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Novembre 2006

Capital santé, une responsabilité individuelle et collective

La notion récente de « capital santé » recouvre un domaine en pleine expansion. Ce potentiel vital de chacun, différent pour tous, doit aujourd'hui être conservé, optimisé. Ce nouveau défi - protéger l'homme de ses propres comportements - s'adresse à chaque individu, à l'Etat, aux mutuelles et assurances complémentaires, ainsi qu'aux entreprises.

Capital santé ? La notion, relativement nouvelle, était au cœur des débats hier matin lors des 2èmes  Entretiens santé organisés par Pfizer. Ce « potentiel vital dont chacun dispose à sa naissance et qu'il va ou non développer au cours de sa vie » doit être préservé. Mais à qui incombe cette responsabilité ? L'Etat ? Les assureurs publics ou privés ? L'entreprise ? L'individu lui-même ? Vaste question qui a permis de confronter les avis de Jean-Marie Le Guen, responsable des questions santé pour le parti socialiste, et Dominique Paillé, député UMP, mais aussi de recueillir les initiatives, idées et positions de Gilles Johanet, directeur général adjoint des AGF et ancien directeur de la CNAMTS, de Jean-Luc Vergne, directeur des ressources humaines chez PSA Peugeot Citroën, et de Patrick Négaret, directeur de la CPAM de la Sarthe.

Introduit par le sociologue Gilles Lipovetsky et animé par le rédacteur en chef du magazine Enquête exclusive sur M6, Bernard de la Villardière, le débat s'est focalisé en premier lieu sur le rôle de l'Etat. « Nos concitoyens se tournent naturellement vers l'Etat pour des sujets comme l'amiante, le tabac, la sécurité routière, mais aussi des sujets qu'on redécouvre aujourd'hui comme l'alcoolisation fœtale. Le changement est significatif entre l'époque où la santé était une fatalité qui entraînait le recours à un magicien médecin... à aujourd'hui où les citoyens demandent une montée en puissance de l'Etat en la matière. Je suis de ceux qui disent qu'il faut répondre à cette demande », lance Jean-Marie Le Guen.

Choix individuel

Le capital santé n'est pas distribué et accumulé également entre tous les individus et tous les Français n'ont pas le même comportement face à leur santé. Il reste certain qu'ils en deviennent de plus en plus acteurs, donc plus exigeants. Alors que les assurances complémentaires et mutuelles étendent leur domaine de compétence pour y satisfaire, l'entreprise est de plus en plus présente dans la santé. Les complémentaires d'entreprise deviennent fréquentes, mais pour certaines sociétés, cela va plus loin. Elles sont de plus en plus nombreuses à prendre conscience que la bonne santé de leurs salariés va de paire avec leur capital économique. Reste qu'elles sont encore peu nombreuses à intégrer une véritable politique de santé au travail.

« Le choix individuel est important dans notre société et nous n'avons aucunement l'intention de nous débarrasser de ceux qui n'ont pas bien préservé leur capital santé », ajoute Jean-Marie Le Guen. L'idée est de ne pas exclure celui qui fume ou celui qui n'a pas une alimentation équilibrée sous prétexte qu'il n'a pas bien entretenu son capital santé. « Nous sommes contre la prohibition et pour l'éducation, nous ne voulons pas interdire la consommation du tabac mais éduquer sur les risques et ne pas empiéter sur la liberté d'autrui ». Le principe date de 1789 : la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres...

Rôle régulateur

Dominique Paillé pose un discours très proche de celui de son confère socialiste, « en y apportant des nuances ». Constatant que le capital santé est une notion individuelle qui porte en elle-même un intérêt collectif, il souligne la nécessité du rôle régulateur de l'Etat sur trois points. « Au niveau de la protection, ce que nous avons vu avec l'amiante, affaire dans laquelle l'Etat est intervenu pour protéger les employés contre les effets de cette roche. Au niveau de la prévention, il faut réfléchir à une méthode un peu pédagogue qui peut amener le concitoyen à s'interroger sur son comportement et qu'il puisse modifier sa manière de consommer, de vivre. Enfin, au niveau des inégalités de départ, il faut un effort supplémentaire de l'Etat vers les populations les plus exposées comme les enfants, les handicapés ». Autre rôle de l'Etat sur lequel tous s'accordent : la gestion du système de soins. Seulement, pour Dominique Paillé, la distribution des rôles est essentielle. « Nous ne voyons comment exonérer le concitoyen lucide d'un minimum de participation personnelle dans la prévention de son capital santé. Il faut mesurer l'importance du coût collectif pour préserver le capital individuel, et donc mettre en place un système de franchise avec des clauses spécifiques pour les plus défavorisés ».

Inégalités géographiques

A cette première piste, le député ajoute l'idée du bonus-malus comme cela existe dans d'autres pays. Certaines assurances privées par exemple encouragent les bons comportements en lançant un défi à leurs assurés, que ce soit parvenir à arrêter de fumer ou perdre du poids, l'assuré gagnant des points qui lui permettent de baisser sa cotisation annuelle ou de recevoir des cadeaux plus ou moins importants allant du ticket de cinéma au voyage en pays étranger. « Nous n'avons pas défini les contours de cette idée mais cet aspect incitatif financier ne doit pas être négligé ; il est toujours moins cher de payer l'encouragement à un bon comportement que de payer les soins consécutifs à un comportement erratique ». En outre, Dominique Paillé souhaite une prise en charge d'ensemble de la politique environnementale avec un focus particulier sur les inégalités géographiques, que ce soit en termes d'accès aux soins ou de populations particulièrement exposées à un risque. Gilles Johanet rappelle les quatre missions de tout assureur - assurer, assister, participer à la garantie de la qualité de la pertinence des soins et intervenir dans le quotidien - et confirme le dépassement croissant du champ classique de la santé. L'assureur s'occupe davantage de mode de vie, de nutrition tout en gardant à l'esprit la redéfinition constante du juste prix et du juste soin. « Cette évolution vers le dépassement du champ traditionnel est lente, prudente, mais je la crois irréversible ».

Communication accrue

De son côté Patrick Négaret insiste sur les innovations mises en place sur le territoire dont il a la charge. D'abord, la CPAM édite un journal, Santé Active, depuis environ sept ans, donnant toutes sortes d'informations aux assurés. Elle a mis en place en plein centre ville un Espace Santé Active, avec les mêmes horaires d'ouvertures que les commerçants et délivrant des informations santé professionnelles et personnalisées. Elle organise des Rendez-vous Santé Active grand public sur des thèmes comme la maladie d'Alzheimer, le cancer du sein, etc. Enfin, elle a proposé son premier Forum santé il y a un an qui a reçu 6 000 visiteurs au Mans. Son crédo ne s'arrête pas à la communication accrue vers le grand public, elle travaille aussi sur les inégalités géographiques et en particulier sur les statistiques qui permettent de mettre en évidence une plus grande morbidité à tel ou tel endroit, de déterminer les raisons et de mettre en place des opérations ciblées, par exemple un dépistage qui va être préconisé 10 ou 15 ans plus tôt dans telle ville.

Vie privée

Le témoignage de Jean-Luc Vergne a apporté des engagements concrets des entreprises en matière de santé. Si la priorité absolue de PSA Peugeot Citroën reste la sécurité au travail, il faut aussi mettre l'accent sur l'assurance d'avoir de bonnes conditions de travail. « Le temps de Charlot à l'usine est révolu. Rien qu'en 2005, nous avons recruté entre 70 et 75 ergonomes, notamment pour la conception de nos projets, et nous avons consacré 70 millions d'euros à l'amélioration des conditions de travail, ce qui nous permet de diminuer les soucis sur les postes lourds. Nous avons un service médical renforcé, qui surveille la santé des salariés avec possibilité d'utiliser des examens complémentaires comme les électrocardiogrammes, et nous avons systématisé les shake up de nos dirigeants. Nous avons beaucoup d'implications, par exemple dans les vaccinations, la surveillance de la qualité de l'air, les lombalgies... ». Les exemples sont foison, l'entreprise proposant nombre d'actions de sensibilisations et de prises en charge, en essayant parfois de dépasser le cadre du travail. Des fiches sont à la disposition des salariés sur les thèmes les plus variés, du tabac au sida, et des opérations éducatives à la nutrition sont proposées en partenariat avec les organismes de restauration collective. PSA Peugeot Citroën incite même ses salariés à faire de l'exercice physique en installant des salles de sport dans ses usines et en préconisant la marche à pied ! « Toute la question est de savoir jusqu'où on peut aller. Nous avons la conviction qu'il faut former, sensibiliser, mais il y a des limites à ne pas dépasser pour ne pas nous immiscer dans la vie privée de nos salariés ».

Mélanie Mazière
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