Acip et avenir du médicament : « N'assassinons pas Mozart ! »

« N'assassinons pas Mozart », demandait hier soir, avec force conviction, le président du Leem, Christian Lajoux, invité de l'Association des cadres de l'industrie pharmaceutique (ACIP) pour débattre de l'avenir du médicament en France.
En substance, le président du Leem s'est livré à un long plaidoyer pour que cette industrie d'innovation puisse continuer à se développer en France et à contribuer tant à son rang économique et industriel qu'à son indépendance sanitaire. Alors que la France est le premier pays européen exportateur de médicaments, Christian Lajoux s'inquiète des signes d'affaiblissement du secteur, qui subit de plein fouet le ralentissement de la croissance des ventes. Si cette situation est attribuée à la fois à l'impact de la maîtrise médicalisée, jugé « significatif depuis 2006 », et aux mesures prises sur les prix (baisses, déremboursements...), « le facteur d'inquiétude majeure » se situe, pour Christian Lajoux, au niveau des prix « et surtout de leur instabilité, qui vaut pour les médicaments innovants comme pour les médicaments anciens ». Ainsi, la durée d'exploitation à un prix fixé est de plus en plus courte, ce qui constitue « une difficulté forte pour notre industrie et réduit notre potentiel d'innovation thérapeutique », explique le président du Leem. Par ailleurs, la fixation des prix pose, pour Christian Lajoux, la question de la gouvernance du système de santé et de sa cohérence.
Entre enregistrement par l'Afssaps, évaluation du SMR par la Haute Autorité de santé et fixation du prix par le CEPS, le parcours du médicament avant qu'il ne puisse être commercialisé est assimilé à « un chemin de croix » pour le président du Leem, qui veut ainsi « avoir un prix au niveau européen et de la stabilité sur la durée d'exploitation du médicament ». Un des moyens pour y parvenir réside dans une véritable protection de la propriété industrielle et du brevet d'exploitation. Dans un environnement où se multiplient les attaques des génériqueurs avant même que le brevet du princeps ne soit tombé dans le domaine public, cette revendication apparaît comme l'un des axes majeurs mis en avant par le Leem pour protéger les dépenses d'innovation. Ici, il semble que le Leem ait d'ores et déjà été entendu, puisque la propriété intellectuelle est aujourd'hui devenue une priorité du CEPS et du ministre de la Santé, a déclaré Christian Lajoux. Manifestement, il s'agit d'un pas encore insuffisant. « Nous ne sommes pas assez entendus », juge-t-il.
Christian Lajoux veut ainsi « en finir avec l'idée reçue selon laquelle l'industrie pharmaceutique est riche et le progrès thérapeutique continu et inéluctable ». Avec un Ondam médicaments en baisse de 4 %, il estime qu'aujourd'hui, l'industrie du médicament est « une industrie en récession et déstabilisée ». Aussi, le président du Leem appelle-t-il à l'ouverture du débat autour de la santé, débat qui « ne doit pas se limiter au seul paramètre comptable », pas plus qu'il ne doit réduire le médicament à une variable d'ajustement.