counter) sont « liés à la propre dynamique du marché puisqu'il s'agit de produits qui n'étaient pas remboursables avant la vague de déremboursement », explique Pascal Voisin, d'IMS Health. Cette fois, la croissance du marché est soutenue par des médicaments « déjà présents sur le marché et dont les marques sont fortement implantées et de forte notoriété », en particulier des antalgiques et des sédatifs, cette classe ayant subi un déremboursement presque total et ayant fait l'objet d'un travail des laboratoires sur le packaging. En volume, l'augmentation de la vente de sédatifs est ainsi de 47,5 %. En considérant le marché de l'OTC stricte (médicaments à PMF non prescrits et non remboursables), les médicaments pour les voies respiratoires sont les plus prescrits en volume et progressent de 12,7 %, « grâce à l'arrivée de Bronchokod® (carbocistéine) sur ce marché déjà fort ». Quant aux substituts nicotiniques, dont l'évolution est de +10,2 % en 2006, ils vont certainement progresser de manière exponentielle les prochains mois avec la mise en place graduelle de l'interdiction de fumer dans tous les lieux publics.

Changement des mentalités

« Nous constatons donc une véritable responsabilisation du patient, acteur dans l'achat de ses médicaments. C'est particulièrement flagrant avec les produits pour la circulation, qui évoluent à +10,5 % alors qu'ils sont déjà en OTC stricte », ajoute Pascal Voisin. « On le voit aussi en observant le top 10 des marques en chiffres d'affaire sur le marché de l'automédication. On n'y retrouve que deux médicaments remboursables. Les choses sont en train de changer, les gens se prennent en main et savent se soigner en allant directement à l'officine ».

IMS Health note cependant que les médecins continuent majoritairement à prescrire des produits qui ont été déremboursés et qui entrent  dans le domaine de l'OTC. Ainsi, « 8,5 % de la PMF non remboursable » est prescrite, le changement des mentalités concerne donc aussi les médecins. C'est un point positif pour l'Afipa qui estime essentiel que tous les professionnels de santé soient impliqués dans l'automédication.

L'association souligne ainsi qu'en 2006, trois médicaments sur quatre achetés en automédication sont des antigrippaux, un sur deux des anti-diarrhéiques, un sur trois des antitussifs, un sur quatre des antalgiques... A cela s'ajoute la dynamique des sevrages tabagiques. Néanmoins, la France va devoir accélérer le mouvement pour rattraper les autres pays européens, sa part d'automédication ne représentant que 7 % du marché total du médicament en ville, contre 14 % en Allemagne ou 15 % en Espagne... « On connaît le succès des campagnes pour le générique ou pour limiter la consommation d'antibiotiques... on attend maintenant une campagne de ce type pour l'automédication », lance Eric Maillard.

Mélanie Mazière
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