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Novembre 2006

Quelles avancées pour la recherche sur le cancer ?

Le 15 novembre ont eu lieu à Paris les 4èmes rencontres parlementaires sur le cancer, colloque présidé par Jean-Michel Dubernard, député du Rhône et président de la Commission des affaires culturelles, familiales et sociales. Les discussions de la matinée se sont articulées principalement autour des dernières avancées thérapeutiques de la recherche fondamentale et de la recherche clinique.

Au cours des 25 dernières années, les bases moléculaires de la cancérogenèse ont été identifiées et ont permis le développement de nouveaux outils pour classer les cancers et identifier les individus à haut risque qui nécessitent un suivi particulier. Gilbert Lenoir, directeur de la recherche de l'Institut de cancérologie Gustave-Roussy et directeur scientifique et stratégique du Cancéropôle Ile-de-France, a souligné que nous disposons enfin d'une base rationnelle pour développer des stratégies thérapeutiques (nouveaux médicaments, thérapies cellulaires, définition de nouvelles cibles thérapeutiques). L'ensemble des interventions, à l'instar de celle de Gilbert Lenoir, ont mis en avant que les innovations réalisées dans le diagnostic et la thérapie du cancer viennent de la recherche fondamentale associée à un transfert rapide vers la clinique, et de la puissance des nouvelles technologies applicables au cancer : imagerie et génomique. Gilbert Lenoir a notamment développé l'exemple de l'évaluation précoce, en quelques jours, par écho-doppler de la réponse tumorale à un anti-angiogénique dans les cancers du rein. L'apport de la génomique dans le diagnostic et le traitement des cancers a été développé par Florence Pedeutour, maître de conférences et praticien hospitalier au CHU de Nice, avec l'exemple des sarcomes. L'étude des altérations du génome des cellules tumorales a permis le diagnostic différentiel entre lipomes et liposarcomes par comptage des copies des gènes dont le nombre est augmenté en cas de cancer. Cette recherche fondamentale a ensuite conduit à des molécules thérapeutiques ciblées.

Progrès de la chirurgie

Du côté des laboratoires pharmaceutiques, Sanofi-Aventis est très impliqué dans la recherche en oncologie avec deux produits phares Taxotère® et Eloxatine®, et 19 produits en développement, ayant pour cible les tumeurs solides. Pierre Casselas, directeur de la recherche amont du département thérapeutique oncologie, a expliqué que la stratégie du laboratoire était basée sur une meilleure compréhension des processus de cancérisation, et l'exploitation de nouveaux outils dont la biothérapeutique et les petites molécules. Il a développé trois exemples pratiques : l'adressage spécifique des cytotoxiques, par couplage à un anticorps, qui permet notamment de diminuer leurs effets secondaires ; l'inhibition de l'angiogénèse tumorale ; et l'inhibition spécifique de l'activité de protéines oncogéniques, où la modélisation des protéines permet le design d'inhibiteurs et leur optimisation. Un vrai défi pour demain, en recherche fondamentale, reste maintenant d'arriver à comprendre l'étape métastatique des cancers.

En ce qui concerne la recherche clinique, les progrès de la chirurgie, traitement essentiel et au centre de tous les autres, ont fait l'objet de plusieurs présentations. Yves Panis, chirurgien praticien hospitalier à l'hôpital Beaujon (Clichy) a expliqué la révolution que constitue la laparoscopie dans le cancer colorectal. La chirurgie peut être une source d'innovations thérapeutiques, comme l'a indiqué le professeur René Adam, praticien hospitalier au Centre hépato-biliaire du CHU Paul Brousse (Villejuif). Dans l'exemple du cancer colorectal métastatique, les malades connaissent maintenant une augmentation très significative de leur survie à 5 et à 10 ans après résection des métastases hépatiques rendues résécables par la chimiothérapie, une grande nouveauté que ce progrès réalisé grâce à l'interface chirurgie/oncologie médicale.

Les biothérapies, qui traitent les causes biologiques du cancer, et dont les cibles sont aujourd'hui les oncogènes, ont été exemplifiées par Jean-Yves Blay, directeur scientifique du Cancéropôle Lyon Rhône-Alpes, avec l'Imatinib (Gleevec®, Novartis) dans les tumeurs stromales gastro-intestinales métastatiques et le trastuzumab (Herceptine®, Roche) en situation adjuvante dans le cancer du sein HER2.

Génome et cancer

En ce qui concerne les essais cliniques, la circulaire récente relative au soutien de l'organisation des essais cliniques en oncologie constitue un des outils qui vont permettre un grand dynamisme dans la recherche clinique, a souligné Jean Faivre, président de la Commission médicale l'établissement du CHU de Dijon, et Président de la Fédération nationale de cancérologie des CHRU.

Plusieurs laboratoires pharmaceutiques sont engagés en oncologie. GSK est ainsi engagé à tous les niveaux, comme l'a expliqué Martine Bardonnet, directeur business de son unité oncologie : vaccin, chimiothérapie, thérapies ciblées, immunothérapies, et aussi médicaments de support. La particularité des essais cliniques est qu'ils sont effectués sur des sous-populations, tel dans les cancers du sein HER2 le lapatinib, premier composé de la classe des inhibiteurs mixtes de la tyrosine kinase des récepteurs HER1 et HER2.

Bernard Bonvoisin, directeur médical de Roche France, a souligné le poids croissant des essais cliniques avec leurs spécificités en oncologie (nombre de participants accru, développement d'essais de phase IV, plan de « risk management » requis par la législation européenne...), alors que l'innovation touche des populations relativement faibles, et que la politique de l'innovation doit être maintenue, voire augmentée.

De son côté, Jean Leveau, directeur senior de la recherche clinique de Pfizer France, a rappelé que la durée de développement des médicaments en oncologie est plus courte que dans d'autres domaines, avec les mises en place de traitements compassionnels, et a mis en avant le progrès que constituent les thérapies orales en oncologie.

Pour clore cette session, le ministre délégué à l'Enseignement supérieur et à la Recherche François Goulard a annoncé de prochains efforts dans le domaine de la recherche avec notamment le lancement en 2007 du programme « Génome et Cancer », dont il a présenté les grandes orientations, et qui inclura le rôle des facteurs environnementaux en cancérologie.

Dominique Monnier
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