Bayer s'engage en oncologie
2006 est une étape capitale pour Bayer Oncologie qui lance avec Nexavar® (sorafénib), inhibiteur multikinase par voie orale, son premier produit de thérapie ciblée innovant dans le cancer du rein avancé. Par son action anti-proliférative sur les cellules tumorales, Nexavar® inhibe la prolifération tumorale, et par son action anti-angiogénique sur les cellules endothéliales vasculaires, il bloque le développement des vaisseaux qui nourrissent la tumeur et ses métastases.
Le début de l'engagement de Bayer HealthCare en oncologie date en fait de 1999 avec l'initiation de son co-partenariat avec Onyx Pharmaceuticals pour le développement et la commercialisation de Nexavar®. L'année 2006 a été celle de son autorisation temporaire d'utilisation en France, de l'obtention le 19 juillet d'une AMM européenne dans l'indication du traitement du carcinome rénal avancé après échec d'un traitement à base de cytokines ou chez des patients pour lesquels ces traitements sont considérés comme inadaptés, et finalement de l'avis rendu par la commission de transparence d'une amélioration du service médical rendu importante (ASMR de niveau II). En addition la sortie de réserve hospitalière de Nexavar® est prévue pour 2007.
Place de Nexavar® dans le traitement du cancer du rein
Le cancer du rein est un problème grave de santé publique. On observe en France près de 9 000 nouveaux cas de cancer du rein par an, entraînant 3 500 décès annuels. Son incidence est en augmentation dans tous les pays industrialisés, a souligné le professeur Arnaud Méjean, urologue praticien hospitalo-universitaire. 70 % des formes de cancer du rein sont métastatiques ou vont évoluer d'emblée. Dans 70 % le diagnostic est fortuit, et bien sûr de sa précocité dépend la mise en place d'un traitement à visée curative. La chimiothérapie est inefficace dans le cancer du rein et le traitement de référence a été pendant 20 ans l'immunothérapie par I'interleukine-2 et l'interféron-alpha. Les thérapies ciblées sont les approches thérapeutiques les plus prometteuses actuellement pour les patients atteints de tumeurs métastatiques.
Nexavar® est caractérisé par une double action antitumorale. Il s'agit du premier inhibiteur de kinases multiples à prendre par voie orale qui cible les kinases tant dans la cellule tumorale que dans les cellules endothéliales vasculaires. Nexavar® bloque d'une part les kinases qui contribuent à la prolifération tumorale et d'autre part celles qui permettent le développement de l'angiogenèse de la tumeur. Le sorafénib est une petite molécule qui passe la membrane cellulaire. Son action inhibitrice s'exerce sur les sérine/thréonine kinases B-Raf et C-Raf in vitro qui appartiennent à la voie de signalisation Ras/Raf/MEK/ERK ; et sur plusieurs récepteurs tyrosine kinases de facteurs de croissance situés soit dans les cellules tumorales, soit dans les cellules vasculaires avoisinantes, dont VEGFR-2, VEGFR-3, PDGFR-bêta1, c-KIT, et FLT-3.
Efficacité en pratique de Nexavar®
Le Dr Bernard Escudier, chef de l'unité d'immunothérapie et de thérapies innovantes à l'Institut Gustave-Roussy, a présenté les premiers résultats de l'essai de phase III TARGET, une étude randomisée multinationale contrôlée contre placebo, qui ont apporté la preuve formelle de l'efficacité de Nexavar® chez les patients atteints de cancer du rein avancé en échec d'immunothérapie ; des données rendues publiques en 2005 au cours de la 13ème Conférence européenne sur le cancer (ECCO). Nexavar® a multiplié par deux la survie sans progression (24 semaines par rapport à 12 semaines dans le groupe placebo). De plus, la régression tumorale était de 76 % chez patients traités par le médicament par rapport à 20 % chez ceux du groupe placebo. Nexavar® a entraîné un bénéfice clinique pour 84 % des malades, comparé à 55 % pour le placebo. Le bénéfice du traitement a été observé quelque soit le sous-groupe de patients. Finalement Nexavar® a conduit à une diminution de l'incidence des métastases cérébrales par rapport au placebo. En ce qui concerne la survie globale, une tendance à l'amélioration a été observée (19,3 mois versus 14,3 mois pour le placebo), mais les résultats ne sont pas significatifs pour le moment. Les résultats finaux sont attendus pour le début de l'année prochaine. Pour Bernard Escudier les critères de réponse choisis sous-estiment l'efficacité de Nexavar®. La nécrose tumorale serait ainsi un paramètre plus intéressant à mesurer que le volume de la tumeur, et il serait plus logique de mesurer la vascularisation de la tumeur plutôt que la taille des lésions. Elle permet de distinguer très tôt, à 3 semaines, les bons des mauvais répondeurs, et on observe que la survie est différente entre ces deux groupes, meilleure chez les bons répondeurs. Nexavar® présente une tolérance gérable, avec des effets indésirables fréquents, comprenant éruptions cutanées, diarrhée, syndrome d'enflure douloureuse des mains et des pieds, alopécie, démangeaisons, nausées, hypertension et fatigue, mais peu d'effets de grade 3 ou 4.
Des développements avancés
Les futurs développements de Nexavar® dans le cancer du rein sont l'extension de son utilisation, en première ligne de traitement, et en traitement adjuvant. Il est en phase II comme traitement de première ligne du cancer du rein métastatique, et deux études vont l'évaluer en traitement adjuvant. Le médicament est également en cours de développement en monothérapie ou en association, dans de nombreux autres cancers. Il est notamment en phase III pour le traitement du cancer du poumon, ainsi que pour celui du mélanome malin, et son enregistrement est prévu pour 2007 dans cette dernière indication. En phase III également dans l'indication du carcinome hépatocellulaire de stade avancé, son enregistrement est prévu pour 2008. Il a fait l'objet en juin 2006 d'un accord de la FDA pour une procédure accélérée. L'EMEA et la FDA lui ont accordé le statut de médicament orphelin dans cette même indication.