Sida : la solidarité Nord-Sud gagne du terrain
Le réseau ESTHER - Ensemble pour une solidarité thérapeutique hospitalière en réseau - a tenu, vendredi dernier, sa première conférence ministérielle internationale. Le bilan à cinq ans et les engagements pour l'avenir ont permis de faire le point sur l'accès aux soins, la prise en charge du sida et les progrès enregistrés grâce à la centaine de jumelages entre hôpitaux Nord-Sud.
« Faire reculer l'épidémie du sida et améliorer les systèmes de santé, peu d'objectifs sont aussi essentiels pour l'avenir. C'est un combat pour la vie, la justice, la dignité humaine et le développement ». Telle était la conclusion du discours de Jacques Chirac, dont le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, a fait la lecture lors de l'ouverture de la première conférence ministérielle internationale ESTHER, vendredi dernier. Des propos qui illustrent parfaitement cette initiative de plus pour améliorer la santé mondiale et lutter contre l'épidémie de sida. La France est fière de rappeler que ce lancement est de son fait, datant de 2001, pour « favoriser l'échange entre praticiens, soignants et associations ».
C'est en 2002 que le GIP ESTHER a vu le jour, sous l'impulsion de Bernard Kouchner, ancien ministre de la Santé et postulant actuel au poste de directeur général de l'OMS. En cinq années, une centaine de jumelages est née entre hôpitaux du Nord et du Sud grâce à l'association de neuf pays européens - Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, France, Grèce, Italie, Luxembourg et Portugal - avec trente pays en développement. Ces partenariats, d'hôpital à hôpital, ont ainsi permis de soigner des dizaines de milliers de malades du sida et de former des personnels de santé. En France, ce sont quinze jumelages qui ont été signés avec des pays d'Afrique ou d'Asie. Aujourd'hui, une personne sous antirétroviraux sur deux bénéficie d'une prise en charge grâce aux contributions d'ESTHER. 5 000 personnes ont été formées à la prise en charge par plus de 300 professionnels de santé.
Faire mieux
Rien qu'au Cameroun, ESTHER a permis, « en moins de trois ans, de former 1 200 personnes et de rendre opérationnels vingt centres », indique Alim Hayatou, secrétaire d'Etat à la santé publique. Et celui-ci de préciser : « la décentralisation de nos services permet maintenant d'apporter les traitements à tous, pas seulement dans les grandes villes, mais aussi bien dans la zone désertique du nord du pays que dans la zone forestière du sud ; tout cela, c'est grâce aux jumelages ». Confirmation par le représentant de la Côte d'Ivoire : « C'est la décentralisation qui fait la force d'ESTHER, grâce à une coopération forte de tous les pays. Pour notre part, nous avons mis l'accent sur la prise en compte de toute la famille, ce qui permet une meilleure observance des traitements ».
Depuis 2002, ESTHER a fait du chemin. Pourtant, il reste encore une grande partie à parcourir. « Ce n'est pas un bilan d'autosatisfaction que nous dressons aujourd'hui, nous sommes réunis pour trouver des solutions et pour trouver comment faire mieux, car il y a une véritable urgence », souligne Xavier Bertrand. Bernard Kouchner rappelle : « on ne fait pas assez puisqu'il y a toujours des laissés pour compte. La santé doit être un bien partagé, c'est un droit de l'homme, c'est pourquoi il faut nous diriger vers une couverture maladie universelle ».
Consciente de l'importance de combattre cette menace pandémique qui touche 5 millions de personnes chaque année et en tue 2,5 millions, selon l'OMS, la France a décidé de doubler le budget qu'elle y consacre, soit 14 millions d'euros. Malgré les questions insistantes de la presse, il a été impossible de connaître le budget global consacré par les pays européens. Les ministres, ambassadeurs et autres représentants des trente pays en développement ont tous indiqué, à l'instar de Bernard Kouchner, que les apports du réseau ESTHER n'étaient tout simplement pas chiffrables. « C'est un capital d'éducation et d'expériences entre médecins et entre tous les personnels de santé, c'est une diversité culturelle face à une maladie qui se répand chaque jour davantage, et il n'y a pas que le sida », précise le représentant du Cambodge.
Chaîne de solidarité
Pour la France, c'est une pierre de plus à l'édifice de la lutte contre le sida et les pandémies. Après la prise de position en 1997 du président Chirac, à Abidjan, posant qu'il était « moralement inacceptable et contraire à la plus élémentaire des solidarités que l'accès aux moyens de prévention et aux traitements reste au Nord alors que la majorité des malades était au Sud », les actes ont vite suivi. D'abord par la création du Fonds de solidarité thérapeutique international, puis par le soutien à la mise en place du Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme, et tout récemment par l'instauration d'une taxe sur les billets d'avion, reversée à UNITAID, la facilité internationale d'achats de médicaments. « En plus de ces programmes multilatéraux, la France a également investi dans des programmes bilatéraux, le plus important [étant] bien entendu ESTHER », a rappelé Jacques Chirac.
Reste encore beaucoup à faire, cette chaîne de solidarité a cependant le mérite d'essayer de remédier au plus urgent : apporter les traitements là où se trouvent les malades et former un maximum de personnel à la prise en charge de la maladie. Les 5 000 personnes formées en cinq ans grâce à ESTHER sont encore une goutte d'eau dans l'océan, face au manque de 4,3 millions de personnels médicaux et paramédicaux dans les pays pauvres. Le réseau et ses nombreux partenaires ne comptent pas baisser les bras et relèvent les défis : développer et pérenniser les moyens financiers, assurer l'approvisionnement et la distribution des traitements aux coûts les plus bas, renforcer les ressources humaines, lutter contre les stigmatisations et utiliser le traitement pour favoriser la prévention.