Actualité publiée sur le site
Février 2007

Gérard Le Fur, DG Sanofi-Aventis
« Nos capacités d'adaptation ne sont plus à démontrer »

Certes, Sanofi-Aventis cumule les mauvais points depuis quelques mois, mais le groupe affiche des résultats honorables pour 2006, dans un contexte difficile. Ses dirigeants se sont refusés à tout commentaire sur les rumeurs de fusion avec BMS et les décisions des autorités sanitaires, mais se félicitent de leur stratégie, leur pipeline en développement, leurs huit blockbusters... et annoncent qu'ils ne se laisseront pas faire dans les affaires judiciaires en cours.

Durant 4 h 30, Hanspeter Spek (vice-président exécutif, opérations pharmaceutiques), Wayne Pisano (vice-président senior, opérations commerciales et stratégie corporate), Jean-Claude Leroy (vice-président exécutif, directeur financier), Marc Cluzel (vice-président, opérations scientifiques et médicales), Pierre Chancel (vice-président senior, marketing global) et Gérard Le Fur (directeur général) se sont relayés au micro du palais Brongniart. Objectif : redonner confiance. Car les nouvelles défavorables se sont multipliées ces derniers mois - et ce n'est pas fini -largement retransmises par la presse.

Sans faire l'impasse sur les sujets brulants de l'actualité, Sanofi-Aventis a choisi de rappeler tous les bons points en poche, à commencer par des résultats 2006 supérieurs aux attentes. Hanspeter Spek  présente une croissance du chiffre d'affaires au 3e trimestre de 8,4 % à 7,36 milliards d'euros, tiré vers le haut par les vaccins (+30 %) et certains de ses blockbusters comme Lovenox® (enoxaparine), en hausse de 11,8 % ou Stilnox®/Ambien® (zolpidem), en hausse de 42,5 %. Le résultat net ajusté de l'exercice 2006 ressort à 7 milliards d'euros (+11,1 %), bien au-dessus des prévisions initiales du groupe qui tablait sur une progression de 2 %. La performance est à souligner car le laboratoire a dû faire face à des pertes importantes liées au lancement à risque d'une copie du Plavix® (clopidogrel) aux Etats-Unis. Si le génériqueur canadien Apotex, à l'origine de ce lancement, a été rapidement interrompu dans son élan par le juge américain qui lui a demandé d'arrêter la fabrication et la distribution de ces copies dans les officines, les trois semaines de distribution effective lui ont permis d'alimenter les pharmacies pour la durée d'un semestre. En attendant la finalité du procès pour contrefaçon qui a commencé le 22 janvier dernier aux Etats-Unis, Jean-Claude Leroy estime que le groupe sera privé d'environ 400 millions de $ de chiffre d'affaires sur 2007 sur Plavix®.

Huit blockbusters

Le 4e trimestre affiche donc une croissance soutenue de l'activité malgré cette pénalisation et l'exercice 2006 présente un bénéfice net par action (BNPA) ajusté de +10,3 % à 5,23 euros. Le chiffre d'affaires 2006 s'établit à 28,37 milliards d'euros, soit une progression de 4 %. Le groupe va plus loin en anticipant une croissance du même ordre en 2007, « et ce malgré la fin de la protection d'Ambien® IR aux Etats-Unis en avril prochain et la générification d'Eloxatine® (oxaliplatine) en Europe ».

Pour Gérard Le Fur, c'est la preuve irréfutable des capacités d'adaptation de Sanofi-Aventis, comme cela a toujours été le cas « depuis sa création il y a 34 ans ». Selon le nouveau directeur général, qui a pris la relève de Jean-François Dehecq au 1er janvier 2007 (ce dernier conservant son fauteuil de président) : « Nous avons su tirer parti du Base business, de notre développement et de nos huit blockbusters : 4 en cardiométabolisme (Lovenox®, Plavix®, Lantus® et Aproxel®), 2 en oncologie (Taxotere® et Eloxatin®), 2 en SNC (Ambien® et Copaxone®). Je ne suis pas sûr que beaucoup de sociétés puissent se vanter d'avoir dans leur portefeuille huit blockbusters ».

Gérard Le Fur soutient ainsi la stratégie menée l'année passée, à savoir « limiter les pertes aux Etats-Unis », « adapter l'outil de Sanofi aux mesures de réduction des coûts de santé de la France et de l'Allemagne » et continuer à se développer dans les autres pays. « Nous voulons offrir aux gouvernements une approche globale de médicaments comprenant des vaccins, des génériques, de l'OTC... c'est pourquoi nous nous développons très fortement sur les marchés à forte croissance mais nous faisons attention à nos dépenses dans les pays où il y a un objectif de contention de la croissance ».

Là encore, le groupe pharmaceutique apporte la preuve de ce qu'il avance en soulignant son investissement dans la R&D en 2006, en croissance de 9,5 % par rapport à 2005, à 4,43 milliards d'euros, soit 15,6 % du chiffre d'affaires. Le résultat est probant : le portefeuille compte 46 projets en phase II/III, contre 35 en février 2006. « Notre effort de R&D est très important, il suffit de comparer cette hausse de 9,5 % à la progression de notre chiffre d'affaires qui est de 4 % ».

Pas de commentaire

Le directeur général reste optimiste « mais pas naïf » et préfère s'attarder sur la réussite du groupe. « Quand une société subit quatre générification, un lancement à risque, dans un environnement difficile au niveau des dépenses de santé, elle parvient, au mieux, à une stabilité de son BNPA, au pire à une décroissance... pas nous ! »

Malgré ce fort enthousiasme, Sanofi-Aventis ne peut taire la décision de la FDA lundi soir de repousser, une fois encore, l'approbation ou non d'Acomplia® (rimonabant). Le groupe espère désormais pouvoir enregistrer son traitement contre l'obésité aux Etats-Unis, à la mi-2007. Déjà autorisé en France, Gérard Le Fur a promis sa commercialisation dans l'hexagone « très prochainement ». De même, impossible d'échapper aux questions sur le Ketek® (télithromycine) qui vient de se voir retirer deux de ses trois indications par la FDA, ni à celles concernant le récent jugement défavorable dans le procès Lovenox® aux Etats-Unis, jugement dont Sanofi a décidé de faire appel.

Idem concernant les rumeurs de rapprochement avec son partenaire américain sur Plavix®, Bristol Myers-Squibb... « Nous ne commentons pas les rumeurs, nous ne l'avons jamais fait », répond à plusieurs reprises Gérard Le Fur. Inutile d'insister, rien ne filtre.

Pour autant, sa stratégie de développement n'est pas fermée à une future acquisition. Rien de nouveau, le groupe avait déjà indiqué être intéressé par le marché japonais, « mais nous connaissons maintenant bien le Japon et nous savons qu'il faut donner le temps au temps ». En outre, il rappelle vouloir se développer en biotechnologie, mais ne dit pas si cette volonté se traduira par un rachat ou des accords de collaboration.

Rêve de Japon

« Si nous avons une opportunité, nous le ferons, mais nous n'avons aucune cible identifiée pour le moment », précise le directeur général. Une politique identique se dessine pour le générique. « Nous n'avons pas le désir d'entrer en compétition avec les grands génériqueurs, mais nous n'hésiteront pas si l'occasion se présente, comme cela a été le cas pour Zentiva », dont il est devenu actionnaire majoritaire en mars 2006.

Enfin, Sanofi-Aventis se veut rassurant quant à la question des restructurations. « Nous ne ferons pas comme l'un de nos concurrents, nous n'avons pas planifié de restructuration ou de fermeture d'usine, nous adapterons simplement notre outil au marché. Cela va être le cas pour la production du Ketek®, étant donné les problèmes rencontrés par notre produit aux Etats-Unis. Il n'est pas non plus prévu de toucher à nos forces de vente en France, excepté si des mesures gouvernementales nous y contraignent ».

Un bilan finalement contrasté. Même si les résultats sont très corrects et supérieurs aux attentes, les défis que doit maintenant affronter le géant français sont bien réels. Il doit pour l'instant gérer une croissance bien moins importante et assumer son passage de 3e à 4e groupe pharmaceutique mondial. L'action Sanofi a d'ailleurs perdu du terrain après l'annonce des résultats du groupe.

Mélanie Mazière
Rechercher
Dans l'actualité
publiée sur le site