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Décembre 2006

Prévention des cancers cutanés

Plus de 40 % des personnes examinées lors de la Journée nationale de dépistage des cancers de la peau présentaient une ou plusieurs lésions suspectes. Plus de 63 % des  Français présentent un risque solaire important. Tels sont les premiers enseignements de la Journée de dépistage 2006 organisée par le SNDV et de la première étude épidémiologique conduite dans le cadre de la Cité de la peau.

Le Syndicat national des dermatologues-vénéréologues (SNDV) en partenariat avec l'INCa a fait procéder à l'analyse de l'ensemble des résultats collectés lors de la 8ème Journée nationale de prévention et de dépistage des cancers de la peau qui a eu lieu le 18 mai 2006 dans toute la France. L'opération Conseils informations tests évaluations (Cité) de la peau, une campagne d'envergure, originale et innovante, initiée par les laboratoires Vichy en partenariat avec le SNDV, a permis d'avril à juillet 2006 d'aller à la rencontre du public dans neuf villes de France. Elle a aussi conduit à une vaste étude épidémiologique sur le comportement des Français face au soleil. Les résultats préliminaires de ces deux actions de prévention ont été présentés le 4 décembre, respectivement par le SNDV et les laboratoires Vichy.

Plus de 16 000 personnes examinées

La 8ème Journée nationale de prévention et de dépistage anonyme et gratuit des cancers de la peau, organisée par le SNDV, a bénéficié, comme lors des précédentes éditions, de la collaboration des Laboratoires Avène. Plusieurs innovations cette année : le SNDV a bénéficié du soutien de l'INCa, et la Journée a été accompagnée d'une grande opération de sensibilisation à la prévention solaire, avec le soutien des laboratoires Vichy. Plus de 1000 dermatologues bénévoles ont rejoint 237 centres de diagnostic qui ont permis d'examiner 16 071 patients, dont la moyenne d'âge était d'environ 50 ans, la majorité (64 %) étant des femmes. Le public intéressé était constitué à 90 % de techniciens, d'employés, d'ouvriers, de retraités et d'inactifs, avec un taux important d'employés ; des catégories sociales dont on peut penser qu'elles consultent moins facilement des médecins spécialistes que ne le font les entrepreneurs, cadres et professions libérales. 14 % des sujets examinés avaient une activité professionnelle à l'extérieur et 70 % pratiquaient souvent des activités de loisirs en plein air (dont 24,2 % très souvent). En ce qui concerne leurs raisons de participer au dépistage, 48,5 % des patients profitaient de l'opportunité d'un examen et 15,2 % de son caractère gratuit. Parmi les personnes examinées, 37 % pensaient avoir une lésion suspecte, 8 % voulaient que leur soit confirmé un avis médical antérieur, 6 % avaient des antécédents personnels ou familiaux de mélanomes et 5 % de carcinomes. Les dermatologues ont pu observer que 40,7 % de la population examinée présentaient une ou plusieurs lésions cutanées, parmi lesquelles : 15,9 % de lésions mélaniques à surveiller ; 0,5 % de carcinomes épidermoïdes ; 2,7 % de carcinomes basocellulaires et 7,5 % de kératoses actiniques (lésion précancéreuse de la peau due aux dégâts causés par le soleil). 29,6 % des patients ont été incités à consulter un dermatologue rapidement en raison des lésions observées. Au final sur les seules 797 fiches de liaison analysées actuellement, 26 cas de mélanomes ont été confirmés et sont en cours de traitement, 98 lésions basocellulaires et 6 lésions épidermoïdes/spinocellulaires ont pu être détectées de manière précoce.

Au-delà des cas diagnostiqués, l'analyse des résultats apporte d'autres enseignements. Notamment dans la moitié des cas, les craintes des patients pensant être porteurs de lésions suspectes ou voulant voir confirmé un avis médical antérieur sont effectivement confirmées par l'examen ; les personnes ayant une activité professionnelle ou de loisir à l'extérieur sont manifestement plus exposées que les autres au risque de lésions cancéreuses (4,6 % vs 2,9 % pour l'ensemble de la population) ; le phototype semble influencer, mais ceci n'a pas ou être évalué faute de précisions sur les niveaux d'exposition solaire et les moyens de protection utilisés ; 3,1 % de la population ayant participé à la Journée de dépistage présentaient des lésions cancéreuses.

63 % des personnes ont un comportement dangereux face au soleil

L'opération Cité de la peau a pour but de sensibiliser le public sur les bons comportements à adopter pour la peau, notamment en ce qui concerne l'exposition au soleil. Ainsi, dans chaque ville, la Cité de la peau et son équipe de dermatologues et de pharmaciens ont accueilli des milliers de visiteurs. Elle se compose de trois espaces : dans l'Espace Adultes, un diagnostic cutané personnalisé est réalisé par un dermatologue. Le visiteur est ensuite pris en charge par un pharmacien qui lui apporte les conseils les plus appropriés en fonction de son bilan dermatologique ; l'Espace ludo-éducatif accueille les enfants afin de les sensibiliser sous forme de jeux et d'animations sur les bienfaits et les méfaits du soleil ; l'Espace central a pour vocation de faire découvrir de façon interactive la peau et le soleil, à l'aide d'animations, de films et de posters. Cette campagne a aussi contribué à une sensibilisation renforcée à la Journée nationale de prévention et de dépistage des cancers de la peau. Elle a permis également de conduire une vaste étude épidémiologique sur le comportement des Français face au soleil et de faire un parallèle avec les faits constatés lors de la Journée de dépistage. Près de 3000 personnes ont été interrogées dans les neuf villes visitées (Saint-Quentin, Caen, Brest, Strasbourg, Nice, Marseille, Bordeaux, Besançon, Chambéry). Les résultats font apparaître plusieurs faits marquants. Ainsi, 62 % des personnes qui se sont rendues à la Cité de la peau présentaient un risque physiologique majeur, risque essentiellement lié au capital génétique de la personne, très élevé pour les peaux claires (phototype 0 à 2). 49 % se rappelaient avoir eu plus de cinq coups de soleil dans leur enfance. La prise de conscience des risques du soleil était élevée puisque 72 % des personnes considéraient que « le soleil est un ami dont il faut se méfier ». 46 % déclaraient aussi appréhender les dangers pour leur santé lorsqu'elles sont au soleil. Malgré cette prise de conscience, 63 % ont un comportement dangereux : 85 % des hommes et 68 % des femmes, et ce comportement est quasi-systématique chez les moins de 40 ans (87 %). Par ailleurs, ce comportement dangereux prédomine chez 90 % des personnes ayant la peau mate (phototypes 4 et 5) et chez celles habitant le sud de la France. De façon générale, 20 % des sujets n'utilisent ni protection vestimentaire, ni crème solaire. Les personnes à peau mate pensent à tort être protégées naturellement et elles ont l'attitude la plus dangereuse : 68 % n'utilisent aucune crème solaire, 37 % aucune protection vestimentaire. 60 % des personnes n'appliquent pas régulièrement de crème protectrice durant leur exposition au soleil. Les jeunes et les hommes sont deux fois plus nombreux à ne pas utiliser de protection vestimentaire lors de leurs expositions au soleil aux heures les plus dangereuses. 11 % des personnes n'utilisent plus de crème solaire une fois bronzées (dans ce groupe 69 % de sujets à peau mate, et 76 % de femmes).

En conclusion, Il apparaît au terme de cette étude que les hommes sous-estiment leur risque solaire et se protègent moins, alors qu'ils présentent deux fois plus de cancers cutanés que les femmes ; que les personnes à la peau mate ne se protègent pas ; que les jeunes n'ont pas de vision du risque alors qu'ils recherchent le bronzage ; que les personnes bronzées ne se protègent pas ; et que malgré une prise de conscience, les comportements ne changent pas.

Dominique Monnier
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